‹ La science au tháâtre; comédiesChapitre 164 sur 259 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

croyez donc incapable d'affronter les fatigues, le danger?...

RAMPONEAU

Parion, madame ma nièce, je crois une Parisienne capable de tout affronter... surtout quand elle est veuve.

DIANE

Comme moi... A vrai dire, mon bon petit oncle, nous n'avons eu jusqu'ici rien à affronter du tout, grâce à voire expérience, grâce au confortable du Triton, le bateau à vapeur qui nous a conduits ici, grâce enfin, au savoir du professeur Fresquelly.

RAMPONEAU

Oui, M. Fresquelly qui venait, avec sir Evans, son élève, explorer le nord de la Sibérie, et que nous avons rencontré à Yakoust, au moment où nous y arrivions. Je me rendais à Yakoust, pour mon commerce d'ivoire, nos deux savants y venaient, pour faire des explorations g-ologiques: cela ?'est trouvé à merveille, et nous ne nou^ quittons plus. Nous nous retrouvons chaque jour, à la table de l'aimable Christiana... Tu saisque j'ai fait ma fortune en achetant des défenses d'éléphants fossiles, que je revends en France. Jai reçu, cette année, deux commandes d'ivoire de Sibérie, de cent mille francs chacune, l'une d'un fabricant de billes de billard de la rue Popincourt, l'autre d'un fabricant de pianos du faubourg Poissonnière. (Riant.) Les billes qui rouleront cet hiver sur les billards parisiens, et les claviers des pianos qui accompagneront les chanteurs à la mode, auront, ma chère nièce, cent mille ans d'existence !...

Comment, le piano que j'ai aolieté, rue Saint-Georges, payable en quatre ans, à vingt-cinq francs par mois, a des touches fossiles ?

RAMPONEAU

Parfaitement.

DIANE

Je tapote les dents d'an éléphant qui broutait l'herbe avant le déluge ?

RAMPONEAU

Et ce vénérable pachyderme ne se doutait guère, pendant qu'il dégustait les fougères de l'ancien monde, que tu jouerais un jour les Cloches de Corneville sur ses vieilles quenottes... Ah! ça, mais! dis-moi, tu n'es pas venue en Sibérie pour m'entendre faire une conférence sur l'ivoire fossile ?

DIANE, riant.

Certes, non!...

RAMPONEAU

Mais enfin pourquoi as-tu voulu absolument m'accompagner en Sibérie ?... Tu ne me feras pas accroire que ce soit pour veiller sur l'oncle Ramponeau ?

DIANE

Non! un oncle qui a fait dix-huit fois le voyage de Paris aux îles d'ivoire et des îles d'ivoire à Paris, c'est lui qui veille sur sa nièce!...

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