‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 45 sur 63 · LA ROCHE, VUE DU RAVIN · texte numérisé non relu

LA ROCHE, VUE DU RAVIN

Comme les bonnes gens du pays, nous disions de préférence, en parlant du dolmen :

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même chose exprimée d'une manière moins scolastique, et le nom à lui seul suffisait à résumer ce que l'âme humaine contenait alors de possibilités poétiques et il évoquait l'époque lointaine où les divinités champêtres étendaient leur domination sur la terre avant que l'homme les en eût chassées. Pour avoir été négligées, méconnues, les fées qui ont habité cette plaine, enfermées dans un buisson, une biche, un oiseau bleu, se sont endormies pour plus de cent ans, et les paroles magiques qui pourraient les réveiller ont été oubliées avec les ballades

qu'on ne chante plus, les formules qui conjuraient le sort, les contes éclos dans les rouets et les moulins, toutes les choses qui s'en vont, se taisent et disparaissent et cependant faisaient partie du trésor que chaque province renferme avec les fleurs de son herbier. Elles avaient besoin, pour exercer leur

â influence bienveillante ou maléfique, qu'on parlât

d'elles, de leur œuvre; elles ne vécurent qu'autant qu'on les tenait en honneur et qu'on vénérait leur existence subtile. On les voyait toutes, ainsi que •" j|^^H les ondines, les oréades et les zéphyrs, et les génies

^JH^H familiers des eaux, des airs et des forêts, prome-

— -"^^^^M nant sur les campagnes leur blanc cortège de

formes vaporeuses aux jours relativement proches où la reine Berthe filait et où les rois épousaient des bergères. A l'heure indécise qui marque les adieux du jour et de la nuit, quand la précision des contours s'atténue et que les choses n'ayant plus d'âge ni de temps confondent leur histoire avec leurs légendes, la fumée s'élève des villages en colonnes bleues, ondulcuses comme des fumées de sacrifice, la vapeur tisse une gaze sur les chesnaies, sur les

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