‹ La science au théâtre, comédiesChapitre 13 sur 272 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

que votre lille aime Benjamin B^ranklin. Ils s'adorent, ces pauvres enfants. Y avez-vous pensé, M. Read, quand vous avez donné la main de votre fille ti un étranger, à un inconnu ?

READ

J'ai pensé, mistress Godfrey, que je ne devais pas refuser un bon parti pour ma fille.

. ^ ^ M^s GODFREY

Et comment savez- vous que Roger sera un bon mari ? Personne ici, ne le connaît. Quelle différence avec Fronklin, que nous avons tous suivi, depuis son enfance, des yeuK et du cœur ! Notre Benjamin est une de ces natures droites et sincères, qui ne semblent venues sur la terre que pour y apporter l'idée du bien. Cette âme loyale et dévouée fera l'orgueil et le bonheur d'une femme, M. Read... Tandis que votre Roger... Ah 1 tenez, ce que j'en ai vu, m'a donné de lui la plus mauvaise opinion.

READ

Et qu'avez-vous vu, mistress Godfrey ?

M's GODFREY

C'était ily ahuit jours. Lebrick, Le Windsor, venait à peine d'arriver de Manchester, qu'un matelot de ce navire entre précipitamment dans ma taverne, une lettre à la main « C'est de la part d'une jeune dame an- « glaise,me dit-il. » Et sur l'adresse, jelus: a kM. Roger coutelier de Manchester, à ïa taverne de Mistress Godfrey, à Philadelphie ». Ma taverne étant trésfréquentée parles étrangers, je ne fus nullement sur-

prise qu'on adressât cette lettre chez moi. Justement, Roger déjeûnait, comme cliac[ue matin, avec une tranche de jambon et un verre de wisky. « Remettez « cette lettre à Monsieur » dis-je au matelot, en lui montrant Roger. Mais à peine Roger eût-il jeté les yeux sur la lettre, c^u'il pâlit « Cette lettre n'est pas « pour moi, s'écria-t-il, vivement. Quand vous retour- « nerez à Manchester, ajouta-t-il, rendez-la à. la perce sonne qui vous l'a remise, en lui disant que ce R.oger t là est mort depuis longtemps . » Et à partir de ce jour le coutelier n'est plus revenu dans ma taverne... Si cela ne vous paraît pas louche?

READ

Et vous dites que cette lettre était d'une femme?

M^^ GODFREY

Oui; l'écriture était une, penchée : il n'y avait pas à s'y méprendre.

READ

Eh bien ! ce qui vous semble louche, mistress Godfrey, me parait fort clair, à moi. Roger a laissé quelque Ariane en Angleterre, et l'Ariane abandonnée le réclame, à travers l'Océan. Mais, voulant rompre tout à fait avec elle, au moment de son mariage, il refuse de lire ses lettres: et moi, son beau père, je ne saurais le blâmer de cette prudence.

M^s GODFREY

La prudence, M. Read, serait de savoir si le brick Le ^\^incl.^or n'est pas reparti.

READ

Pour demander celte lettre au matelot?

Page 1