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« perpétuel, pourrait et devrait être restauré en tout (I temps par cet agent moteur; agent moteur qui non- « seulement est capable d’opérer cette restauration, « mais encore qui a coutume d’y pourvoir pendant un « long temps. Si donc cette œuvre de conservation et « de restitution finit par s’arrêter, la faute en est, non « à aucun vice matériel, mais à cet agent qui opère « avec une énergie décroissante et qui abandonne "a même complètement son office. » L’anatomie pathologique montre que la mort naturelle est le résultat d’une foule d’altérations qui, rendant les fonctions impossibles, mettent ainsi lin à la vie. 11 faut se garder de prendre la cause pour l’eflét : ces dégénérescences ne surviennent que parce que la vie, s’affaiblissant, n’est plus en état de restaurer les molécules qui s’en vont par des molécules d’égale valeur. Mais, au point de vue des matériaux de cette composition et décomposition qui est la nutrition, Stahl ne voit pas comment il se fait que la restauration vivante ne soit pas indéfinie. La cause en est pourtant dans ces matériaux mêmes, mais par une condition qu’il n’a pas aperçue et que j’indiquerai tout à l’heure.
On sera peut-être disposé à penser qu’au commencement du xviii® siècle, Stahl n’était pas muni de connaissances assez précises en physiologie et en anatomie pathologique pour approfondir la question proposée. Mais voici un homme versé dans tout ce que la science moderne a de meilleur, M. Muller, qui s’y est aussi exercé. « Dans le germe, dit-il, la force qui contient le « fond nécessaire à la production de toutes les parties ■ « existe indivise. Le principe organique est, dans le I « germe, pour ainsi dire, à l’état de la plus grande I II concentration. La puissance de développement est I « alors à son maximum, le développemènt à son mini-
« mum ; or, quand cette force a agi pendant un cer- « tain temps, quand l’organisme a dépassé la jeunesse,
« nous avons sous les yeux, non plus quelque chose « de simple avec la force indivise du tout, mais quel- « que chose de multiple avec des forces divisées. Plus « la force du tout est disséminée, et moins il existe « encore de force organique non employée, plus aussi « l’organisme semble perdre la faculté d’être vivifié « par l’influence des stimulants généraux de la vie, et* « plus diminue l’espèce d’affinité qui existe entre la « matière organique et ces stimulants, et qui entre- « tient la vie comme une flamme. Aussi, le dévelop- « pement étant accompli, quand la vie immortelle doit « être assurée, la génération d’un germe devient né- « cessaire, lequel, à son tour, possède, en raison de la « force encore indivise, la plus grande affinité pour les « stimulants vitaux, affinité qui diminue à mesure que « l’organisme se développe. Cela ressemble à une ex- « plication ; mais, au fond, ce n’est qu’une exposition « de l’enchaînement des phénomènes, et l’on ne peut « pas même soutenir d’une manière précise que cette ; « exposition soit exacte. »
M. Mülier a raison : portée dans ces régions, l’explication n’est qu’une exposition de l’enchaînement des ^ phénomènes; mais c’en est une exposition abstraite, et, en cette qualité, elle a la vertu d’une formule mathématique, c’est-à-dire qu’elle peut être discutée à reflet d’en tirer les inductions qu’elle renferme. Discutons-la donc, et poussons plus avant les vues de Stalil et de Mülier.
11 faut d’abord montrer par laquelle de ses activités la cause de la vie, de quelque nom qu’on la nomme, s’use peu à peu et défaut. Elle a trois activités principales : celle de composition et de décomposition, dite
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nutrition ; celle par laquelle le corps vivant se meut en partie ou en totalité, dite motricité, et celle par laquelle il reçoit les impressions du dehors, pense et veut, dite sensibilité. La question est immédiatement tranchée par ce fait, qu’un très-grand nombre d’êtres vivants, les végétaux par exemple, n’ont ni motricité ni sensibilité, et n’en meurent pas moins naturellement. Le phénomène de la mort naturelle est donc exclusivement attaché au phénomène de composition et de décomposition.
Comme dit M. Millier, dans le germe la force d’évolution est à sa plus grande puissance. Il suffit de comparer quelques périodes pour s’en convaincre. L’ovule fécondé, à peu près microscopique, devient en neuf mois (l’homme est un aussi bon exemple qu’un autre) un corps bien des fois plus gros qu’il n’était. Hors du sein de la mère, l’évolution est encore rapide, mais bien moins; elle Test encore moins de l’enfance à la puberté; enfin, à l’état adulte, elle s’arrête et ne fait plus que compenser les pertes ; enfin, elle cesse de les compenser, la dégradation organique commence, jusqu’à l’impossibilité d’être, suivant la philosophique expression de Fontenelle. Ainsi cette évolution pourrait trèsbien être représentée par la courbe d’un projectile dont le mouvement estle plus énergique au momentdu départ, se ralentit graduellement et finit par s’arrêter tout à fait.
C’est un axiome de physique que tout mouvement, une fois communiqué, durerait sans fin, s’il n’était pas peu à peu détruit par les résistances qu’il rencontre. H n’en est pas, il n’en peut pas être autrement de cette force que nous nommons la vie; elle aussi durerait indéfiniment, si elle n’était pas détruite par le milieu résistant qu’elle traverse. Et ce milieu, c’est celui des
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iiwlécules que, par son essence, elle est destinée à échanger incessamment l'une pour l’autre. Ainsi la cause de la mort naturelle est la résistance du milieu moléculaire.
Qu’on ne croie pas pourtant que j’assimile la force de vie à une force de projection et le germe à un projectile. Une dilférence essentielle les sépare; c’est que, tandis que la force de projection a l’espace pour domaine, et que le projectile est chargé d’arriver à un certain lieu, la force de vie a le temps pour domaine et le germe est chargé d’arriver à un certain terme dans la durée. Se mouvoir dans l’espace ou se mouvoir dans le temps, constitue deux modes distincts des forces cosmiques.
Les conditions de la mort montrent que l’essence de la vie est dans le mouvement de composition et de décomposition, et non point dans les facultés psychiques. Celles-ci en naissent comme une efflorescence. Par conséquent, décroître, vieillir et s’éteindre, ce qui est le propre des âges chez l’individu, n’a rien d’applicable à l’évolution sociologique, telle que nous la connaisBons depuis l’homme préhistorique jusqu’à nos jours, vu qu’elle dépend directement des facultés psychiques. A leur tour, les facultés psychiques croissent en force sous l’influence de l’évolution ; de sorte que cette évolution marchera tant que la race humaine ne subira aucune dégradation, c’est-à-dire tant que les milieux permettront au mouvement de composition et de décomposition de s’effectuer librement et régulièrement.
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