Considérations préliminaires
Les plantes, les vers, les insectes, les poissons, les reptiles, les oiseaux, les quadrupèdes et rhomine, tel est l’objet de la physiologie, ou mieux biologie, üechercher ce qu’ont de commun ces êtres si divers, déterminer les conditions de la vie, en trouver, si je puis parler ainsi, les voies et moyens, et, avec des phénomènes aussi complexes, fonder une doctrine scientifique, certes c’est un des plus laborieux et difficiles problèmes que l’esprit humain se soit proposés, et l’avoir
l. Jlevue des Deux-Mondes, 15 avril 1846. — Minnel depln/siolo(jie, par .1. Müller, professeur d’analomie et de pliysiologie à i’uiiiversilé de Berlin ; traduit de l’allemand, avec des annotations par A.-J.-L. Jourdan, ds l’Aeadémie royale de Médecine. — Paris, chez J. -B. Baillière, 1845, 2 vol. in-8.
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résolu est une de ses grandes gloires. Non qu’il faille entendre que la physiologie soit arrivée à la perfection, loin de là : elle est véritablement à son début; mais il faut entendre que, désormais constituée, elle possède sa méthode et ses principes. Elle a cessé d’être ce qu’elle a été durant tant de siècles, une demi-science. Un mot sur son histoire me fera comprendre. Cette histoire est déjà longue, et le vaste intervalle de temps employé témoigne des immenses difficultés qu’offrit à l’esprit humain l’infinie complication des choses vivantes.
La Grèce a été le berceau de la physiologie. Les sciences se sont développées en raison de leur simplicité; la plus facile de toutes, les mathématiques, a eu des rudiments en Égypte, en Phénicie, en Chaldée, avant que les Grecs, s’en emparant, y eussent fait tant et de si rapides progrès; de même, des essais astronomiques précédèrent les découvertes de l'école grecque. Rien de pareil ne se voit pour |la physiologie; elle naquit de la médecine (les sciences sont nées des arts) à peu près vers l’époque où florissait Hippocrate. Toutefois le premier travail physiologique qui nous soit parvenu appartient à Aristote, et ce premier travail est un chef-d’œuvre. Description d’un nombre immense d’animaux, comparaison des parties entre elles, vues profondes sur les propriétés essentielles à la matière vivante, tout cela se trouve dans les admirables ouvrages du précepteur d’Alexandre. Cependant les notions étaient encore si imparfaites, qu’ Aristote ne connaît pas les nerfs; or, imaginez quelle lacune doit faire, dans l’intelligence du mécanisme animal, l’ignorance ■ d’un rouage si essentiel. Mais les travaux succèdent aux travaux, les observations aux observations, et l’école d’Alexandrie détermine anatomiquement et physiologiquement les principales propriétés du système ner- •
veux. Environ quatre cents ans plus tard, Galien agrandit, systématise, résume la science, dont l’ère antique allait se clore. Le monde occidental entrait dans une période de révolutions sans exemple. Pendant qu’une nouvelle religion s’établissait, et, créant une puissance spirituelle à côté de la temporelle, changeait les conditions de la société romaine, les barbares du Nord rompaient les digues et apportaient à tant de désordres un nouvel élément de perturbation. Dès lors tout fut à refaire, sociétés, empires, religion, langues même. Au sein de cette pénible élaboration, il n’y avait pas place pour l’agrandissement des sciences. Ce qu'on pouvait désirer, c’est qu'elles s’entretinssent comme un feu caché sous la cendre; et, de fait, elles s’entretinrent, la tradition ne fut pas rompue. Dans cet interrègne, les Arabes saisirent un moment le sceptre scientifique, et ce fut Galien qui reparut à la lumière dans les livres des musulmans. L’Occident, qui sortait de son chaos par ses propres elforts, stimulé de plus par l’influence des Arabes, prit part à l’œuvre, et ici encore Galien devint le docteur irréfragable. Ainsi la science moderne conservait pour base la science antique.
Ce fut, en effet, de là qu’à la Renaissance les travaux partirent. Ils furent complètement dans la direction ancienne, c’est-à-dire qu’on s’efforça de plus en plus de découvrir le mécanisme anatomique du corps vivant. Cette direction, suivie avec ardeur, continua de donner de beaux et grands résultats. Ainsi fut dévoilée la circulation du sang, qui, à chaque tour, prend de l'air dans les vaisseaux capillaires du poumon, et le perd dans les vaisseaux capillaires du reste du corps; ainsi turent reconnues les voies par où le chyle parvient des intestins dans le courant circulatoire ; enfin.
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de nos jours même, ainsi fut constatée cette distinction capitale entre les nerfs, les uns consacrés au mouvement, les autres à la sensibilité. Malgré tous les services rendus par cette étude, malgré tous ceux quelle rendra encore, la physiologie serait restée incomplète et boiteuse, si une autre route ne lui avait été frayée. La recherche anatomique des fonctions laisse dans une ignorance absolue sur des questions fondamentales. Dès les premiers temps, les observateurs s’aperçurent que les plantes puisent leur aliment dans l’air et dans la terre, et que les animaux se nourrissent de substances végétales; de la sorte, en définitive, c’est avec les éléments inorganiques que se composent les corps organisés. Quelles substances les corps végétaux prennentils dans le sol ? quel agent Pair atmosphérique fournit-il aux êtres vivants? quelle combinaisoh les éléments subissent ils en entrant dans les corps animés? et, en ces corps mêmes, quelles affinités s’exercent? Gomment la sève donne-t-elle naissance aux gommes, aux sucres, aux jus de toute espèce, et le sang, à la bile, à la salive, aux larmes ? Toutes ces questions devaient rester sans réponse; car elles ressortissaient à une science dont la constitution définitive n’a pas encore un siècle. Ainsi, on le voit, les anciens avaient abordé la physiologie par le seul côté qui leur fût accessible, par l’anatomie; et, quelque progrès qu’on pût faire, on ne devait jamais avoir qu’un fragment de science. Cependant, lorsque la chimie eut été créée, quand on eut reconnu dans les corps vivants l’oxygène, l’hydrogène, l’azote et le carbone, qui jouent un si grand rôle dans la nature inorganique, alors la physiologie fut pourvue de tous ses moyens et maîtresse de son domaine. A ce point de vue, elle est postérieure à la chimie, qui, ellemême, l’est à la physique, qui l’est à l’astronomie.
qui l’est aux mathématiques. Ces sciences se sont succédé dans l’ordre de leur complication et de leur difficulté, d’autant plus tôt amenées à un haut point de culture qu’elles sont plus simples et par là d’un abord plus facile à l’esprit humain. Et ici on ne peut pas ne pas être frappé d’une réflexion, c’est qu’à vrai dire nous en sommes seulement au vestibule des sciences. Laissant de côté les mathématiques et l’astronomie, qui, elles du moins, commencent à avoir quelque antiquité, voyez les autres. C’est vers le temps de Galilée que naît la physique, c’est dans le xviiP siècle que se constitue la chimie, c’est de nos jours que les bases de la physiologie se complètent; enfin, pour avoir le cadre entier des connaissances spéculatives, il faut y faire entrer la science sociale ou sociologie, et c’est un auteur contemporain , M. Auguste Comte , qui en a tracé les premiers linéaments dans sa Philosophie positive.
Parmi ceux qui ont notablement contribué aux récents progrès de la physiologie est rangé M. Millier, célèbre non-seulement en Allemagne, mais encore dans toute l’Europe. Quatre éditions de son traité témoignent de la haute réputation de l’auteur et du succès de son enseignement; la traduction, on n’en peut pas douter, rencontrera de l’accueil en France. Je me servirai de l’excellent livre de M. Millier comme d’un texte, pour exposer, en suivant les grandes divisions de l’auteur allemand et le plan qu’il s’est tracé, les notions les plus générales de la science.
Des Prolégomènes sont consacrés à l’examen de diverses questions préparatoires, et servent d’entrée en matière. Le premier résultat de la constitution de la physiologie a été de la sé|)arer nettement des autres sciences dans lesquelles, jusque-là, elle était sans cesse
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menacée de retomber. C’était tantôt la mécani({uc, ' tantôt la physique, tantôt la chimie, en faveur des- l quelles elle se montrait disposée à abdiquer toute in- :
dividualité ; et de nos jours, depuis les importantes dé- '
couvertes de l’électricité en mouvemen t et de son action sur les muscles, combien n’a-t-on pas vu éclore de I tentatives destinées à confondre l’agent vital avec l’agent électrique I « Rien ne nous autorise, dit M. Millier, ! à admettre l’identité de la vie avec les substances impondérables qui nous sont connues, avec les forces générales de la nature, chaleur, lumière, électricité. Loin de là, le moindre examen suffit pour faire rejeter | toute idée d’un semblable rapprochement. Le magné- j tisme dit animal sembla d’abord répandre quelque jour ;; sur ce sujet énigmatique. On crut que le frottement ! d’un homme par un autre, l’apposition des mains, etc., j produisaient des effets dépendant de la transmission \ d’un prétendu fluide, que quelques personnes s’ima- || ginaient même pouvoir accumuler à l’aide de certains | appareils. Mais l’histoire du magnétisme animal pré- | sente un déplorable tissu de mensonges et de décep- : lions : elle n’a montré qu’une seule chose, c’est coin- i bien peu la plupart des médecins ont d’aptitudes pour \ les observations empiriques, et combien ils sont loin de posséder l’esprit d’examen si généralement appliqué ■ dans les autres sciences physiques. Il n’est aucun fait ; dans cette histoire qui ne soulève des doutes, et l’on ji n’a la certitude que d’une seule chose, le nombre inlini f des illusions. » |
L’esprit d’examen n’est pas moins répandu parmi !ë les médecins que parmi les autres savants; mais, chez eux, il rencontre des difficultés particulières qu’il est bon d’indiquer. L’expérimentation en physiologie ne i peut aucunement être comparée à l’expérimentation
en physique ou en chimie. Pour qu’une expérience fournisse des résultats nets et précis, il tant que, de toutes les conditions du problème, une seule soit changée; le changement correspondant qui se manileste dans les effets met en lumière le point cherché. Un baromètre porté sur une montagne, tout restant égal d’ailleurs, démontre la pesanteur de l’air. Le même pendule qui, dans une minute, donne un certain nombre de battements à Paris en donne moins à l’équateur, et prouve par là que la pesanteur y est plus faible, qu’on y est plus loin du centre de la terre, et que le globe est renflé dans son milieu. Rien de pareil ne se rencontre dans les expérimentations physiologiques ou médicales; il n’est, pour ainsi dire, pas un cas où l’on soit maître de ne modifier qu’une seule condition. Toutes les fois qu’en un point on porte une atteinte à un corps vivant, l’atteinte va de proche en proche se faire sentir à tout l’organisme; il est très-souvent impossible de la borner au lieu soumis à l’expérience, et la solidarité qui lie toutes les parties d’un être animé, solidarité d’autant plus forte et plus prompte que l’être est plus élevé dans l’échelle, et, partant, plus complexe, intervient aussitôt, de sorte qu’on ne sait plus si l’effet produit est dû à l’expérience même ou aux perturbations secondaires qui ont été excitées. Ce n’est pas tout ; le sujet même n’est pas invariable; un homme, à ce point de vue, ne peut jamais être dit semblable à un homme, un cheval à un cheval, et les infinies variétés de la constitution individuelle viennent encore compliquer de nouvelles difficultés un problème déjà si difficile. Il me sufïïra, pour cette cause d’incertitude, de citer un seul exemple, encore présent à la mémoire de tous. Quand le choléra s’abattit sur Paris, il atteignit non la population entière, mais seulement
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une portion des habitants. Pourquoi ceux-ci et non pas CQux-là? La cause qui soudainement empoisonna le milieu où nous vivions semblait ne devoir pas faire acception de personnes; pourtant l’un échappa, l’autre fut atteint. Et, parmi les victimes du mystérieux agent, quelle variété de symptômes et d’accidents, depuis ceux qui, foudroyés en quelque sorte, expirèrent en une ou deux heures, jusqu’à ceux qui ne sentirent passer sur eux qu’un souffle de l’épidémie, tant la constitution individuelle, par sa réaction propre, modifia les effets de l’influence commune à tous! En présence de tant de causes de méprise, l’expérimentation physiologique a besoin d’être constamment soumise à une critique sévère; plus elle est inévitablement troublée par des éléments étrangers, plus il faut s’en défier et démêler d’un ferme regard les incertiludes qu’elle comporte. Aussi n’est-ce, en général, qu’à l’aide d’une multitude de cas analogues qu’on parvient, dans une certaine limite, à écarter les erreurs. Ce qu’on peut reprocher aux médecins, c’est de trop croire leur expérimentation semblable à celle des physiciens et des chimistes. Autant l’une est nette et précise, autant l’autre a de la peine à écarter les objections; autant l’une répond directement à ce qu’on lui demande, autant l’autre met de réserves à ses réponses. Si une grave lacune n’existait pas dans les études des médecins, s’ils étaient plus familiarisés avec la physique et la chimie, ils auraient une notion claire de ce que sont les expériences rigoui'euses, et n’hésiteraient pas à faire, dans leurs propres recherches, déduction de la part de discussion qui y est inhérente. De leur côté, si les hommes versés dans les sciences inorganiques avaient quelque teinture de la science de la vie, ils ne lui demanderaient pas de la rigueur en des cas qui n’en comportent point. En effet,
PROGRÈS DES ÉTUDES PHYSIOLOGIQUES. 2o3 pour la physiologie, l’expérimentation est une méthode qui lui est singulièrement utile, mais qu’elle emprunte. Sa propre méthode, à elle, est la comparaison. Là, toute rigueur lui est possible, et lui est en effet imposée; depuis la plante, qui est vraiment le dernier des animaux, jusqu’à l’homme, qui est le premier, depuis l’ovule imperceptible, germe d’un nouvel être, jusqu’à la décrépitude la plus avancée, depuis l’organisation la plus régulière jusqu’à la monstruosité la plus étrange, depuis la santé la plus parfaite jusqu’à la maladie la plus compliquée, depuis les influences des climats les plus froids jusqu’à celles des climats les plus chauds, se déroule une longue suite d’analogies et de différences qui sont le vrai domaine de la physiologie. Tout cas bien étudié donne quelque lumière; ainsi a crû la science, qui doit à sa méthode la comparaison des êtres vivants, partant la notion de leur hiérarchie ; la comparaison des tissus, partant la connaissance de leurs propriétés spéciales et de leur identité fondainentale; la comparaison des âges, partant l’histoire du développement de chaque appareil anatomique.
Des personnes mal informées demandent souvent à la physiologie quelle est la cause de la vie, et, s’étonnant de ne point’ recevoir de réponse, s’imaginent que pour cela elle est inférieure aux autres sciences, comme si aucune science rendait raison de la cause essentielle et dernière des phénomènes qu’elle étudie. Pour l’astronome la pesanteur, pour le physicien l’électricité, le calorique et la lumière, pour le chimiste l’alfinité moléculaire, sont les faits primordiaux au delà desquels il n’est pas donné de pénétrer. En effet, quand bien même quelque découverte irait plus loin et réussirait, par exemple, à confondre le calorique avec la lumière ou la force électrique avec l’allinité
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chimique, on n’en serait pas plus avancé pour l’explication de la cause dernière. Un pas déplus, sans doute, aurait été tait, très-important quant h l’élaboration scientitique, mais nul quant à l’objet que se propose la philosophie métaphysique ; l’essence des choses ne nous en serait pas plus dévoilée. La science peut se réjouir grandement et à juste titre de substituer un fait plus général à un fait qui l’est moins; mais elle connaît trop bien la portée de ses forces pour se croire en état d’aborder jamais les problèmes que l’esprit humain s’est posés dans son enfance, et dont il continue à poursuivre la solution par tradition et par habitude. Déjà même on peut entrevoir la fin du combat établi par le développement historique des sociétés entre la raison soutenue par le sentiment et l’imagination et la raison soutenue par l’expérience : la première, d’abord seule maîtresse, crée les théologies et les métaphysiques ; la seconde, qui ne devient prépondérante que postérieurement, crée les sciences, dissipant à fur et mesure les aperceptions primitives, les formes vides et purement apparentes, cava sub imagine formas.
Aussi est-ce un progrès décisif pour la physiologie d’être arrivée à reconnaître une propriété dernière de la matière, complètement distincte de toutes les autres; propriété absolument inconnue dans sa nature intime et de laquelle il s’agit seulement de constater les conditions et les effets. Tant que la physiologie n’était pas parvenue à ce terme, touché déjà par les autres sciences, la porte restait ouverte aux hypothèses, comme jadis, en l’absence de la notion de la pesanteur, on attribuait le mouvement des corps célestes soit à des interventions divines, soit à des tourbillons mécaniques. De bons esprits ont même pu penser qu’elle finivaif, par rentrer dans quelqu’une des catégories scien-
PROGRÈS rrs ETUDES PHYSIOLOGIQUES. 2o5
tifîques déjà établies; et en réalité, à diverses époques, beaucoup de tentatives ont été faites dans cette direction, toutes inutiles et à chaque fois constatant davantage la spécificité de l’agent vital. Ainsi pourvue, la physiologie rend à la philosophie positive le service déjà rendu par les sciences plus anciennement constituées : dans un certain ordre de faits, elle signale à l’esprit humain la limite qu’il ne peut franchir, et ne lui permet plus de s’aventurer dans le domaine des vaines hypothèses et des imaginations chimériques. Tout se trouve tranché, autant du moins qu’il est donné à l’homme de trancher une question. La vie est, de recherche en recherche et de découverte en découverte, rapportée à une propriété de la matière ; là s’arrêtent nos connaissances et nos explications. Au delà tout est supposition gratuite, sans appui dans la réalité et sans démonstration possible, pure combinaison de l’esprit humain. L’inanité réelle de ces combinaisons logiques se reconnaît à mesure que s’établissent les notions positives; et, quand il sera constaté que le mouvement des sociétés n’a rien de fortuit et que la force qui les meut est un principe dont on peut apprécier les conditions principales, on aura clos l’ère des anciennes idées et définitivement inauguré l’avénement d’une rénovation qui, dans la spéculation, met les lois positives des choses en place des idées théologiques et métaphysiques, et, dans la pratique, use délibérément de ces lois pour modifier en mieux le système brut et naturel.
En cette rénovation, la biologie a rempli une fonction indispensable. Si elle n’avait pas été créée, si les difficultés qu’elle offre avaient été insurmontables à l’esprit humain, on peut dire que l’histoire du monde aurait été autre qu’elle n’a été. Jamais les idées tliéo-
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logiques et métaphysiques qui ont servi de soutien à l’ancienne société, curieuses et remarquables conceptions tenant la place de réalités ignorées ^ n’auraient été sérieusement attaquées ; et la civilisation du genre humain aurait oscillé entre ces limites où nous trouvons dans les temps anciens l’Égypte, dans les temps modernes l’Inde et la Chine. Ce seul aperçu indique
combien encore nous manquons de véritable histoire ; ï on s’attache exclusivement à consigner les révolutions j des empires et les luttes des armées, et on laisse ina- • perçu ce travail souterrain des sciences qui, modifiant ) l’état mental du genre humain, en modifie l’état social bien plus que ne font les événements militaires et les calculs politiques.