‹ La science au point de vue philosphiqueChapitre 71 sur 75 · Cours de Philosophie positive, t. II, 27® leçon · texte numérisé non relu

Cours de Philosophie positive, t. II, 27® leçon

DE COSMOGONIE

subsisté sans altération que dans le seul cas des singuliers satellites dont Saturne est immédiatement entouré. Le plus souvent, la prépondérance d’une portion de la zone gazeu.se a dû réunir graduellement, par voie d’absorption, autour de ce noyau, la masse entière de l’anneau; et l’astre a pris une figure sphéroïdique, avec un mouvement de rotation dirigé dans le même sens que la translation, à cause de l’excès de vitesse, nécessaire des molécules supérieures à l’égard des inférieures. »

Je n’ai pas besoin de rappeler ici que la terre satisfait à toutes les conditions qui ont suggéré l’hypothèse de Laplace : la révolution d’occident en orient, la faible excentricité de son orbite, et le peu d’écartement où son plan de translation est par rapport au plan de l’équateur solaire. Ce sont là des données astronomiques.

Les données physiques leur apportent un concours inattendu puisqu’il vient d’une source toute différente, et singulièrement confirmatif. A la différence des autres planètes soustraites à nos vérifications, le globe terrestre peut être étudié par nous, et fournir des témoignages, soit pour, soit contre l’hypothèse astronomique. S’ils sont contre, on l’abandonnera; s’ils sont pour, elle sera fortifiée par une coïncidence où, moins que partout ailleurs, il est impossible de soupçonner rien de fortuit ou d’accidentel.

Les deux points que suppose l’hypothèse, c’est que la terre ait été fluide, et qu’elle ait été incandescente.

La terre est un globe qui tourne sur lui-même avec, vélocité; des observations de la dernière exactitude ont montré qu’il est aplati à ses pôles et renflé à son équateur. La géométrie, interrogée sur la cause de cette configuration, a répondu que nécessairement le globe avait été fluide, et elle s’est tue, comme cela devait

LES HYPOTHESES POSITIVES

être, sur la cause de cette fluidité. Mais, à son tour, la physique a reconnu que le globe terresti’e avait pu être fluide soit par Teau, soit par le feu.

L’eau est, sur le globe terrestre, en très-petite quantité par rapport aux parties solides. A la température moyenne de 1 3 degrés, qui est celle qu’elle possède, elle est incapable, en la supposant même aiguisée de puissants dissolvants, de fluidifier, je ne dis pas la terre, mais à peine un cinquante-millième de la terre. L’eau est donc exclue.

Reste le feu. Puisque la fluidité ne peut dépendre que du feu ou de l’eau, et que l’eau n'est pas en quantité suffisante pour remplir cet office, l’alternative est imposée logiquement. Mais ces impossibilités logiques, quelque force quelles possèdent, gagnent infiniment à être soutenues par des réalités effectives. Les réalités ne font pas défaut. A mesure que l’on creuse le sol et qu’on s’y enfonce, la température croît de un degré pour 26 à 30 mètres de profondeur. Les eaux thermales et les puits artésiens confirment le fait d’une chaleur intérieure; et les volcans mêmes et les tremblements montrent que l’incandescence n’est pas bien loin audessous de la croûte qui nous supporte. De son côté, la paléontologie atteste que, dans les âges géologiques, une plus haute température a régné sur la surface* de la terre. Ainsi les traces positives d’une immense chaleur sont partout subsistantes; et c’est par le teu qu’est satisfaite la condition de fluidité imposée par la géométrie à la terre, vu sa configuration.

11 est sensible combien ces observations faites dans notre planète et, si je puis dire ainsi, sur les lieux, ajoutent de force à l’hypothèse cosmogonique de Laplace et à celle qui concerne l’univers des étoiles. On r-Miionte de proche en proche, des planètes au soleil

DE COSMOGONIE

et du soleil aux autres soleils, qui ont même apparence et même constitution. On n’est plus effrayé des hardiesses de la théorie, et l’on se confie plus facilement à des déductions qui ont un point de départ solide et des échelons bien marqués.

Page 1