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Division générale

Après ce coup d’œil jeté rapidement sur l’histoire et j le rôle de la physiologie, entrons dans l’examen des , parties qui la constituent. On donne le nom de fonc- I tions à des engrenages particuliers dont le concours forme le système total; telles sont la respiration, la circulation, la digestion, etc. Dans le classement de ces actes, M. Müller a implicitement suivi l’ancienne division en trois fonctions générales, à savoir la vie ^

1 . « Des kraiiken WelCplans sclilau erdachte lietter, » a dit Sdiil- j 1er en parlant des conceplions théülogiques : Sauveurs adroilement | imaginés pour le salul d’un monde malade. Si on changeait adroiteriient en spontanément dans le vers du poëte allemand, la création des hypothèses primitives serait exactement représentée. Mais adroitement lui est suggéré par les idées du xyiii» siècle, qui pensait (lue des hommes habiles avaient imaginé les religions sans y croire et pour dominer les foules ignorantes et superstitieusc.s.

végétative ou nutrition, la vie de relation ou sensibilité et mouvement, la vie de l’espèce ou génération. La nutrition et la génération sont seules dans les plantes; la sensibilité est en plus dans les animaux. On se tromperait toutefois si on regardait cette dernière fonction comme quelque chose de totalement à part et hétéi’ogène, et si l’on voyait dans l’animal une juxtaposition de deux êtres différents. La sensibilité procède de la nutrition, l’animal du végétal; les tissus nerveux et musculaires sont, comme la plante, soumis au principe commun de la nutrition. Il y a plus : chez les animaux supérieurs l’exercice de la sensibilité dépend d’une condition indispensable, à savoir le contact incessant du sang oxygéné. Si la respiration s’interrompt, le cœur a beau battre et envoyer le sang dans toutes les parties, l’animal succombe rapidement asphyxié. De la sorte se trouvent unies étroitement la nutrition et la sensibilité.

En somme, se nourrir, se propager, sentir, sont les trois propriétés caractéristiques de ce qu’on appelle la vie. Ceci est un mot abstrait sur lequel il faut s’entendre. Quand Newton, ayant découvert que les corps gravitaient entre eux, eut fondé le système du monde, il donna le nom d’attraction à cette propriété fondamentale de la matière. On sait que les découvertes du géomètre anglaiseurent peine à prendre pied en France. Les philosophes et physiciens français crurent voir, dans cette notion de l’attraction, une résurrection des qualités occultes, et, formés à l’école de Descartes, ils montrèrent peu de disposition à remplacer par l’idée d’une simple force l’idée d’un mécanisme telle que l’avait inculquée le puissant génie encore tout glorifié de sa victoire sur les doctrines scolastiques. C’est une répugnance de même nature qui empêche de re-

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cevoir la force vitale, comme les astronomes reçoivent la gravitation. L’exemple de l’astronomie, la plus parfaite des sciences après les mathématiques, est décisif en ceci, sans qu’il soit besoin d’aucune autre argumentation.

A vrai dire, la gravitation est une qualité occulte, en ce sens qu’il n’y a aucun moyen de l’expliquer ; et la scolastique n’aurait encouru aucun blâme pour avoir dénommé autant de qualités occultes qu’elle constatait d’elfets à elle inexplicables : c’eût été l’alfaire de la science subséquente d’en réduire le nombre; mais, sous l’impulsion des doctrines tliéologiques qui régnaient alors, elle supposait des intentions tout à fait gratuites. Dire, quand l’eau refuse de monter dans un corps de pompe au delà d’une certaine hauteur, que la nature a horreur du vide, c’est introduire dans l’observation une chose qui n’y est pas, ce n’est pas représenter lidèlement le fait tel qu’il est vu, tandis qu’en donnant le nom de gravitation à la force qui pousse les masses les unes contre les autres, on ne fait que reproduire abstraitement la chose môme.

A côté de l’horreur pour le vide, il faut mettre (car je veux me tenir dans le domaine de la biologie) la force médicatrice attribuée à l’économie vivante. C’est un autre exemple de cette erreur qui fait outre-passer à l’esprit les données de l’expérience. Admettre que les lésions pathologiques sont réparées intentionnellement, c’est changer le caractère de l’observation pure. Quelques mots vont le démontrer. Ce qui favorisa l’illusion et l’entretint jusque dans ces derniers temps, c’est qu’en effet il s’exécute dans le corps malade des travaux de réparation compliqués. Un os est rompu; bientôt un liquide s’épanche, se solidilie peu à peu, et réunit les deux fragments; un canal médullaire se creuse

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dans la substance de nouvelle formation, et àla longue la soudure est complète.

Maintenant tournons la médaille et voyons-en le revers. Un, serpent à venin subtil enfonce ses crochets dans la chair; comme il n’y a de danger que si la substance malfaisante est absorbée et entre dans la circulation, que faut-il faire? Détruire le venin dans la partie blessée, et, pour cela, nous qui n’avons que des ressources bornées, nous y portons le feu ou un caustique chimique. Au contraire, que fait la nature ? elle se hâte de pomper le poison comme elle pomperait une matière salutaire, et bientôt éclatent les accidents redoutables qui amènent la mort. Quand du fluide de petite vérole est inoculé, au lieu de le circonscrire et de l’éliminer, elle l’introduit dansFéconomie, et, comme un de ces animaux ombrageux qui, eflarouchés, se lancent au hasard dans toutes les directions pour échapper aux apparences du péril, elle s’agite sous l’impression de l’agent délétère, bouleverse réconomie et compromet la peau, les intestins, les voies aériennes, le cerveau, en proie qu’elle est à un ennemi qu’elle n’aurait pas dû recevoir. De l’opium arrive dans l’estomac; SI le viscère s’en débarrasse en toute hâte, aucun mal n’en résultera; mais point I la nature, cette prétendue gardienne, n’éveille pas de mouvement antipéristaltique, ne suspend pas l’absorption, laisse pénétrer le poison jusqu’au système nerveux, et, le narcotisme une fois accompli, suscite d’inutiles convulsions. Une anse intestinale s’enroule, et le trajet alimentaire est intercepté, accident qui pourrait n’être pas grave, si la nature procédait avec adresse et précaution ; mais ce qu’elle fait empire la situation du patient en proie aux plus affreuses douleurs : elle engorge les vaisseaux, épaissit les tuniques, produit des

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exsudations aggluünatives, et le tout ne tarde pas à former un nœud inextricable. En présence de ces faits tellement palpables, il a fallu une singulière préoccupation d’esprit pour laisser dans l’ombre tout un côté de la question, et ne pas voir, avec la nature bienfaisante, la nature malfaisante, c’est-à-dire uniquement des propriétés en action.

Cette réalité des choses est bien caractérisée ûans un certain langage philosophique, quand on donne le nom de mécanisme à la doctrine qui admet que les choses sont mues par des forces extrinsèques, et celui d’organisme à la doctrine qui admet qu’elles le sont parades forces intrinsèques, en d’autres termes par des propriétés inhérentes. Si l’on veut avoir une idée précise de cette distinction, qu’on se représente l’astronomie ancienne attribuant les mouvements célestes à des sphères solides ou à des tourbillons qui entraînaient les corps, et l’astronomie moderne plaçant la cause des mouvements dans une propriété essentielle, la gravitation. C’est là la dilférence capitale entre le mécanisme et l’organisme.

L’étude de cet organisme est tout le savoir humain. La gravitation ou pesanteur, le calorique, l’électricité, le magnétisme, la lumière, l’affinité chimique, la vie, telles sont les propriétés qui, inhérentes à la matière, en déterminent les formes, les mouvements et les actions. Faites précéder cette énumération de l’étendue géométrique et du nombre, fai tes-la suivre delà loi qui règle l’évolution des sociétés, et vous aurez, débarrassée de toute hypothèse, la science générale ou philosophie. Si vous tentez d’aller au delà, comme on l’a tenté constamment dans l’ère deb théologies et des métaphysiques, vous avez des systèmes incompatibles avec les sciences particulières, dont le progrès les a

renversés; si vous restez en deçà, vous avez ce qui est aujourd’hui, pêle-mêle les ruines des anciennes choses et les rudiments des nouvelles. M. Auguste Comte, dans son grand travail de réorganisation philosophique, a tout à la fols éliminé les notions hypothétiques et inaccessibles, et coordonné l’ensemble des notions positives. Je recommande son ouvrage à la méditation sérieuse des hommes voulant se rendre compte de la décadence spontanée qui a frappé les théologies, et de l’anarchie mentale qui présentement les remplace.

Ce mode de philosophie choque, je le sais, l’enseignement courant et les habitudes actuelles de l’esprit. Néanmoins je prie le lecteur, quelque impression qu’il doive en recevoir, d’en apprécier nettement le caractère. Peut-être ne sait-on pas tout d’abord en quoi il importe d’être parvenu à déterminer les propriétés irréductibles des choses^, et comment la philosophie en est renouvelée. Par là sont remplis deux offices nécessairement corrélatifs, à savoir l’établissement de la méthode positive et la déchéance de la méthode hypothétique. D’une part, le monde se montre tel qu’il est, ou du moins tel qu’il nous est donné de le voir, se suffisant à lui-même et entretenu par les propriétés qu’il possède ; d’autre part, tombent les hypothèses métaphysiques, soit spiritualistes, soit matérialistes. L’explication qui attribue les phénomènes à des entités spirituelles est aussi illusoire que celle qui les attribue à l’arrangement des atomes; dans les deux cas, on se paye de mots et on accepte ce qui ne peut se démontrer. La méthode positive, au contraire, est partout démontrable, aussi bien à son origine, à son point de

1. Irréductible veut dire ; qu’on ne peut réduire acluellement, à l’exemple de la chimie, qui nomme irréductibles les corps actuellement indécomposables,

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départ que dans ses conséquences. Ceux-là sentiront la valeur d’un pareil titre, qui savent quelles nécessités , mentales ont ruiné les conceptions antiques. i

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