LE MONT-BLANC VU DE LA FLÉGÈRE
couverte d'arabesques, il y avait les clochettes des trépassés semées de larmes et dont la banderole enfilait une tête de mort par les orbites, comme un fil l'aurait fait d'une perle, il y avait aussi la cloche de Thiez sur laquelle VAve Maria, gravé autour de la date 1473, rappelait l'arrivée de l'ange annonciateur au milieu des lys, il y avait enfin la petite cloche de Contamine sur laquelle on voyait le Christ en croix, saint Antoine et au-dessous, dans une couronne de feuillages, le nom des fondeurs et ce quatrain naïf :
Contamine, tu me fais Naître de tes dons, Je ne peux l'offrir Que des carillons.
Maintenant, selon le souffle du vent, je les reconnais à leurs notes métalliques, à la rudesse imprévue de leurs accents, à leurs tintements grêles. Tantôt elles ont un frémissement prolongé, tantôt il semble qu'elles jettent des notes distinctes se reliant par un murmure d'harmonie cristalline ; une autre fois, leur timbre de sonnailles les fait ressembler à leurs aïeules, ces cloches que Paulin, évêque de Noie, avait imaginées pour les églises de Campanie ; mais toujours elles s'appellent, se répondent, se mêlent, s'unissent en un choeur grave et lointain, si bien que l'angelus, avec ses vibrations joyeuses ou mélancoliques, transforme le ciel en une harpe immense, et que la campagne se tait pour se mieux abandonner au sonore enchantement.