‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 28 sur 63 · COL DES GETS · texte numérisé non relu

COL DES GETS

Testament se trouvèrent réunis comme les quarante figures variées d'expression, dessinées, drapées, que Fra Bartolomeo avait rassemblées au couvent de Saint-Marc dans l'initiale fleurie d'un manuscrit, et la vision flottante, spiritualisée, glissant dans l'ombre des portiques, y répandait une paix infinie, une douceur humaine, à la manière d'une eau limpide qui descend d'une roche abrupte.

De même que les charmilles rythmées de bancs de pierre et de statues profanes conduisaient lentement à un aveu d'amour, de même les allées du cloître s'éclairant d'images pieuses guidaient la promenade des moines et les ramenaient sans cesse devant la porte qui s'ouvre sur l'église. Ne connaissant pas d'autre issue, ils étaient obligés de s'évader dans le surnaturel. La dernière image qui s'off^rait à leurs yeux était encore une image humaine capable de leur inspirer des regrets, car « dans le monde tous les retours sont vers Dieu et dans un couvent tous les retours sont

vers le monde ». Sans doute au tympan la Vierge

et l'enfant Jésus, encen- sée par les anges, était

sculptée suivant un sur les pieds-droits, cariatides affinées svelte d'une époque sentaient l'ancienne toutes deux couronun peu la tête, les

mode hiératique. Mais deux statues, deux exprimaient l'idéal de force. Elles repréct la nouvelle Eglise, nées : l'une, baissant veux couverts d'un

bandeau, laissait échapper des tablettes ; l'autre, au contraire, le Iront haut, foulant un dragon à ses pieds, tenait de la main droite un calice, et de la main gauche un étendard. Le christianisme signifiait ainsi qu'il se séparait de l'ancienne religion, qu'il ne lui empruntait rien et, reniant ses origines, qu'il était né de ses oeuvres. En réalité, il n'y avait que les attributs de changés. L'artisan, inhabile aux distinctions de la théologie, exprimait à sa manière que les religions naissent, se développent et meurent, et confondait l'ancienne et la nouvelle Eglise sous la forme d'une femme jeune. Il leur communiquait la souplesse élégante des corps qui tendent à s'allonger et, les drapant d'une étoffe transparente, en faisait, prés des lourdes pentures de fer enroulées en volute sur les vantaux de bois massif, des BibHs attentives à comprimer un désir dans leur sein virginal.

Cette évocation de la vie monastique, que suggère et que révèle ce cloître aux murs peints, aux chapiteaux historiés, se dissipe aussitôt qu'on a franchi le seuil de l'éghse. Il y avait là autrefois, et il y a encore aujourd'hui un porte-flambeau en fer forgé, un ancien siège abbatial, des reliquaires en bois, une pyxide, une croix, des calices et des objets du quatorzième et du quinzième siècle, que n'aurait pas réprouvés le Poverello d'Assise, et qui cependant devaient suffire à la dignité harmonieuse du culte. L'architecture elle-même, dans certaines de ses parties, a cette sévérité harmonieuse qui nous aide à

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