‹ La science au point de vue philosphiqueChapitre 12 sur 75 · Auguste Cuoile · texte numérisé non relu

Auguste Cuoile

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car les étoiles qui sont le plus rapprochées de nous sont encore deux cent mille fois au moins plus loin que n’est le soleil de la terre, ne se révélant que comme des points étincelants qui parent notre nuit de leurs froides et tranquilles clartés.

Cet abîme, les astronomes modernes ont essayé de le franchir. Ici, l’immensité des éloignements paralyse les efforts, qui cependant n’ont pas été complètement infructueux. C’est déjà beaucoup pour l’homme, être si faibleet logé sur une si petite terre, que d’avoir pu embrasser véritablement dans une théorie scientifique et sous un même coup d’œil toutes les lois qui régissent son monde particulier. Les excursions qu’il tentera au delà ne lui rapporteront jamais rien d’aussi fructueux; toutefois le peu qu’il glanedans les régions intersolaires n’est point à dédaigner ni pour la curiosité scientifique, ni pour la conscience humaine. Des nébuleuses ont été reconnues et étudiées; des étoiles singulièrement associées et tournant l’une autour de l’autre ont été aperçues, et fourniront un jour le moyen d’étendre jusqu’à ces lointaines régions la loi de la gravitation. Enfin, ce qui était le premier pas à faire et ce qui a longtemps arrêté, on est parvenu à déterminer, dans les limites, il est vrai, d’une très-large approximation, la distance qui sépare la terre de quelques-unes des étoiles. Sans doute aussi les astronomes ne tarderont pas à nous dire vers quelle partie du ciel notre soleil entraîne après lui tout le système qui lui est subordonné. Et ceci a une importance directe pour les hommes et leur terre: il n’est aucunement sûr que les contrées célestes que la terre parcourt à la suite du soleil soient d’une constitution identique. Or, nous commençons à recueillir quelques notions positives sur certaines matières que la terre rencontre en parcourant son orbite.

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Munis des rensei^ements que nous leur Iransnettrons, nos descendants pourront se former, dans la longue suite des âges, des notions infiniment curieuses et intéressantes sur ce sujet, qui jusqu’à présent était couvert I d’une obscurité profonde.

! Notre terre est dans des rapports étroits et nécessaires I avec le milieu où elle se meut et les corps qui y sont 1 semés, tellement que son existence et l’existence des êtres vivants qui la peuplent ne sauraient être conçues sans cette influence lointaine à laquelle elle est soumise. Elle a dans le soleil un maître qui, en raison de sa masse énorme, la retient dans une orbite constante et ne lui permet pas de s’égarer dans l’immensité; la même gravitation qui, inhérente à la matière, lie les particules terrestres autour de leur centre, lie aussi les

I astres lointains et détermine leurs formes et leurs mouvements. Du même maître qui la gouverne, elle reçoit la chaleur, sans laquelle aucune vie ne se développerait à la surface ; et, bien qu’elle renferme aussi une somme notable d’un calorique qui fut, à l’origine, excessivement intense, et qui maintenant, concentré dans les profondeurs, va s’épuisant tous les jours, elle serait un désert froid et inanimé, aussi glacé que ses pôles, si le soleil n’était un foyer de rayons calorifiques. C’est lui encore qui, avec la chaleur, épanche la lumière, donnant non-seulement le jour à la terre, mais embellissant aussi ses nuits par la clarté qu’il prête à la lune. Bien plus, ces deux astres portent leur action sur les mers de notre globe: chaque fois qu’ils passent au méridien, ils soulèvent les flots, et les longues côtes de l’océan, deux fois couvertes et découvertes en vinst-

quatre heures, témoignent de la subordination générale de toutes les choses. Le milieu même que la terre parcourt avec une rapidité singulière n’est pas indifférent

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au maintien de notre température et, par là, à l’existence des végétaux et des animaux; on a trouvé que les espaces inter-planétaires avaient un froid de 50 à 60 degrés au-dessous de zéro, et, tout extrême qu’il puisse paraître, ce froid n’en est pas moins une des conditions qui entrent dans la permanence d’une certaine température à la superficie du globe.

Notre habitacle tient, par tous les côtés, au grand ensemble dont il fait partie. Il est subordonné aux lois générales qui régissent le monde, étant quelque chose de particulier au milieu d’un vaste système; et, à son tour, comme il est, par rapport à nous, quelque chose de plus général, il nous subordonne à toutes les lois qui règlent son existence. La terre dépend du monde; mais la végétalité et l’animalité dépendent de la terre. C’est ainsi que, pour connaître les êtres vivants, il faut connaître les conditions de leur vie, et qu’une juste hiérarchie des sciences place au premier degré ce qui est plus général et par conséquent plus simple, pour venir à ce qui est plus particulier et par conséquent plus compliqué; si bien que, quand on veut arriver à la connaissance des sociétés et de la loi naturelle qui les gouverne, on s’aperçoit qu’elles aussi sont sous la dépendance d’un ordre plus général, qui est celui de l’existence organique ou vivante. Quels que soient les préjugés actuels et les habitudes qui en découlent, rien ne peut plus faire que cette notion suprême, aujourd’hui mise dans la circulation, ne pénètre enfin les esprits, et qu’on ne comprenne la subordination réelle des sciences, qui s’enchaînent, se supposent, et, ainsi systématisées, forment la vraie philosophie.

Ce ne sont pas les seules relations que la terre ait avec le dehors. Il en est de plus immédiates et de plus

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directes qui, il est vrai, sont restées inconnues jusqu’à nos temps, bien que les unes aient singulièrement frappé l’imagination des hommes, et que les autres se produisent tous les jours à leurs yeux sans avoir eu le privilège d’éveiller leur attention. Je veux parler des météores ignés.

Les météores ignés comprennent les étoiles filantes, les bolides et les aérolithes.

Les étoiles filantes sont, ainsi que le nom l’indique, des feux semblables à des étoiles et parcourant un certain trajet dans le ciel.

Les bolides sont des globes de feu qui illuminent l’horizon.

Les aérolithes sont des pierres qui tombent sur la terre avec un grand fracas et souvent avec unegrande lumière.

L’antiquité a mentionné bien des fois la chute de pierres venant du ciel. Dans la 78' olympiade, environ 467 ans avant l’ère chrétienne, une pierre tomba près du fleuve Ægos-Potaraos, là où, plus tard, Lysandre mit fin à la guerre du Péloponèse par une victoire décisive sur les Athéniens ; elle était grosse comme un chariot et de couleur brûlée. Yu leur origine, de pareilles pierres ont été consacrées dans les temples païens, et y sont devenues l’objet de l’adoration. Tite- Live cite des pluies de pierres ; chaque fois que ce prodige était signalé, on ordonnait des sacrifices, afin d’apaiser les dieux et de détourner leur colère. Les anciens croyaient à la réalité du phénomène, et, y croyant, ils l’incorporaient sans effort dans tout leur système d’idées. Leur religion acceptait ce prodige, et le rendait sensible aux yeux et aux cœurs, comme, du reste, l’ensemble de ce qu’ils savaient, en le rattachant au lien suprême de leur existence sociale. Mais, dirat-on, ces récits de la crédule antiquité sont-ils véritables

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et est-il permis d’y avoir confiance? Voyez vous-même et jugez. En 1627, Gassendi rapporte qu’il tomba sur le mont Vaiser, entre les villes de Guillaume et de Pernes, en Provence, une pierre enflammée qui paraisrait avoir quatre pieds de diamètre ; elle était entourée d’un cercle lumineux, et la chute fut accompagnée d’un bruit semblable à celui de plusieurs coups de canon réunis. En 1723, à Reichstadt, on vit un petit nuage, le ciel était d’ailleurs serein, et en même temps il tomba dans un endroit, après un éclat très-fort, vingt-cinq pierres, et huit dans un autre. En 17S0, près de Coutances en Normandie, explosion et chute d’une pierre. Au reste, toutes ces descriptions se ressemblent, ce qui les confirme toutes : il y a toujours explosion, très-souvent lumière, puis chute de pierres, qui sont très-chaudes, répandent une odeur sulfureuse, et présentent une apparence tout à fait semblable. En 1790, près des Pyrénées, apparition d’un globe de feu qui efface l’éclat de la lune, alors presque dans son plein ; il éclate, les débris s’en éteignent dans l’atmosphère; puis un bruit semblable à une décharge de grosse artillerie se fait entendre, et des pierres de différentes grosseurs tombent sur un espace de près de deux lieues. A quoi bon prolonger davantage cette énumération? En voilà bien assez pour donner crédit aux dires des anciens. Des pierres tombèrent jadis du ciel, et il continue d’en tomber aujourd’hui sans interruption et sans relâche.

Les météores ignés ont été l’objet de diverses explications également hypothétiques. D’abord on a cru qu’ils se formaient dans l’atmosphère, puis qu’ils provenaient de la lune, enfin qu’ils circulaient, comme une planète, autour du soleil. Ces trois ordres de suppositions veulent être examinés successivement.

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Quand, par une nuit sans nuage, on promene les yeux sur la voûte céleste, on voit une fois ou 1 autre, si la patience de l’observateur est assez longue, apparaître des points lumineux qui semblent se détacher, et qui, ayant parcouru un espace plus ou moins grand, s’éteignent complètement. Ces météores sont vulgairement appelés étoiles filantes; ils ont inspiré une charmante chanson à Béranger, lisant dans l’azur tranquille et dans ces flammes fugitives de merveilleux secrets ; et l’antiquité croyait qu’ils étaient un présage du vent, ainsi que le témoignent ces vers de Virgile :

Sæpe etiam stellas vento impendente videbis Præcipites cœlo labi, noctisque per umbram Flammarum longos a tergo albescere tractus.

Les étoiles filantes n’ont rien de commun ni avec la destinée des hommes ni avec les souffles qui poussent les nuages et soulèvent les mers. Ces clartés passagères et inconstantes viennent de plus haut et de plus loin; mais, considérées par les savants comme l’inflammation de vapeurs aériennes ou comme dues à des phénomènes électriques, elles semblaient suffisamment connues, et n’attiraient les regards que par la soudaineté de leur apparition et de leur extinction.

Quoique plus vifs, plus lumineux, plus rares, les bolides rentraient dans la même explication. Voici les caractères de ces météores : ils paraissent se mouvoir suivant des arcs de grands cercles; ils ne viennent pas également de tous les points de l’horizon, mais ils affectent certaines directions principales; il est impossible d'y reconnaître aucun mouvement de rotation. Leur disque apparent est inappréciable, bien que l’irradiation l’élargisse beaucoup; leur forme est toujours

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circulaire, leur lumière éclaire plus ou moins l’horizon, et c’est là un des caractères qui les distinguent des étoiles fdantes; mais l’illumination qu’ils occasionnent est toujours bien inférieure à celle que donne la lune. On n’y peut voir aucune espèce de bouillonnement ni d’ouverture; mais ils produisent assez souvent une traînée qui a été prise pour de la fumée, des étincelles et des flammes. Ils ne sont accompagnés d’aucun brouillard ni nuage; leur élévation est très-considérable. Jamais bolide n’a fait entendre le moindre bruit, le moindre sifflement. Très-peu éclatent en fragments, qui font encore quelques degrés de course pour s’éteindre ensuite. Les bolides apparaissent subitement et disparaissent de même sans changer sensiblement de diamètre apparent; leur grandeur absolue est bien moindre qu’on ne l’avait supposé. Jamais leur durée n’a dépassé un très-petit nombre de secondes, deux, trois ou quatre au plus.

Les étoiles lilantes, qui, isolées, n’attirent point Inattention, les bolides, qui, isolés aussi, ne l’attirent que peu, ont maintes fois, par l’abondance et la continuité de leur apparition, frappé l’imagination des hommes; et les vieux chroniqueurs ont souvent inséré dans leurs récits la mention de ces phénomènes singuliers, les présentant comme le signe de la colère céleste ou comme l’annonce de graves événements. Aussi, quand cette question est enfin venue à Tordre du jour, on s’est mis, pour l’élucider, à rechercher les notices qui se trouvent disséminées dans les historiens au sujet des météores. En 1837, M. Quételet eut l’idée de faire un catalogue des apparitions météoriques les plus remarquables, catalogue qu’il publia en 1839, et dont il donna une seconde édition en 1841. Dans cette seconde édition sont rapportées 192 apparitions. Le catalogue

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de M. Herrick, qui fut présenté à la Société de Philadelphie en 1840, comprend 39 chutes d’étoiles filantes depuis les temps les plus anciens jusqu à nos jours. Celui de M. Chasles, présenté à la séance de l’Académie des sciences de Paris en 1831, se compose de 89 apparitions puisées dans les anciennes chroniques, depuis l’an 530 après Jésus-Christ jusqu’à l’année 1223; parmi ces apparitions, il y en a 67 d’étoiles filantes en masse, et 20 d’étoiles filantes isolées. En 1842, M. Perrey, professeur de physique à Dijon, releva dans les auteurs, depuis l’année 533 après Jésus-Christ jusqu’à fannée 1169, 36 apparitions météoriques. Mais il n’est aucun peuple qui ait donné autant d’attention à ce phénomène que les Chinois. M. Édouard Biot, qui consacrait principalement sa connaissance de la langue chinoise à l’élucidation des questions scientifiques, et qui a été enlevé, encore dans ta force de l’âge, à ces études, a publié un catalogue général des étoiles filantes et des autres météores observés en Chine pendant vingt-quatre siècles, depuis le septième siècle avant Jésus-Christ jusqu’au milieu du dix-septième siècle de notre ère. Les observations depuis le septième siècle jusqu’à l’an 960, époque de l’avénement de la dynastie des Soung, formant la première partie du catalogue de M. Biot, sont extraites textuellement du livre 291 de Ma-touan-lin, célèbre auteur chinois de la fin du douzième siècle. Les observations suivantes, qui ont été faites sous la dynastie des Soung, et qui forment la seconde partie du même catalogue, ont été recueillies non pas dans Matouan-lin, mais bien dans les annales mêmes de la dynastie Soung, qui font partie de la grande collection des vingt-quatre historiens de la Chine. Pour les siècles suivants, M. Biot a consulté la continuation de Ma-touan-lin par des auteurs modernes et la section

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astronomique des annales des dynasties Youen et Ming, dans la collection des vingt-quatre historiens qui s’étend jusqu’à l’an 1647; ces observations forment la troisième partie du catalogue. Les annales de la dynastie actuelle des Mantclioux n’ayant pas encore été publiées, M. Biot n’apu fah’econnaître les dernières observations jusqu’à ce jour.

Des trois périodes que M. Biot a résumées en autant de tableaux, la plus importante est celle de la dynastie des Soung, comprise entre l’an 960 et 1275 de notre ère. Dans cet intervalle de trois siècles, les observateurs chinois ont enregistré 1 ,479 météores. On remarquera combien ce nombre surpasse celui des apparitions glanées parmi les écrivains occidentaux : il est vrai que ceux-ci ne les notaient que par hasard, tandis qu’en Chine un bureau était spécialement consacré à l’observation des météores ; mais on remarquera aussi que, depuis juillet 1841 jusqu’à la fin de février 1845, c’est-à-dire en trois ans et huit mois seulement, 5,302 météores ont pu être notés en Europe, grâce à un mode régulier d’observation appliqué à l’étude de ces phénomènes par les auteurs d’un curieux mémoire sur les étoiles filantes, M. Coulvier-Gravier et M. Saigey, celui-ci bien connu par ses importants travaux sur la physique du globe. On comprendra sans peine que ce , nombre, qui est en soi beaucoup plus considérable que celui des météores notés en Chine, l’emporte aussi infiniment par la valeur des observations, qui sont toutes comparables, ayant été faites par les mêmes observateurs. « En donnant ces courts extraits de tous les catalogues précédents, dit M. Saigey, nous n’avons d’autre but que d’en signaler l’existence; plus tard nous en discuterons le contenu en prenant pour terme de comparaison nos propres observations et les lois qui

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Cil ont été déduites. Nous sommes persuadés qu’il est impossible d’apprécier les observations anciennes, i quand on n’en a pas fait soi-même un très-grand nombre et qu’on ne les a pas discutées avec soin. C est i ainsi que l’on peut amender les fausses interprétations des auteurs de ces catalogues. Cependant on leur doit 1 rendre ici justice pour la peine qu’ils se sont donnée ! en compulsant les vieilles chroniques et les annales des peuples étrangers. Il serait à désirer que de semblables I recherches fussent faites dans les auteurs arabes. Ceux- ' ci n’ont pu cultiver l’astronomie sans observer les I grands météores et les apparitions extraordinaires d’étoiles fdantes. On en a déjà donné quelques citations curieuses; mais il reste là-dessus un travail spécial à entreprendre. »

Il n’est pas sans intérêt, on le voit, de rechercher . dans les monuments du passé quelques traces des mé- 1 téores qui se sont montrés dans notre ciel; mais il est encore plus intéressant, on le voit aussi, d’observer assidûment et systématiquement les météores actuels.

1 Les observations modernes donnent foi et créance aux observations anciennes; elles permettent d’en tirer parti et de les faire entrer dans la discussion du phénomène. Ceci s’applique à toutes sortes de notions nonseulement astronomiques, physiques et chimiques, mais aussi à la biologie, à la médecine, à l’histoire. Dès qu’on trouve dans les temps modernes une observation bien étudiée qui soit l’analogue d’une observation ancienne, vague, douteuse, incertaine, confuse, celle-ci, qui ne pouvait donner de lumière, en reçoit . aussitôt et éclaire à son tour le point du passé auquel ' elle appartient.

S’il est possible de poursuivre systématiquement l’observation des étoiles filantes et des bolides, cela

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n’esL plus praticable pour un autre pliéiiomène mi^téorique : je veux parler des pierres tombantes ou aérolithes. Ici, en eflet, il n’y a pas à s’installer dans un observatoire pour attendre la chute de ces pierres; cette chute est peu fréquente, du moins devant des yeux qui puissent en être témoins; elle est tout à fait inattendue, rien ne l’annonce, et elle prendra touiours les savants au dépourvu. Il ne faut pas cependant croire qu’elle soit réellement aussi rare que pourrait le faire supposer la distance des intervalles qui en séparent les mentions authentiques. Schreiber eut l’idée assez heureuse de calculer combien il devait tomber de pierres sur toute la surface du globe, en partant de ce fait qu’il en est tombé dix en France de

1790 à 1815, c’est-à-dire dans une période de vingt-six ans, et qu’il en est tombé également dix dans les îles britanniques durant une période d’égale longueur, de

1791 à 18(6; par la comparaison de l’étendue de ces deux pays à la surface entière du globe, il conclut qu’il doit y avoir proportionnellement, sur cette surface entière, deux chutes de pierres par jour, les deux tiers tombant dans l’Océan et l’autre tiers sur la terre ferme. Aujourd’hui que le rapport entre la terre ferme et l’Océan est mieux connu, on pourrait dire, suivant l’idée de Schreiber, que, sur quatre chutes de pierres météoriques, il y en a trois qui s’etfeduentdans la mer et une seule sur les continents et les îles.

Longtemps les savants doutèrent de la chute des pierres, et traitèrent d’opinion mal fondée la croyance vulgaire qui admettait la réalité d’un pareil phénomène. La croyance populaire se fondait sur des faits réellement observés et transmis d’âge en âge; mais elle était allée fort au delà delà vérité. De ce que les chutes de pierres étaient toujours accompagnées d’un bruit

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comparable à celui du tonnerre et souvent d’une lumière très-vive, on avait fini par confondre ce phénomène avec celui, de. la foudre. Chaque fois que celle-ci touchait la terre, elle devait donc être accompagnée d’une ch ute de pierres, ou, mieux, la chute de ces masses I devait produire tous les effets de la foudre; mais il 1 restait à trouver toutes ces pierres de foudre; et,

I comme elles manquaient, on les supposait enfoncées

II fort avant dans le sol, où on les retrouvait sous forme I de concrétions pyriteuses (comme les boules de pyrite),

I ou sous forme de pétrification (comme les bélemnites), j ou enfin sous la forme de pierres taillées (haches ou

coins de jade qui ont servi aux premiers homme.s). On ! supposait qu’elles provenaient de matières ténues, enlevées par les ouragans jusque dans la région des I nuages, où la chaleur les amollissait et en favorisait la I réunion instantanée en une masse solide. Cette opinion,

I plus ou moins modifiée dans la suite par la découverte i de Francklin sur l’électricité atmosphérique, a été long- I temps considérée comme satisfaisante au sein de l’an- : cienne Académie des sciences.

En possession d’une explication que l’on croyait - bonne, on négligeait de faire constater les chutes suc- ^ cessives. Il faut arriver jusqu’à l'année 17of pour avoir F' une description de ce singulier phénomène, rédigée ; par procès-verbal authentique. « Le 26 mai 1731, à six î heures du soir, dans les environs de Hradschina, près : d Agram, en Esclavonie, on aperçut dans le ciel un I. globe de feu qui se divisa en deux fragments semblables à des chaînes de feu entrelacées; l’on aperçut une ■ fumée d abord noire et ensuite diversement colorée;

: puis ces fragments tombèrent avec un bruit épouvanttable et une telle force, que l’ébranlement fut pareil à ^celui d’un tremblement de terre. L’un de ces frag-

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ments, qui pesait '71 livres, tomba dans un champ labouré peu de temps auparavant, où il s’enfonça de trois toises dans la terre et occasionna une fente de 2 pieds de large. L’autre de ces morceaux, du poids de 16 livres, tomba dans une prairie, à une distancedeSüO pas du premier, et donna lieu à une autre fente large de 4 pieds. » L’attention ainsi éveillée, on eut, de tous les cotés, des récits authentiques; enfin, ce qui vint clore toute discussion, ce qui élimina complètement la formation atmosphérique et fulminale, ce fut la chute du 26 avril 18Ü3. M. Biot, envoyé sur les lieux par l’Académie des sciences, s’exprime ainsi dans ses conclusions : «Vers une heure après midi, le temps étant serein, on aperçut de Caen, de Pont-Audemer et des environs d’Alençon, de Falaise et de Verneuil, un globe ' enflammé, d’un éclat très-brillant, et qui se mouvait dans l’atmosphère avec beaucoup de rapidité. Quelques instants après, on entendit à L’Aigle et autour de cette ville, dans un arrondissement de plus de trente ! lieues de rayon, une explosion violente qui dura de cinq à six minutes. Ce bruit partait d’un petit nuage qui avait la forme d’un rectangle. La plus grande de toutes les pierres que l’on a trouvées pesait 8 kilogrammes 5 dixièmes. Le nombre des pierres tombées peut être évalué à deux ou trois mille. » M. Biot recueillit les témoignages d’un très-grand nombre de personnes, qui toutes avaient entendu la détonation, et dont beaucoup avaient vu tomber les pierres. Ces pierres, en tombant, s’enfonçaient plus ou moins dans la terre, étaient très-chaudes, et répandaient une odeur de soufre insupportable.

Le très-curieux rapport de M. Biot est le seul exemple que nous possédions jusqu’à ce jour d’une enquête véritablement scientifique sur une pluie de pierres tom-

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b'-'es du ciel. Aussi suggère-t-il d’importantes considérations. Le météore marchait du nord nord-est au sud sud-est : ceci se conclut de la situation des fragments. Eu elîetç M. Biot ayant eu l’idée très-heureuse de déterminer le contour du terrain sur lequel les pierres étaient tombées, on reconnaît que ce contour est ellip- I lique; par conséquent le météore suivait une direction iblique à l’horizon; car, s’il eût suivi une direction ^ verticale, la pluie de pierres aurait couvert un espace circulaire. Après l’explosion du météore, les projectiles, dans le sens de leur mouvement général, ont dû faire d’autant plus de chemin quhls étaient plus gros et par suite moins ralentis par la résistance de l’air ; de i la sorte, la disposition des fragments sur le terrain selon leur ordre de grosseur donne la direction que sui- . vait le météore. Le nuage noir était formé de la matière la plus ténue, comme celle qui compose les traînées des bolides et des étoiles filantes, traînées qui s’agglomèrent parfois en un nuage plus ou moins arrondi, lequel reste en place plusieurs secondes et même plusieurs minutes, s’il n’est entraîné par les agitations de l’air; et pendant ce temps les fragments volumineux continuent à se mouvoir dans le sens du météore avant l’explosion, chacun de ces fragments faisant le même bruit durant sa marche à travers 1 atmosphère que dans le cas très-fréquent où il ne tombe qu’une seule masse

Isans aucune rupture.

L’hypothèse de la formation des pierres météoriques I au sein de Eatmosphère étant définitivement écartée I par le rapport de M. Biot, on examina la question de i savoir d’où elles venaient. D’abord Cliladni, aux yeux |i de qui les aérolithes, les bolides et les étoiles filantes fl constituaient un phénomène de nature analogue, émit I le premier 1 hypothèse qu’ils étaient des corps disper-

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sés dans l’espace où se meuvent les planètes, à la surface desquelles ils tombent de temps en temps, attirés par celles-ci et pénétrant dans leur atmosphère. Mais une telle idée ne fut pas accueillie ; et, au lieu de recourir à des corps errants dans les espaces planétaires, Laplace, avec son école, se contenta de remonter jusqu’à la lune, amoindrissant ainsi, autant qu’elle pouvait être amoindrie, l’idée du physicien allemand. C’est seulement vingt ans plus tard que les astronomes placèrent enfin les météores ignés sans exception au rang des masses planétaires. « Si maintenant, dit M. Saigey à ce propos,on se rappelle queladiscussion sur lemouvement de la terre a duré plus d’un siècle, que la question de l’aplatissement du globe et de la fluidité primitive des planètes a duré près de cent ans, qu’enlin il a fallu près du même laps de temps pour faire admettre en France la loi de la gravitation, il sera bien établi que toutes les grandes vérités de l’ordre physique exigent, pour être généralement admises, deux ou trois générations d’hommes. »

L’opinion de Laplace fit grande sensation en Europe. On calcula quelle vitesse une masse projetée par un volcan lunaire devait avoir pour ne plus retomber sur la lune. Toutefois les observations effectuées pour apprécier la vitesse des météores qui pénètrent dans notre atmosphère ne furent point favorables à l’hypothèse sélénique. Cette vitesse est beaucoup trop grande, et une pierre venant de la lune avec la rapidité qui appartient aux météores ignés ne tomberait pas sur la terre, mais continuerait à cheminer.

A ce point, après qu’on se fut occupé d’estimer la hauteur, la vitesse et la direction des étoiles filantes, une nouvelle hypothèse surgit, et les astronomes considérèrent ces météores comme des astéroïdes qui tour-

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neraient autour du soleil et que la terre rencontrerait I aux nœuds communs de leurs orbites. Cette hypothèse : tut suggérée par l’apparition extraordinaire d’étoiles

I lilantes, dans la nuit du 12 novembi’e 1833, aux Élatsi Unis d’Amérique. Ce fut en effet une apparition remar- I quable; toute la nuit il tomba du ciel une pluie de i feu. Toutefois M. Saigey, discutant les renseignements i fournis par les observateurs américains, arrive à con- ! dure qu’ils sont entachés d’exagération. Établissant que I ses propres observations donnent deux cents étoiles l pour un globe entlammé, et que quatre globes entlami més seulement furent aperçus auxÉtats-Unis, il suppose que le nombre des étoiles n’a guère dépassé huit cents. Le phénomène alla croissant depuis le soir jusnu’au jour; c’est du reste un résultat que démonirent sans ' réplique les observations faites depuis en Europe et en Amérique: l’apparition des étoiles lilantes est toujours progressive du soir au matin. MM. Coulvier-Gravier et Saigey ont pour cela une expérience de longues années, et jamais une nuit n’a été abondante en météores sans que l’observation du soir ne l’ait fait pressentir; en d’autres termes, jamais ils n’ont vu une apparition soudaine d’étoiles filantes.

Cette apparition extraordinaire, qui du reste ne se distinguait pas des autres apparitions, extraordinaires aussi, qu’on avait eu occasion maintes fois d’observer, non-seulement avant cette époque, mais encore postérieurement, appela l’attention des astronomes. Comme les observations ne tardèrent pas à montrer qu’il y avait un retour périodique d’étoiles filantes au mois de novembre, ils s’emparèrent de ce fait, et supposèrent qu’il étaitdûà un anneau composé d’astéroïdes et tournant comme une planète autour du soleil. Bientôt cependant d’autres retours périodiques furent aperçus.

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qui vinrent compliquer la question. Aussi les Hypothèses se multiplièrent; on varia sur la durée delà révolution de ces astéroïdes, sur l’inclination de leurs orbites, et il devint dès lors évident que l’hypothèse ne cadrait pas avec le phénomène, et qu’elle devait être remaniée. « Les observations faites durant cette période, dit M. Saigey, et les catalogues formés d’anciennes observations ne seront pas inutiles à la science.

Il était nécessaire d’essayer de toutes les hypothèses, a(in de pouvoir choisir celle qui représenterait le mieux ] l’ensemble du phénomène. On peut seulement reprocher aux astronomes de s’être trop tôt jetés dans les explications. Dans l’étude des étoiles lilantes, il fallait commencer par un pénible travail de détail réclamé de tout le monde et que personne n’a voulu exécuter, afin d’arriver à quelques faits généraux. Au lieu de cette marche prudente, les astronomes ont tenté tout de suite d’assimiler les météores à des planètes tournant autour du soleil ; ce qui les dispensait de préliminaires fatigants, puisqu’il sufüsait d’observer trois des éléments de la route suivie par ces astéroïdes de nouvelle espèce. Il est donc certain que la connaissance des météores ignés a fait ce faux pas uniquement parce que l’astronomie se trouvait trop avancée. Les astronomes ont péché par excès de science, et, une fois lancés dans cette fausse direction, l’amour-propre les y a fait persister. Otez-leur la connaissance qu’ils ont du mécanisme planétaire, privez-les des formules que les plus j grands géomètres leur ont données, qui permettent de déterminer une orbite à l’aide d’un très-petit nombre d’observations, et alors ils étudieront le phénomène des étoiles lilantes en lui-même et non plus à l’aide de trompeuses analogies, en hommes qui désirent accroître leurs connaissances, et non en docteurs

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qui veulent montrer la supériorité de leur talent. » Avant de spéculer sur le phénomène, il fallait l’ob- I server. Or, cette tâche, un homme s’en était spontané- I ment chargé dans une ville de province, loin de tout ' encouragement et au milieu d’occupations purement ] commerciales et industrielles. Un attrait singulier porta de très-bonne heure M. Coulvier-Gravier à considérer les étoiles filantes. A la vérité, c’était une fausse vue qui le conduisait ; il espérait trouver, dans ce phénomène, des relations avec les variations atmosphériques, et arriver à prédire par là ces variations mêmes. Malheui reusement pour la science positive, qui ne s’occupe pas des causes finales, mais des choses en elles-mêmes,

, il avait négligé d’enregistrer ses observations; et, quoiqu'il eût commencé à observer bien longtemps aupa- I rayant, ce fut seulement en 1840 que, sur le conseil de ' Jl. Arago, il tint un journal où il inscrivit quotidiennement les directions des étoiles filantes. A partir de 1841, ce journal contint, outre les directions, le nombre des étoiles filantes, le commencement et la fin du temps de l’observation de chaque nuit. Pour embrasser tout le ciel, deu.v observateurs ayant été jugés nécessaires, M. Coulvier-Gravier s’adjoignit un des employés de sa maison, M. Chartiaux, qui, depuis, n’a cessé de lui venir en aide avec une intelligenceet un zèle peu communs. Les choses restèrent en cet état jusqu’en 1845, où M. Coulvier-Gravier fut mis en relation avec M. Saigey. Celui-ci, à la vue d’une aussi volumineuse collection, conçut qu’elle pourrait donner quelques résultats généraux, quelques lois encore inconnues. Il conseilla à M. Coulvier-Gravier de mettre de côté l’idée théorique concernant les variations atmosphériques, lui rappelant, pour le persuader, la situation peu flatteuse des astronomes, dont le système, beaucoup plus savamment

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élayé, s’élait néanmoins écroulé sous une masse encore si faible d’observations. M. Saigey se mit lui-même à observer de concert avec M. Coulvier-Gravier, aüu d’avoir une idée nette et précise du phénomène et des difücultés que l’étude en présentait. De .cette collaboration, où l’un apportait une vaste collection de faits recueillis avec une patience singulière, et l’autre l’esprit de généralisation et les méthodes géométriques, naquirent des travaux qui constituent une nouvelle période dans la connaissance des étoiles filantes. Voici ([uelques-uns des résultats ainsi obtenus.

Depuis juillet 1841 jusqu’à la fin de février 1843, 5,312 étoiles filantes ont été vues en 1,034 heures.

Dans une même nuit, le nombre d’étoiles filantes n’est pas le même pour toutes les heures. Le dépouillement des observations montre que, lorsque celles-ci avaient été reprises à dilférentes heures de la nuit, le nombre des météores, à très-peu d’exceptions près, augmentait notablement du soir au matin et pour le même intervalle de temps. Cette variation horaire se rencontrait à toutes les époques de l’année, tant à celles des retours périodiques quedurantles nuits ordinaires^. Un tel résultat ne pouvait être fourni que par l’observation, et toutes les notions antérieures où l’on n’en tient pas compte, attendu qu’il était ignoré, doivent être corrigées d’après ce nouvel élément.

1. La moyenne générale des étoiles par heure est de 5,6 ; cela veut dire que, si en dix heures il en tombe 56, la moyenne poui une heure sera 5 et 6 dixièmes. Quant au nombre horaire moyen, il esl,pour 6 à 7 heures du soir, de 3,1; — pour 7 à 8 lienres, (Je 3^5; — pour 8 à 9 heures, de 3,7 , — pour 9 à 10 heures, de

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