‹ La science au point de vue philosophiqueChapitre 8 sur 70 · DISCOURS SUR L'ÉTUDE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L'ÉTUDE

sciences est la méthode expérimentale. Bacon, le premier, l'a établie comme leur fondement et comme leur véritable philosophie. Le raisonnement montrait que ^*était bien la bonne voie ; mais le succès a passé toute attente. Les sciences naturelles, grâce à cette méthode qui ne laisse rien perdre et qui ne permet jamais qu'on sorte du droit chemin, ont fait plus de progrès depuis trois siècles, qu'elles n'en avaient fait depuis les commencements de rhistoire grecque jusqu'à la renaissance. Elle consiste à observer avec tout le soin et l'exactitude possibles les faits particuliers. Ces faits une fois reconnus, c'est à l'esprit d'induction à les classer, à les coordonner, et à en tirer les lois les plus compréhensives qu'ils renferment. Alors, quand le calcul est applicable, il généralise les données, il révèle des conséquences que nulle combinaison n'aurait peut-être découvertes: admirable instrument qui multiplie immensément les forces de l'esprit, comme les machines multiplient les forces du corps, mais auquel il ne faut jamais demander plus qu'bn n'y a mis.

C'est par ce travail de détails et d'inductions qu'on arrive aux lois générales, d'autant plus belles qu'elles renferment elles-mêmes l'explication d'un plus grand nombre de faits particuliers. La plus admirable, sans doute, est celle de Newton : deux particules de matière s'attirent en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de leurs distances. De cette loi les astronomes tirent non-seulement tout l'ensemble du système du monde, mais encore tous les détails; ils expliquent les perturbations et les exceptions apparentes* poursuivant ainsi le grand travail commencé par New ton, continué pendant un siècle par les hommes le» plus habiles, et non encore achevé.

Les anneaux de la science sont solides, sa texture est

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ferme, et la part que la raison pure y prend est grande. Les résultats et les prévisions où elle arrive par ses inductions ont, quand les faits sont bien observés et les inductions bien établies, une sûreté remarquable. M. W. Herschel en rapporte un exemple extrêmement curieux : « On opposa, dit-il, à la doctrine de Copernic que, si elle était vraie, Vénus devrait apparaître quelquefois avec la configuration que la lune présente avant d'attemdre son plein. Il en convint, et ajouta même que^ si elle s'offrait jamais à nous, elle nous apparaîtrait ainsi. On peut aisément se faire une idée de quel étonnement on fut, longtemps après, saisi, quand on vit le télescope confirmer cette prédiction, et qu'on aperçut cette planète avec la configuration que lui avaient également assignée Fauteur du nouveau système et ceux qui le combattaient. »

Il en est ainsi d'une foule de faits dont Fénoncé parait étrange, et dont la certitude est néanmoins parfaite.

Qui croirait, si la chose n'était pas démontrée d'une manière irrécusable, que, dans une seconde, dans l'espace d'une seule oscillation du pendule, un rayon de lumière parcourt plus de 60,000 lieues ? Qui pourrait admettre que le soleil est un million de fois plus grand que la terre? Qui croirait que cet astre, placé à une distance telle qu'un boulet de canon, conservant sa vitesse initiale, mettrait vingt ans à l'atteindre, exerce cependant son attraction sur notre globe dans un intervalle de temps inappréciable; que, parmi les étoiles fixes, placées à d'incalculables distances, il en est quelqaes-unes dont la splendeur actuelle surpasse cent fois celle du soleil lui*méme? Enfin, comment s'imaginer que chaque point d'un milieu que traverse un rayon de lumière est affecté d'une suite de mouvements pé^

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