DEFILE DE L ARVE A BORINGE
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VIEILLE MAISON A ANNEMASSE
madriers et les poutres, la porte cintrée, noire de suie par endroits, et les terres labourées que sillonnent les charrues et les boeufs. Au loin, l'Arve bouillonne au bas des arches de ses ponts, dont les arêtes essaient de briser son courant.
Mais de loin tout se nivelle, et même le flot turbulent, fougueux, prend un aspect paisible et doux, comme si rien ne pouvait le faire sortir de ce calme, calme trompeur, apparent, comme celui de ces châteaux qui portent tant de souvenirs de guerre. Aujourd'hui, tout repose entre les collines, tout se voit de haut, de loin, et le cœur comme les yeux restent charmés des aspects intimes et grandioses de cette vallée.
On voudrait souvent s'accouder ici, tant la sérénité des choses y est berçante, et l'on comprend que Wagner, avide de sensations nouvelles, ait choisi Mornex, non loin d'Etrembiéres, pour continuer, en son petit pavillon des Glycines, l'ébauche de la Tétralogie. Déçu par la politique, accablé par des préoccupations de toute sorte, par les reproches de sa première femme Minna Planer, qui ne comprenait pas son génie, il traînait de ville en ville les années de son long exil, une sentimentahté incertaine et l'orgueil de son isolement. Il était venu à Genève, puis à Mornex, sur les conseils du médecin, pour trouver en ce village, bâti à mi-hauteur du Salève, l'apaisement nécessaire aux travaux qui le sollicitaient et qui le hantaient en quelque manière. Il occupait, avec son chien Fips, un petit pavillon dépendant d'une pension de famille et séparé d'elle par un jardin. Il avait devant lui, en même temps qu'une partie du paysage mollement étendu que l'on découvre du château d'Etrembiéres, comme l'autre portant du décor, et par delà une vallée coupée de rivières, de coteaux, la ronde infinie des Alpes autour du Mont-Blanc. Il embrassait ainsi d'un même regard les deux principes qui se combattent dans la plupart de ses poèmes, et la nature, lui révélant à la fois la grâce païenne d'une contrée qui participe de l'Italie et la sévérité d'un site montagneux, exposait à ses yeux le duel tragique de la joie de vivre et du renoncement chrétien, de l'idéal chaste, allemand, et de l'idéal grec, voluptueux, les enchantements efféminés de la grotte de Vénus et les déroulements austères des replis de la Wartburg. Les
LE PAVILI.OM DE WAGNER A MORNEX