L’HIST. DE LA CIVILISATION EN ANGLETERRE. 47'J
cette œuvre a excité, à un haut degré, l’attention de l’Angleterre. De là le livre a passé sur le continent, où il a été traduit en plusieurs langues. Le succès d un livre important n’est point un événement indifférent. Néanmoins, ce n’est pas pour cela que je compte entretenir de l’ouvrage de M. Buckle les lecteurs de cet article; mais c’est que l’auteur anglais a connu les théories historiques de M. Comte, et qu’il s’en sépare. Dès lors, il m'a paru utile d’examiner s’il s’en est séparé à bon droit.
Que M. Buckle ait connu les ouvrages de M. Comte, nous en avons la preuve dans ce passage : « Un auteur « contemporain, qui a fait plus que tout autre pour « relever l’importance de l’histoire, remarque avec dé- « dain l’incohérente compilation des faits déjà impro- « prement qualifiés d’histoire. » (Comte, Philosophie positive, tome V, p. 18.) « Il y a beaucoup de choses « dans la méthode et dans les conclusions de ce grand « ouvrage que je ne puis admettre ; mais il serait in- « juste d’en nier le mérite extraordinaire.» (T. 1, p.ll.) Il suffit de ces quelques lignes pour êtresiàr que l’œuvi’e de l’auteur français a influé sur celle de l’auteur anglais. M. Buckle ne veut pas reconnaître M. Comte pour son maître; non-seulement c’est son droit, mais encore c’est le fait; certainement il n’en est pas le disciple. Néanmoins, il n’aurait jamais écrit un tel livre, s’il n’y avait pas eu avant lui le livre de M. Comte. Je choisis, entre plusieurs, un important morceau qui prouve mon dire.
« L’espérance, dit M. Buckle, de découvrir la régula- « rite au milieu de la confusion, est si familière aux « hommes scientifiques, qu’elle est devenue un article « de foi pour les savants les plus éminents; et, si cette « espérance ne se trouve pas généralement parmi les
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« historiens, il faut l’attribuer en partie à ce qu’ils sont « inférieurs en talent aux investigateurs de la nature, (I et en partie à la complexité plus grande de ces phé- « nomènes sociaux dont s’occupent leurs études. Ces a deux causes ont retardé la création de la science « historique. Les plus célèbres historiens sont évidem- « ment inférieurs aux explorateurs les plus remarcc quables de la science physique; parmi les hommes « qui se sont adonnés à l’histoire, aucun ne peut se « comparer pour l’intelligence à Kepler, à Newton, ou 'I à beaucoup d’autres qu’on pourrait citer. Quant à « la complexité plus grande des phénomènes, l’histo- « rien philosophique est arrêté par des difficultés bien (I plus formidables que celles que rencontre celui qui (k étudie la nature; cai’, pendant que, d’un côté, ses « observations sont plus sujettes à ces causes d’erreur « qui proviennent du préjugé et de la passion, il ne « peut, de l’autre côté, se servir de la grande ressource « physique des expériences, par lesquelles on simplitc fie souvent les problèmes même les plus compliqués <c du monde extérieur. Il n’est donc pas étonnant que « l’étude des mouvements de l’homme soit encore « dans l’enfance, en comparaison de l’avance immense « prise par l’étude des mouvements de la nature. Au « fait, la différence dans les progrès accomplis par ces « deux études est si grande, que la régularité des évé- « nements physiques et la possibilité de les prédire « sont souvent admises comme certaines, même dans « les cas pour lesquels il n’y a encore aucune preuve, « tandis que, pour l’histoire, cette même régularité, « loin d’être admise, est complètement niée. C’est « pour cela que quiconque désire élever l’histoire au « niveau des autres branches des connaissances hu- « maines, rencontre tout d’abord un obstacle : en eflêt,
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