DES CONDITIONS D'UNE BONNE MORT
Prctiosa iii conspectu Doniiiii Mors sanctorum ejus.
La Mort des saints est pretie:ise aux jeux du Seigneur, (l's. cxv, 5.)
Tout ce qui a été dit jusqu'à i)réscnl sur la Mort suffirait pour nous montrer l'importance de ces leçons et l'utilité de notre cours relii;ieux; nous avons déjà beaucoup appris. Souvenons-nous seulement qu'il faut étudier, c'est-à-dire méditer en son cœur, et réfiécliir sur cet enseignement sacré. Il nous reste à expliquer ce que c'esl (ju'unc lîonnc Mort, à dire les conditions d'une Bonne Mort.
I. C'est la Mort des saints : Mors sanctorum ejus,,,. sous le regard du Seigneur, in conspectu Domini,... c'est-à-dire la Mort en Dieu, m Bomino,... c'est-à-dire la Mort dans la grâce... Cellelà seule est bonne, précieuse, heureuse : pretiosa in conspectu Domini... Beati mortui qui in Domino moriuntur. (Apoc. xvi, 13.) C'est la Bonne Mort que nous demandons toujours les uns pour les autres dans cette pieuse association, et c'est aussi,, j'ose le dire, comme le privilège de tous ceux qui en sont membres.
Il y a donc une grande différence entre une Bonne Mort, comme nous l'entendons ici, et une belle Mort, comme dit le monde. Il appelle quelquefois belles et glorieuses des Morts que la religion pleure et trouve bien tristes et dignes de toute compassion. Ainsi ce général qui, en apprenant la mort d'un de ses compagnons d'armes, emporté par un boulet de canon en pleine poitrine, et à la tête de ses soldats, s'écriait : « Quelle belle Mort ! il a toujours eu du bonheur, celuilà ! » Ce général pouvait fort bien se tromper, et si celte Mort est belle elle n'a pas été bonne, si le brave capitaine n'était pas prêt et dans la grâce de Dieu, puisque c'est la première, l'essentielle condition; être exempt de péché grave et mourir dans la charité, tout est là.
II. Afin de rendre cette leçon plus utile aux associés, je vais indiquer ici simplement les deux autres conditions d'une bonne et sainte Mort, Il faut, comme le dit naïvement le bon saint François de Sales, mourir, la tôte doucement appuyée sur les deux oreillers de l'humilité et de la confiance : c'estvraiment mourir en Dieu ! in Domino moriuntur.
1° Et d'abord la première condition d'une Bonne Mort est l'humilité, l'oreiller de l'humilité. Cette vertu est toujours nécessaire à l'homme, au chrétien ; sans elle, Dieu est loin, il ne nous entend plus, alla a lon^e cognoscit (Ps. cxxxvu, G), il résiste aux superbes et ne donne sa grâce qu'aux cœurs humbles : Beus superhis resistit; humilibus autem dat gratiam (Jac. iv. G] ; il n'aime pas, que dis-je ! il déteste ces pauvres orgueilleux qui le prient avec hauteur... Mais c'est surtout à l'heure de la Mort qu'il faut s'humilier, et que Dieu seul doit nous paraître grand... Et, chose incroyable, c'est en ce moment même, où l'homme devrait mieux sentir son néant, qu'un ange d'orgueil vient pour le tromper. Il y en a qui se sont évanouis dans leurs pensées, et qui ont fermé le ciel sur leur tète en cédant à cette fatale tentation. Mais ce que je dois bien faire remarquer ici. c'est que l'esprit de ténèbres s'est souvent servi, pour
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arriver à ce Jjii^, de l'imprudence de quelques amis ou parents pieux, qui, ignoiant ce danger, parlent quelquefois aux mourants de leurs bonnes œuvres et de leurs vertus... Oh ! malheureux, taisez-vous donc ; vous allez perdre cette âme ; déjà Satan lui avait dit tout cela comme vous, pour la précipiter dans les abîmes !... Ne lui parlez que de la miséricorde de Dieu, faites avec ce pauvre malade des prières d'humilité , de '^(Ouleur... Si iniquitates observaveris, Domine.,. ■ (Ps. cxxix,^.) Miseref^e mei, Z)ew5...(Ps.L,l.)Et ainsi vous reposerez doucement la tête de celui qui meurt sur cet oreiller de la sainte vertu d'humilité, et vous sauverez son âme... Jésus même sera sa miséricorde.
2° La seconde condition d'une Bonne Mort est la confiance. Préparation aussi nécessaire que la vue de notre misère. Cet oreiller est encore plus doux; et cette vertu, dans la vérité de notre foi, s'allie parfaitement avec la connaissance, le sentiment de nos péchés... Aussi est-ce par la foi qu'il faut résister à l'implacable ennemi qui s'efforce de nous ravir ce fondement même de nos espérances, je veux dire la puissance et la bonté de notre Dieu. Et voici le piège qu'il tend à cette umc, cl conmient il l'attaque ordinairement pour la jeter dans le découragement et la précipiter
dans le désespoir; il lui montre un livre, un livre ouvert, celui même qui sera présenté à tous après la mort, et il y fait lire deux pages en caractères de sang : d'un côté, tous les péchés qu'elle a commis, de l'autre, toutes les grâces dont elle a abusé ! et il tombe alors comme deux poids dans cette âme, qui l'accablent et l'entraînent : Onus Dei super te ! elle est perdue, si elle ne résiste par sa toi;... mais comment résister? Une la vue de tous ces pécbés lui fasse faire des actes d'humilité, et que le souvenir de toutes ces grâces la porte à une confiance sans bornes... Qu'elle dise avec le Prophète : Seigneur, vous aurez pitié de moi, car j'ai beaucoup péché : propitiaberis peccato meo, multum est ernm. (Ps. xxiv, 11.) Qu'elle répèle avec l'Église au Sauveur Jésus : l'an tus lubor non sit cassus /... 0 mon Dieu, que tant de grâces et de souffrances ne soient pas perdues ! Et vous qui assistez à ces coml)als supi'cmes, à l'agonie d'un j)ère, d'un ami, pour le soutenir en ce moment décisif et lui assurer la victoire, rappelez au mourant quelques-unes de ces douces paroles qui lui rendront la CTjnfiance et l'amour. Dites-lui que celui qui espère ne peut être confondu, mais que la miséricorde doit le prévenir, le suivre, l'environner, \e couronner; que Dieu est son père, son ami ; que Jésus-Chrisl, son juge, est aussi son
avocat et son frère, et qu'enfin il doit le trouver bien meilleur qu'on ne le croit. Meliorem habemm Deum guam cogitamus. (Saint François-Xavier.)
Souvenez-vous donc de cette leçon, pour vous d'abord, et pour tous ceux que vous aimez. La grâce, et les deux oreillers de l'humilité et de la confiance, pour bien mourir.
PREMIÈRE SECTION