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Du système nerveux

Dans le végétal, la nutrition (à part encore une fois la reproduction) est tout; il ne s’y passe point d’autre phénomène que cette élaboration des matériaux inorganiques qui les transforme en composés très-divers, et nulle autre activité ne s’y manifeste. Constamment docile aux influences extérieures, on le voit, à mesure que le soleil printanier frappe ses extrémités supérieures, ouvrir de proche en pi'oche ses canaux, et bientôt les racines pompent dans le sol les fluides qui constituent la sève. Réciproquement, au retour de la mauvaise saison, le froid le resserre, les feuilles se détachent, la succion des racines s’interrompt, et le végétal tombe dans la torpeur de l’hiver. Cependant déjà quelques obscurs symptômes manifestent une certaine sensibilité, si je puis me servir de ce mot exclusivement réservé aux animaux. Le végétal est sensible à

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la lumière et il la clierclie; la nuit, quand le bruit et la chaleur se sont retirés de notre hémisphère, et que notre portion du globe regarde les espaces non éclairés du ciel, le végétal, lui aussi, ressent l’induence des ténèbres et du silence général; ses feuilles s’affaissent, et I il semble avec le reste de la nature rentrer dans le re- I pos. Entin quelques plantes, plus délicates encore, exécutent, au moindre contact, des mouvements rapides I qui ont l’apparence, mais rien que l’apparence, des I mouvements musculaires. I

Autre est le tableau présenté par le règne animal. I A la nutrition se joignent de nouvelles fonctions et des I instincts multipliés, mais tellement disposés, qu’ils sont I principalement tournés vers la satisfaction des besoins I d’alimentation et de reproduction. L’animal a de l’in- J telligence, la faculté de se mouvoir, des sens qui l’é- | clairent; mais tout cela, hors le temps du rut et de la I nourriture des petits, est presque uniquement dirigé r vers les moyens de saisir la proie. 11 passe sa vie à rem- j * plir son estomac; ce grand but absorbe toutes ses fa- I ^ cultés, et il ne semble les posséder que pour être eniM état de pourvoir à cet impérieux besoin. Cependant, de-jl même que dans la vie végétale apparaissaient déjà quel- ■[ '' ques aspirations vers l’agrandissement, de même dansil^' la vie animale se montrent aussi des tendances vers J un état ultérieur. Plusieurs témoignent de l’aptitude-pi à l’industrie . des oiseaux construisent leur nid avec.'pi habileté; les castors font de grandes bâtisses sur les^pi eaux, et, comme dit le fabuliste en parlant des sau— j*2ii vages voisins de la république amphibie,

Nos pareils ont beau le voir.

Jusqu’à présent tout leur savoir

Est de passer l’onde à la nage.

Certains arts même commencent à poindre, et le goût de la musique est remarquablement développé chez le rossignol.

Un pas de plus, et l’espèce humaine est constituée. S’il est vrai que l’homme sauvage, au plus profond de la barbarie originelle, n’a que peu de prérogatives audessus des animaux supérieurs, et si son industrie ne dépasse pas de beaucoup la leur, il est vrai aussi qu’il a en lui des germes susceptibles d’évolution, et qu’une raison plus étendue et plus capable de combinaisons {mentisque capacius altcB) recule pour lui la limite du développement, et lui permet de faire des accumulations au profit de l’espèce. A furet mesure qu’il s’élève, le cercle s’agrandit autour de lui ; les besoins matériels cessent d’absorber tout son temps, et il lui reste du loisir pour accroître son industrie, réfléchir sur luimême, cultiver les arts, créer les sciences, et améliorer sa vie dans les quatre directions de l’utile, de l’honnête, du beau et du vrai. Supposez, ce qui est la réalité, supposez que les acquisitions successives aient une tendance à modifier héréditairement l’état mental de l’homme, et vous aurez dans sa racine une cause de l’évolution des sociétés, évolution où chaque degré rend l’esprit humain plus dispos et plus apte à atteindre un degré ultérieur. L’hérédité est ici une condition importante, et, si elle n’agissait pas, les populations manqueraient d’un élément de progrès. C’est inutilement que sans transition l’on essaye d’imposer aux peuplades sauvages une civilisation avancée; c’est inutilement aussi que des esprits heureusement doués auraient mis le genre humain dans la voie de la culture, si cette culture à son tour n’avait modifié le genre humain, le rendant à la fois plus docile et plus fécond.

Donc, pour reprendre notre sujet, descendons l’é-

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clielle que tout à l’heure nous avons montée; allons de I l’homme civilisé au sauvage, du sauvage à l’animal, . de l’animal à la plante, et d’un seul coup d’œil nous j embrasserons un ensemble immense gouverné par une j| force uni(jue, la vie. Le végétal a déjà quelque rudi- | ment de sensibilité; la sensibilité devient manifeste dans les animaux inférieurs, elle croît et grandit jusqu’aux instincts, aux passions et à l’intelligence, bornée sans doute, mais réelle, chez les animaux supé- ' rieurs; enlin elle atteint le dernier terme que nous en connaissions, la raison dans le genre humain. Certes, ■ il y a bien loin entre les termes extrêmes, et c’est un . puissant effort de l'esprit d’induction que d’avoir pu, à l’aide des transitions, rattacher les uns aux autres les anneaux d’une aussi longue chaîne.

L’agent des facultés de sensibilité est le système ner- ! veux, qui occupe le troisième livre de M. Müller. Cet agent imprime un caractère tout particulier à la vie de l’animal. Dans le végétal, rien n’est centralisé ; aussi les organes peuvent se transformer sans peine : à vo- i lonté, des feuilles deviennent des fleurs, et des fleurs deviennent des feuilles. On retourne une plante de manière que ses branches soient dans la terre et ses ra- ^ cines en l’air ; bientôt l’échange des fonctions s’exécute, et les rameaux et les racines s’accommodent respect!- i- j vement au milieu où ils sont plongés. Un scion séparé ^ du tronc ne meurt pas nécessairement, et, mis en terre, :: ^ il donne naissance à un nouvel individu. Rien de pareil dans l’animal; là les organes, bien plus particularisés, résistent à toute transformation. Ce qui est séparé du corps meurt aussitôt; le corps lui-même ne possède ; que dans une limite très-restreinte un pouvoir de res- ; tauration et de cicatrice. Cette infériorité de l’animal, i ^ qui le rend bien plus sujet aux maladies et qui le sou- ‘ I'

met à un plus grand nombre de causes de mort, tient à la complication de son organisme en général et en particulier à la présence d’un centre nerveux. Ce n’est pas qu’ici aussi les gradations ne se manifestent, et les animaux inférieurs sont autant d’intermédiaires où l’on voit des phénomènes ti ès-analogues à ceux que la plante présente. A mesure que l’être s’élève dans l’échelle de l’organisation, le système nerveux se centralise davantage, et alors s’allongent de toutes parts ces cordons qui ont pour office de mettre le centre en communication avec la circonférence. La sensation et la volonté ont chacune un agent spécial, et des nerfs qui jamais ne se confondent transmettent, les uns, du dehors au dedans, les impressions qui se font sur les sens, les autres, du dedans au dehors, les ordres aux muscles qui obéissent. Bien plus, chaque fibre nerveuse primitive est affectée à un service déterminé, et le trajet entre l’encéphale et un point du corps, quelle qu’en soit l’étendue, est desservi par une seule fibrille, que ne peuvent remplacer les fibrilles parallèles et voisines.

Avec de nouvelles propriétés apparaissent des tissus nouveaux, car ces deux choses, propriétés et tissus, sont inséparablement unies. Il se fit une véritable éclaircie dans la science, quand Bichat, au sein d’une masse jusqu’alors confuse, établit ses mémorables distinctions. Aux yeux de ce génie, si heureusement doué pour les explorations biologiques, apparurent les analogies caractéristiques, et il put résoudre le corps vivant en un assemblage de tissus pourvus d’une organisation et d’une propriété spéciales. Quelques transformations qu’ils subissent, il les suivit partout. La méthode comparative, qui est l’inslrument principal de la biologie, se trouva dès lors bien plus puissante, et sans retard elle

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fit, dans la pathologie, mettre le doigt sur des solutions inespérées, montrant toute une classe de rapports complètement méconnus. Là ne s'arrêta pas l’elfet de cette grande découverte. L’étude positive de la matière vivante acquit dès lors une force irrésistible, et l’on se mit partout en quête des voies et moyens par lesquels s effectuent les opérations dans les corps animés. Avec quel succès, c’est ce que peut témoigner chacun de nous qui avons commencé, il y a vingt-cinq ou trente ans, nos éludes. La science s’est, à la lettre, renouvelée sous nos yeux.

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