‹ La Scarlatine PuerperaleChapitre 22 sur 27 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

En présence d’un exanthème survenant chez une nouvelle accouchée, le problème revient pratiquement à discuter deux diagnostics la scarlatine et l’érythème puerpéral scarlatiniforme, ce qui ne présente pas seulement un intérêt doctrinal, mais encore une réelle importance au point de vue prophylactique.

Jusqu'à ces dernières années, on ne disposait, pour réaliser ce diagnostic, que d'arguments cliniques et épidémiologiques.

Les premiers se basaient sur l'absence habituelle d'infection génitale, la brutalité du début, la rapidité du pouls, les vomissements, l’hyperthermie, l’apparition précoce et les caractères de l’éruption, l’état de la langue, la desquamation terminale qui plaidaient en faveur de la scarlatine, sous réserve cependant que la plupart de ces symptômes peuvent exister au tableau de l’érythème infectieux puerpéral, bien qu’en général atténués, et, que d'autre part, la scarlatine véritable se présente souvent sous une forme fruste (Trousseau),

Les arguments épidémiologiques sont plus probants ; ils reposent sur la notion de contagiosité de la scarlatine, sur le fait qu’une première atteinte confère presque toujours l'immunité.

Les faits, où des malades atteintes de scarlatine puer-

pérale transmettent à des personnes saines de leur entourage des scarlatines typiques sont démonstralifs, mais évidemment fort rares. Cependant de nombreux auteurs en relatent des cas.

Malfatti signale la transmission de la maladie à une infirmière et à des enfants. Senn, Braxton Hick, Olshausen, Clémens, Schneider en parlent à leur tour. Thouveny cite deux cas de contagion chez une femme et une petite fille. De Lavergne et Fruhinsholz parlent d’un « essaimage de l'affection qui atteignit successivement différentes personnes du service hospitalier : chef de clinique, interne, stagiaires, élèves sages-femmes, » Enfin, l’auto observation de M. Baize, de la communication Devraigne, Baize et Mayer possède à ce point de vue la valeur d’une expérience de laboratoire Cet interne examine la malade de notre observation I, Mme P.. le 25 janvier 1929, dans l'après-midi ; quatre jours plus tard, sans avoir eu le moindre contact avec un scarlatineux, il présente une angine avec syndrone infectieux brutal suivi de searlatine typique et grave. La réalité de la nature scarlatineuse de l’éruption de Mme P.., semble dans ces conditions bien difficile à discuter.

Mais on ne peut, cela se conçoit, compter, pour le diagnostic, sur ces cas de contagion, heureusement rares.

Plus constants sont les procédés nouveaux appliqués j depuis quelques années au diagnostic de la scarlatine, procédés de discrimination d'ordre biologique dont ia valeur semble indiscutable. Nous voulons parler sur-

SD

tout du phénomène d’extinction décrit par Schultz et Charlton en 19148 et qui a fait, depuis, l'objet d’un nombre important de travaux. Nous citerons seulement la thèse parisienne de Nechkovitch et celle de Pavlovitch (Lyon 1922) inspirée par Mouriquand, dans laquelle ce dernier auteur étudie le phénomène de Schultz et Charlton au cours de la scarlatine puerpérale et le considère comme extrêmement précieux pour le diagnostic de cette affection.

Nous lui empruntons d’ailleurs les quelques données fondamentales que nous allons rappeler sur le phénomène d'extinction lui-même et la technique de sa recherche.

a) Le séram de scarlatineux convalescents dont la maladie date de plus de trois semaines, ainsi que le sérum humain normal de sujets n'ayant jamais eu la scarlatine jouit de la propriété curieuse d’éteindre l’exanthème scarlatineux dans-la région avoisinant l'injection intra-dermique.

b) Ce sérum est sans action sur tout autre exanthème qui n’est pas d'origine scarlatineuse.

c) Le sérum d'individus en pleine maladie, c’est-à-dire dans les vingt premiers jours qui suivent le début, est incapable de provoquer l'extinction si on l'injecte à un malade en pleine éruption.

d) Les sérums d'origine animale sont dénués de toute action sur l’exanthème scarlatineux.

De là découlent deux techniques de recherches.

1° Une méthode directe qui consiste à prélever du sang d'un sujet convalescent de scarlatine à jeun, et,

après s'être assuré de la négativité du Wassermann sur l'un des échantillons, à injecter dans le derme du sujet porteur d’exanthème suspect un centimètre cube de sérum. Dans le cas de scarlafine, on observe, au bout de six à dix heures un pâlissement, puis un effacement local de l’éruption sur une étendue qui peut aller d’une pièce de cinq francs jusqu'à une paume de main.

2° L'autre méthode, qui consiste à injecter à un scarlatineux certain, en pleine éruption, du sérum d'individu suspect de scarlatine, est moins facile à réaliser. En ce cas, s’il y a effacement de l’éruption, c'est qu'il ne s’agit pas de scarlatine, si non, c’est une scarlatine.

Dans nos observations, comme dans celles que nous avons pu réunir, c’est toujours la méthode directe qui a été employée. Cette recherche n’a été faite que dans quelques cas mais nous pensons qu'on devrait la pratiquer systématiquement dans tous les cas d’éruption scarlatiniforme puerpérale.

Dans nos observations, cette recherche a été effectuée quatre fois. Trois fois le résultat a été nettement positif (obs. II, IV, VD le pâlissement de l'éruption se montrant net et persistant ; une fois seulement (obs. V) nous n'avons pu l'obtenir. Thouveny l'a recherché dans deux observations rapportées également par Pavlovitch : une fois l'extinction fut positive (obs. VIT), une fois négative (obs. VIID. De Lavergne et Fruhinsholz sur deux cas où ils l’ont recherché l'ont trouvé deux fois positive. Si nous rapprochons ces résultats, nous voyons que, sur huit cas où il à été recherché, six fois le phénomène d'extinction s’est montré positif, deux fois seu-

PRES de

lement négatif (obs. VIII de Thouveny, notre obs. V). Il est probable que ces deux cas ne concernaient pas de véritables scarlatines. s ,

Quant à la réaction de Dick, c’est-à-dire l’intra-dermo réaction à la toxine streptococcique, nous n'en avons pas l’expérence personnelle etil semble qu'elle n’ait pas été souvent recherchée dans la scarlatine puerpérale ; nous croyons qu’elle n’a pas le même intérêt que le phénomène de Schultz et Charlton car eile n’a de valeur vraiment spécifique que s’il est démontré que le streptocoque est l'agent causal de la scarlatine : d'autre part elle est moins facile à pratiquer, puisque, pour obtenir une certitude, il faudrait la rechercher deux fois : à la période d'état de l’exanthème et à la conva- lescence. Positive dans le premier cas, négative dans le second, ce double résultat serait en faveur du diagnostic de scarlatine.

Peut-être y a-t-il dans la reaction de Dick un procédé de diagnostic intéressant à étudier.

Page 1