‹ La science au point de vue philosphiqueChapitre 9 sur 75 · DISCOURS SUR L’ÉTUDE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR L’ÉTUDE

laisser ébranler sa croyance. Sans cette précaution, il s’cX|.»oio à perdre sa foi. »

Tour peu que les musulmans continuent à fréquenter les écoles européennes, il faudra que le Coran cède comme la Bible a cédé, et que le rationalisme prenne la place de l’interprétation littérale.

Rien ne peut plus nous ramener au temps où l’on consultait les Écritures pour savoir si un fait étaitvéritable, pas plus qu’au temps où Aristote régnait en dominateur sur les écoles; car Aristote a été jadis une autorité non moins grande que les livres saints. La philosophie grecque s’est, dans sa belle époque, beaucoup occupée des sciences ; mais, suivant la remarque de M. Herschel, qui est d’une grande justesse, son erreur radicale fut d’imaginer que la méthode qui avait donné de si beaux résultats en mathématique était applicable en physique, et qu’en partant de notions simples, de notions presque évidentes ou d’axiomes, on pouvait tout discuter. «Aussi voit-on ceux qui cultivaient les sciences dans cet esprit, constamment occupés à découvrir ces principes qui doivent devenir si féconds: l’un fait du feu la mal 1ère essentielle et l’origine de l’univers, et l’autre adopte l’air. Cette méthode de philosopher est la source de toute erreur. Les choses sont tellement arrangées dans le monde visible, les relations qu’elles ont avec nos sens si trompeuses, malgré leur vérité et leur nécessité, que rarement l’homme devine tout d'abord la vraie concordance et l’enchaînement naturel des phénomènes. Les Grecs, privés du fanal de la méthode expérimentale, n’ont pas su lier leurs recherches entre elles, ni fonder un système qui rattachât invariablement le passé à l’avenir. »

M. W. Herschel se montre, à mon avis, trop rigoureux contre la science antique, lorsqu’il la renferme

tout entière dans des disputes de mots. Il est des découvertes admirables qui nous viennent de l’antiquité. Ainsi l’ancienne Égypte a créé un système de poids et mesures dans lequel la liaison des diverses unités est encore plus simple que dans le nôtre ; car, ainsi que M. Saigey l’a fait voir dans son Ti'aité de métrologie^ la coudée royale étant prise pour l’unité linéaire, le cube de la demi-coudée donnait l’unité de volume ; ce cube rempli d’eau, l’unité de poids; ce poids en argent, l’unité monétaire. Les Indiens ont inventé la numération décimale et les chiffres, qui, inconnus à la Grèce et à Rome, ont été transmis par lesArabes aux Occidentaux. Les mathématiciens grecs ont, avec une sagacité merveilleuse et à travers d’incroyables difficultés, trouvé presque toutes les propriétés des courbes du second degré. Enfin, l’astronomie doit de la reconnaissance à ceux qui les premiers ont fixé, par une approximation assez grande, la durée de l’année, qui ont reconnu les planètes et commencé la mesure d’un arc de méridien.

Nul ne lira l’ouvrage de M. W. Herschel sans y puiser le goût des nobles connaissances, une idée de leur ensemble, de l’admiration pour leur enchaînement, et une profonde conviction de leur utilité, qui de jour en jour devient plus évidente et plus étendue. Les arts industriels ont, dans l’origine des sociétés, précédé les sciences: cela est incontestable; ils ont, en créant les ressources et les commodités de la vie, donné à l’horama assez de loisir pour qu’il pût regarder autour de lui e obéir à son instinct de curiosité et de recherche. Mais, cette première conquête une fois assurée, ce sont les sciencÆS qui ont pris les devants et qui, aujourd’hui, fournissent à l’industrie des armes toujours nouvelles. La nature ne peut être domptée que par les forces de la nature; et c’est la science ciui met à la disposition des

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