SUR LA CHALEUR DE LA TERRE
composé à son origine pour qu'il fût renflé à son équateur, aplati à ses pôles. La physique a répondu avec toute la certitude possible qu'un tel corps avait dû être entièrement fluide.
Ainsi toutes nos planètes sont aplaties et toutes ont été fluides ; grand et singulier phénomène 1 L'homme, H qui foule la croûte solide de la terre, ne se doute pas ^ que toute cette masse a jadis été liquide. Il a fallu à la . ^ science de longs travaux pour constater un fait dont l^ elle n'avait pas été contemporaine, et dont les traces ^ apparentes avaient disparu. Mais ce fait antique avait ^ déterminé, dans les corps planétaires, des conditions de structure qui l'ont fait reconnaître à travers un incalculable passé; et sa généralité dans notre système solaire porte à croire qu'ici-bas comme là-haut, sur notre terre comme sur les autres terres flottant dans l'espace, les grandes lois de la nature sont les mêmes, et qu'éclairés du même soleil, emportés par la même attraction, terre, planètes et tout le reste du cortège sont liés intimement par des rapports de ressemblance et pour ainsi dire de fraternité.
Mais qui dira ce qui rendit fluides ces grands corps? Leur liquidité n'a pu dépendre que de deux causes, de l'eau ou de la chaleur. Ou bien, à une époque reculée, les eaux ont liquéfié toute la substance de la terre ; ou bien de telles chaleurs y ont été produites, que ce qu'elle contient de matières solides était entré en fusion, et qu'elle ne formait plus qu'une vaste fournaise où bouillonnaient les éléments de ce qui fut plus tard granit, schiste, roche ou métal. Or, il n'est pas possible d'hésiter entre ces deux explications; et c'est pour la seconde qu'il faut se décider. La cbose est facile à comprendre : l'eau sur le globe ne forme guère que la cinquante-millième partie de la masse totale ; il est
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donc évident qu^à la température moyenne de 13 ou 4 4 degrés, qu'elle possède aujourd'hui, elle n'a pu dis* soudre la masse de portions terreuses et métalliques qui composent notre planète ; mais, portée à une plus haute tempérance, n'a-t-elle pas été douée d'une action dissolvante bien autrement efficace ? A cela on répond qu'une quantité de liquide, môme élevée à une grande chaleur, ne dissout pas un poids de matière solide qui lui soit de beaucoup supérieur ; de sorte que, pour que Teau eût pu dissoudre le restant du globe terrestre, il eût fallu qu'elle eût formé une aussi grande masse que les parties terreuses et métalliques; or, elle est en quantité infiniment moins considérable, dans le rapport de 1 à 50,000. Mais, dira-t-on peut-être, l'excédant de liquide est retiré vers les profondeurs et le centre du globe. Cette hypothèse n'est pas, non plus, admissible. La densité moyenne du globe terrestre est cinq fois plus grande que celle de l'eau ; donc, bien loin que les parties ceiltrales soient occupées par l'eau» ce liquide a dû refluer et a reflué en eifet à la surface ; position que lui assignent d'ailleurs les lois hydrostatiques.
Ainsi il n'y a pas sur notre globe assez d'eau, supposée aussi chaude, aussi aiguisée de réactifs que Ton voudra, pour tenir en dissolution toute la partie solide. Donc il faut, pour expliquer l'état liquide où s'est trou* vée la terre à l'origine, recourir à l'action du feu. Et à ces raisonnements tout à fait concluants, les observations physiques apportent une dernière démonstration qui est sans réplique. A mesure qu'on s'enfonce dans les entrailles de la terre, la température augmente; c'est un résultat qu'on a obtenu de toutes les façons, soit qu'on déterminât la température des plus profondes mines que l'homme ait creusées, soit qu'on pion-
SUR LA OHàLEUR X>B LA TERUE. il$
geât un thermomètre dans les eaux souterraines qui jaillissent des puits artésiens. Toujours la température y est supérieure à la chaleur moyenne du Ueu; et un grand nombre d'expériences ont appris que cette température croit d'un degré centigrade pour 36 mètres environ de profondeur. Tous ces phénomènes indiquent une source centrale de chaleur; et la rapidité avec laquelle cette chaleur augmente prouve que Tincendie du noyau terrestre n'est pas loin de nos pieds.
Ainsi il ne peut rester aucun doute sur Tantique incandescence de la terre, incandescence qui en avait fait une masse entièrement fluide. Sa forme d^ellipsoîde aplati aux pôles, renûé à l'équateur, le peu d'eau qu'elle contient proportionnellement à la masse des éléments terreux et métalliques, la persistance de la chaleur centrale qui se fait encore sentir à peu de distance au-dessous de nous et qui croît rapidement vers les profondeurs , telles sont les preuves qui donnent une certitude complète à la liquéfaction de la terre par la chaleur.
On prétend que Virgile, interrogé sur les choses qui ne causent jamais ni dégoût ni satiété, répondit qu'on se lassait de tout, excepté de comprendre (prœter intelligeré). Certes la pensée est profonde; et elle appartient bien à une âme retirée et tranquille comme celle du poète romain. Une vie entière d'étude, accompagnée de lumière et de poésie, l'avait porté dans les pures et paisibles régions de l'intelligence; mais jamais on ne sent mieux la vérité des mots qui lui sont attribués, que lorsqu'on touche à ces questions qui nous lancent dans la double immensité du temps et de Tespace. Il y a dans la petitesse de l'homme, dans la petitesse de sa terre^ dans la brièveté de sa vie, quelque chose qui contraste singulièrement avec les énormes distances
i NODTELLKS RECHERCHES DBS GÉOMÈTRES il soupçonne, et les vastes intenalles de temps 'il suppute et qu'il retrouve dans les ombres du isé. Grûce à ceux qui, comme dit Childe-Harold, mt du légers nos travaux mortels*, une certaine lueur «mmiDcé k poindre. La science est le flambeau qui mt éclairer un lieu obscur; et, tout entraîné qu'on
par le tourbillon de la terre et de la vie, c'est quele chose que de pouvoir jeterun grave et long regard r ces ténèbres et cet abime.
Dans cette étude de la constitution de notre planète, ux points sont acquis, son état de fluidité originaire,
à une prodigieuse conflagration, et son état actuel e nous connaissons, et dans lequel elle offre une uche solide extérieure et une température moyenne
13 à 14 degrés à la surface. On a obtenu ce résultat
observant les températures dans les régions équatolies, polaires et interraédiairea, et en prenant les oyennes de toutes ces observations. Avec ces deux iints fixes, il est possible de retrouver quelques fragents des transitions par lesquelles la terre a passé; ;st ce qu'on doit aux recherches de Fourier et de , Duhamel, qui a poursuivi les travaux de l'illustre omètre.
Il faut se représenter au commencement la terre rnime une masse énorme fluidifiée par le calorique. >us les corps y sont régulièrement superposés d'après s lois hydrostatiques, les plus denses au centre, les us légers à l'extérieur. Toute la substance du globe rrestre n'est qu'une seule masse ardente qui bouilnne sous une atmosphère orageuse. Rien d'organisé 3 peut vivre dans un pareil monde; le feu en est le