‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 50 sur 63 · CHARTREUSE UU REPOSOIR · texte numérisé non relu

CHARTREUSE UU REPOSOIR

jours vous apercevez, en signe de ralliement, l'ancien rendez-vous de chasse des comtes de Genève, qui, devenu un château fort, permit, en 1179, à Béatrice de Faucigny de soutenir un siège et qui ne conserve aujourd'hui que le superbe écroulement de la tour et des remparts, sur des blocs à pic s'étalant au pied du manoir comme des chiens de garde défenseurs de la vieille cité. C'est là qu'entre les murs des courtines et les petits jardins, la haute et svelte silhouette du clocher se dessine, et non loin du château, du collège, des couvents, la flèche s'enlève, dominant les maisons comme elle dominait jadis les esprits et les cœurs dans un même idéal de pensée.

A quelques pas se dresse le donjon du Saix avec ses fondations crispées dans le roc. Une masse carrée, flanquée d'une habitation robuste, des caves et des souterrains creusés dans la pierre dure, une plate-forme éblouissante de clarté, une cour plantée d'arbres, voilà le séjour que choisirent, vers l'année 1626, trois Bernardines réformées, venues de l'abbaye de Sainte-Catherine où elles ne pouvaient se résigner à la nonchalance de leurs sœurs. François de Sales, qui savait qu'ici « l'air est bon, le voisinage fertile et le peuple extrêmement enclin à la dévotion », leur désigna ce nouvel asile, grâce au bienveillant appui de Noble Saultier de la Balme, pour élever au ciel — tout proche — le parfum de leurs prières et de leur encens. Et bientôt elles furent dans toute la contrée en telle odeur de sainteté, que les novices affluèrent et qu'elles durent bâtir un nouveau couvent dans le faubourg Saint-Bernard, à l'endroit même où se trouve aujourd'hui le collège. Le 50 juillet 1670, à neuf heures du matin, elles quittèrent le château du Saix, devenu pour elles trop étroit, et se rendirent en procession solennelle, à travers la ville qu'elles ne connaissaient pas, à leur nouvelle demeure. De toutes parts on se pressait, les rumeurs de la foule étaient coupées d'attentes silencieuses. Enfin les cloches s'ébranlèrent et les frémissements sonores effleurèrent tous les fronts. La porte s'ouvrit à deux battants et, sur le seuil, entre les spirales bleues des encensoirs, Monseigneur d'Arenthon d'Alex, évêque d'Annecy, parut dans une dalmatique brodée d'or. Derrière lui venaient le chapitre, les trente-six rehgieuses

à la robe noire, au bandeau blanc, et puis le conseil de ville, la noblesse, les confréries marchant à pas comptés, et enfin le peuple se bousculant un peu, pour mieux voir, dans un brouhaha, un piétinement continu. Le cortège entra dans l'égUse des Capucins, prés de la tour de Béatrice, et puis dans l'église de la Collégiale, où Monseigneur donna la bénédiction. Les murailles disparaissaient sous la richesse des offrandes, les femmes avaient tendu aux balcons leurs courtes-pointes nuptiales et d'une porte à l'autre jeté des guirlandes. Dans les rues, c'était une ondulation immense, comme du vent sur les blés. La procession marchait, mesurant ses pas sur le rythme des violes, et les chants religieux s'élevaient naturellement et se déployaient avec l'ampleur d'un psaume grégorien. Une croix de cristal et d'or s'abaissait par instants sous une arche de verdure, et par échappées on voyait la campagne étendue sous une gaze blonde. Enfin, les trente-six religieuses à la robe noire, au bandeau blanc, gravirent une à une les marches de leur chapelle, les portes se refermèrent, et ce fut dans les rues une débandade silencieuse.

Ici la religion se fait moins sombre, les couvents ne remontent pas au delà des dernières années du seizième siècle, et l'on dirait qu'un peu de l'élégance contemporaine, de la lumière des larges horizons a jeté des éclaircies sur la vie monastique. Mais à l'autre extrémité de la vallée, le long de la route que suivaient autrefois les diligences et qui menait de Genève à Chamonix en passant par Bonneville, Cluses, Sallanches

LES HORLOGERES

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