DISC0DR8 SUR L'ÉTUDE
riodiques qui reviennent régulièrement, par intervalles égaux, au moins 500 millions de millions de fois dans une seule seconde, et que c'est par des mouvements de cette espèce communiqués aux nerfs optiques, que nous voyons?
Telle est la subtilité de la nature, qu'elle sait cacher à nos regards tous ses phénomènes. Rien qu'un travail assidu et des méditations profondes ne peut parvenir à découvrir quelques faits et quelques lois. Tout, au premier abord, est complexe, divers, exceptionnel; mais tout est régulier au fond, et plus la science avance, plus elle trouve moyen de réduire le nombre des théories et des causes. C'est sans doute cette simplicité de la nature qui fait l'immense difficulté des recherches scientifiques. Ce voile lui suffit; ainsi les espaces illimités et le bleu du ciel, où nos regards s'enfoncent et se perdent en vain, ne nous sont voilés dans le lointain que par leur profondeur même; elle n'a pas eu besoin d'une autre barrière pour nous dérober la forme et la splendeur d'innombrables soleils.
Il paraît, d'après plusieurs passages du livre de M. W. Herschel, qu'en Angleterre, l'esprit religieux est, à chaque moment, prêt à se soulever contre les découvertes et les explications scientifiques, quand elles contrarient en quelque point le texte de l'Ancien ou du Nouveau Testament. M. W. Herschel croit devoir prendre des précautions contre cette tendance, et justifier la science du reproche qu'on lui fait de conduire au mépris de la révélation. Pour moi, je n'admets ni les explications ni les excuses ; la science est indépendante et inflexible; elle n'est limitée par les paroles d'aucun texte; elle constate les faits sans s'occuper de leur accord ou de leur désaccord avec la théologie : c'est à celle-ci à établir la conciliation. Ni les paroles de Josué
DB LA PHILOSOPHIE NATURËLLfi. M
n'empêchent que la terre ne tourne; ni les premiers chapitres de la Genèse sur la création, qu'il n'y ait eu plusieurs renouvellements des existences sur la face du globe, comme Ta démontré Guvier; ni que notre planète, suivant les calculs de Fourier, n'ait été, à son origine, animée d'une incalculable chaleur.
A ce propos, qu'on me permette une citation qui fournira la meilleure réfutation de ces scrupules, qui heureusement n*ont pas d'empire en France. Le Cheik Réfaa, un des élèves les plus distingués de la mission égyptienne, a composé en arabe, pendant son séjour à Paris, une relation de son voyage en France. On lit dans cet ouvrage, analysé par M. Gaussin de Perceval {nouveau Journal asiatique^ 1833), le passage suivant:
(( Les Français excellent dans les sciences pratiques, et possèdent également à fond les sciences spéculatives. Seulement, ils ont certaines croyances philosophiques que la raison d'autres peuples ne saurait admettre ; mais ils les soutiennent si bien et les parent de couleurs si spécieuses, qu'elles semblent fondées sur la réalité. Dans l'astronomie, par exemple, ils sont fort savants, et le secours des instruments qu'ils ont inventés les a rendus supérieurs aux anciens. Mais ils ont mêlé à cette science quelques idées hérétiques contraires aux livres saints, comme l'assertion du mouvement circulaire de la terre, ils appuient cette opinion de preuves qu'il est difficile de réfuter. Je citerai plusieurs de leurs para^ doxes, et je les signalerai au lecteur dans Toccasion. Je dirai seulement ici que leurs ouvrages scientitiques sont remplis de paradoxes de ce genre. Le musulman qui veut étudier les livres français doit doncs'attachei* fortement au texte du Coran et aux traditions reli^ gieuses, pour se garantir de la séduction et ne point
h? DISCOURS SUR L'ÊTUDB
lafsser ébranler sa croyance. Sans cette précaution, il s'exjiO^ à perdre sa foi. »
Pour peu que les musulmans continuent à fréquenter les écoles européennes, il faudra que le Coran cède comme la Bible a cédé, et que le rationalisme prenne la place de l'interprétation littérale.
Rien ne peut plus nous ramener au temps où Ton consultait les Écritures pour savoir si un fait était véritable, pas plus qu'au temps où Aristote régnait en dominateur sur les écoles; car Aristote à été jadis une autorité non moins grande que les livres saints. La philosophie grecque s'est, dans sa belle époque, beaucoup occupée des sciences ; mais, suivant la remarque de M. Herschel, qui est d'une grande justesse, son erreur radicale fut d'imaginer que la méthode qui avait donné de si beaux résultats en mathématique était applicable en physique, et qu'en partant de notions simples, de notions presque évidentes ou d'axiomes^on pouvait tout discuter. «Aussi voit-on ceux qui cultivaient les sciences dans cet esprit, constamment occupés à découvrir ces principes qui doivent devenir si féconds: Fun fait du feu la matière essentielle et l'origine de Tunivers, et l'autre adopte l'air. Cette méthode de philosopher est la source de toute erreur. Les choses sont tellement arrangées dans le mionde visible, les relations qu'elles ont avec nos sens si trompeuses, malgré leur vérité et leur nécessité, que rarement Phomme devine tout d'abord la vraie concordance et l'enchaînement naturel des phénomènes. Les Grecs, privés du fanal de la méthode expérimentale, n'ont pas su lier leurs recherches entre elles, ni fonder un système qui rattachât invariablement le passé à Tavenir. »
M. W. Herschel se montre, à mon avis, trop rigoureux contre la science antique, lorsqu'il la renferme