‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 52 sur 63 · LA FLEGERE SUR CHAMONIX · texte numérisé non relu

LA FLEGERE SUR CHAMONIX

cette famille de Faucigny où les aînés sont des guerriers, les cadets des évêques ou des fondateurs d'ordres, où les femmes brodent des oriflammes pour les lances et des bannières pour les pèlerinages, épousent d'autres guerriers ou se retirent dans un cloître. Plus loin, au delà des murailles qui entourent le clos des tombes et le verger des moines, au delà du coteau couvert de vignobles dont le vin était si fameux qu'on l'appelait le vin de la Burette, s'élève le donjon du château de Villy où François de Sales, au cours d'un de ces pèlerinages qu'il faisait fréquemment au tombeau de Ponce de Faucigny, reçut l'hospitalité de sa cousine iMadame de Charmoisy. Maintenant que le soir tombe, que je suis accoudé à la terrasse qui s'étend devant le château, et tout à la joie de reconnaître ici et là, jusqu'à l'extrême limite de l'horizon, les plus petits hameaux de ce pays qui m'est familier, je ne puis m'empêcher de songer qu'en un soir semblable, accoudés à la même place. Monsieur de Genève et la Philothée de la Vie dévote ont poursuivi leur rêve de sentimentalité spirituelle, écouté comme à cette heure monter l'angelus, et posé un nom de village sur chacune de ces cloches, un souvenir sur chacun de ces villages. Du haut des clochers, où elles sont emprisonnées dans leur cage de bois, elles s'évadent et retentissent dans l'air léger, et leurs voix qui descendent sur les forêts, disparaissent dans les creux et renaissent au tournant des sentiers, couronnent les campagnes d'une guirlande sonore.

Tout à l'heure elles attendaient que le bras du sonneur, se suspendant à la corde, fît sortir de leur ventre de bronze des vibrations triomphales. L'une montrait l'image de quelque saint en relief, une autre avait ses bords ébréchés, une autre était

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