‹ La science de bien mourirChapitre 18 sur 128 · OU PREMIER CONSEIL DE LA MORT · texte numérisé non relu

OU PREMIER CONSEIL DE LA MORT

0 mors, bonum est judicium tiinm.

0 mort, votre jugement est bon, parfait.

(Eccl. m, 3.)

En commençant ce cours religieux et ces leçons pul)liqucs pour apprendre à mourir, et résolu pour la première année à faire entendre les conseils de la Mort à nos Associés, il faut, avant tout, et pour qu'on ait confiance en elle, il fout comprendre et méditer ces paroles saintes : Oui, la mort a un jugement parfait, clic ne pourra Jious

îiO COURS DE LA BONNE MORT.

<lonner que des conseils sages et désintéressés... Ne craignez donc pas de la consulter, noli tuetuere judiciummorlis. (Eccl. XLi, 5.) Son nom est triste, son souvenir amer, sa figure horrible, effi'ayante, mais son jugement est droit, et sa parole sincère. Donum est judicium tuum. Toutes les leçons de cette année seront donc comme une espèce de délibération avec elle, devant elle, une vraie considtation. Supposons que c'est elle désorinais qui doit nous instruire, nous diriger : interrogeonsla, écoutons ses réponses et profitons de ses sages conseils. Ce sera pour nous une parole de lumière et de vie.

Il y aura, à chaque séance, une proposition grave, qui doit être prouvée en peu de mots; et la conséquence ou la conclusion de cette proposition sera le conseil même de la Mort. Suivons cette méthode.

PREMIÈRE PROPOSITION ET PREMIER CONSEIL Tous mourrez^ ou je Tiendrai, pensez-y ilouc*

Kcce venio.

Je viendrai, j'arrive.

(Apoc. XXII. 12.;

I. Vous mourrez ; morieris tu, et non vives. {4 Weg. XX, 1.) Je viendrai, dit-elle : Ecce venio. Est-il né-

cessaire de prouver cette parole?... y a-t-il eu jamais un incrédule assez insensé pour nier' cette vérité de Dieu?... Quelqu'un a-t-il une objection à faire? Morieris, vous mourrez. Croyez- vous cela? avez-vous assez de témoins? Vous savez combien il y en a qui meurent par jour, trente mille ; par heure seulement, aumoinsdouze cents! Et quand Dieu dit à la Mort : Va et frappe ; rien ne peut l'arrêter, la retarder, latoucbcr, nilcspricres, ni les larmes d'une mère ou d'un prêtre. l'n enfant, un fils unique, un général vainqueur, un conquérant couvertde gloire, un roi puissant,n'imporle!... Elle chasse devant elle, comme un vil troupeau, toutes les générations humaines, et frappe à chaque instant les victimes désignées. Et vous aussi vous mourrez à votre tour, morieris tu.

Mais qu'est-ce que cela veut dire? mourir! Cela signifie la fin et le commencement, comme il a été déjcà expliqué dans une des premières leçons; la séparation de tout... Un dernier jour, une dernière heure, un dernier adieu; et dans ce jour, à celle heure, se décidei'a voire élcrnilé... Ce sera fini du temps et de ce monde qui passe; fini des vanités, des plaisirs, de la gloire et des richesses delà terre, .. fini!... fini de tout! Finis venit, venit finis. (E/.èch. vu, 2.) Voilà donc le demie; mot de toute vie et de l'histoire des honmies : et viurtuus

est (Gen. xxv, 8), et pour vous, morieris. Ecce ve-

nio. Oui, je viendrai, dit la Mort.

II. Donc, et c'est ici le conseil qu'elle nous donne à tous; donc pensez-y bien. Eii quoi ! il y a des milliers d'hommes qui n'y songent pas, qui ne veulent jamais y penser ; il y en a qui se fâchent quand on leur en parle... Presque tous vivent sur cette terre comme s'ils devaient y rester toujours et ne jamais mourir. Ils s'enferment dans ce petit cercle de la vie d'aujourd'hui, comme s'ils ne devaient pas en sortir un jour. C'est un aveuglement, une folie déplorable. Et pourquoi n'y pense-t-on pas? Croyez-vous donc que la mort vous oublie, parce que vous ne pensez pas à elle? C'est tout le contraire, puisqu'elle doit précisément venir à l'heure qu'on n'y pense pas : Qua hora non putatis. (Luc. xu, 40.) Mais enfin pourquoi cet oubli, cette indifférence? On pense à tout. On songe aux préparatifs d'un voyage, au moyen de gagner un procès, et l'on ne fait rien pour se préparer au grand voyage de l'éternité, au jugement de Dieu, cette affaire capitale et tout à fait personnelle; on ne voit presque personne se préoccuper de ce grave procès qui décide de tout. Filii hominum, usqueqno gravi corde? (Ps. iv, 3.) Enfants des hommes, jusques à quand votre cœur sera-t-il si appesanti? Assurément il y a là un piège de l'ennemi; il sait

combien-, cette pensée de la Mort serait utile et combien elle apporterait de lumière dans notre vie! Elle préserverait les âmes du péclié, elle nous animeraità marcher avec ardeur dans la route de la justice et de la perfection.

liomercier la Mort de ce premier conseil, et le suivre lidèlement. Hacc meditare. (I Tim. iv, 4o.)

DEUXIÈME LEÇON

«Pe TÎcnilrai bientôt, donc préparez-Tous \îte.

Etiam venio cito.

Oui, je viendrai Ijieiitot.

(Apuc. XII, 22.1

Les enseignements ou les conseils de la Mort formant un ensemble de vérités graves et importantes qui s'enchaînent et se prêtent un mutuel appui, il est nécessaire de n'oublier aucune de ses paroles. C'est ce qui nous obligera toujours à lésumer en un mol le sijet des leçons précédentes : la pVoposiliou seulement et la conséquence, ou le conseil même, Irait de chaque délibération. C'était la dernière fois : je viendrai, vous mourrez, pensez-y donc; aujourd'luii /e viendrai, vous mour-

54 COURS DE LA BONNE MOIiT.

rez bientôt; donc vite préparez-vous. Ecce ren/o, je viens; etiam ecce venio, voici que j'arrive.

I. Commençons par examiner et prouver celte proposition... Ce moi bientôt... Est-ce donc vrai?... Oli! oui, bientôt! Qu'est-ce, en effet, que la vie? Les enfants ne savent pas cela, mais l'homme raisonnable, instruit par l'expérience, et le chrétien éclairé par la divine parole, ne sauraient ignorer cette vérité de la brièveté de nos jours et de la rapidité de la vie : c'est une ombre qui passe, une vapeur qui se dissipe, un songe qui s'envole. Nos jours s'écoulent comme les eaux du torrent; nos années s'enfuient comme les astres qui courent dans le ciel, notre vie s'éteint comme l'éclair !... A la surface de l'eau, une barque légère laisse à peine un petit sillon qui s'efface et disparaît... L'oiseau fend les airs, on ne peut y reconnaître la moindre trace de son vol rapide ; la flèche vole, le plomb meurtrier siffle en passant et frappe,... et ne laisse aucun vestige dans l'air... Ainsi passe la vie,... ainsi tombent nos jours; et nos années fuient dans l'abîme de l'éternité. Vous marchez, vous courez, vous volez au terme ; vous allez arriver tout de suite... Finis venit, venit finis. (Ezcc. vu, 2.) Vous mourrez bientôt.

Mais il y a encore une preuve plus directe de cette vérité, et plus effrayante... Bientôt, parce

PREMIERE ANNEE. -io

que VOUS ne le croyez pas peut-être, et aussi parce que vous n'y pensez pas... Dieu, en effet, a dit ces deux choses : cito, bientôt, et qua hora non putatis (Luc. xn, 40), et à l'heure où vous y penserez le moins; donc, moins vous y pensez, plus tous en êtes près, et plus vite la 31ort viendra. Voyezvous, il y a déjà quelque temps qu'elle vous suit, et bien des hommes n'ont pas attendu aussi long-temps que vous. Elle ne peut tarder encore beaucoup, et elle vous avertit : Cilo vcnio, bienlôi, dans peu d'années, dans quelques jours, encore quelques heures peut-être, et c'est vous ! ... Et pas d'objection ici, de peur de l'irriter et de la défier en quelque sorte, car elle répondrait certainement. II. Eh bien donc!... aujourd'hui, quel conseil vous donne-t-elle et quel fruit tirer de cette délibération? La conséquence est évidente : Vous mourrez bientôt; donc vite préparez-vous. \'igilate (Luc, xxi, 36), accingite vos. (Joël, i, i'à.) Voyez bien ce qui vous manque, ce que vous voudiiez faire, a\ant(pi'elle vieime, ce que vous désireriez avoir fait, quand elle viendra, et faites-le vile. Mais encore, aiiii de rendre plus faciles et plus claires nos conclusions, vous devez savoir qu'il y a deux préparations à 'ce dernier jour, à la Mort,... l'une (juc nous appellerons éloignée, mais absolument nécessaire, c'eslde fuir le péché, de ne

pas s'exposer au mal, et de se relever aussitôt, si on avait eu le malheur de tomber ; en un mot, c'est d'être, c'est de vivre dans la grâce de Dieu et la justice. Alors, on n'a plus à redouter les coups de la Mort; on est prêt ; il y a la condition essentielle. Ne négligeons pas cependant la deuxième préparation, ou préparation prochaine, car c'est encore la conséquence de tout ce que la Mort vient nous apprendre, et elle consiste à se hâter, par la pratique des vertus chrétiennes, d'amasser quelque trésor pour l'éternité, afin de ne pas se trouver les mains vides quand elle viendra. Travailler à se détacher par avance du monde et de ses vanités, c'est vraiment apprendre à mourir... Et pour cela, il serait bon de consacrer au moins un jour chaque mois à se mettre dans l'état d'agonie et à s'armer pour ces luttes terribles... Ce jour-là, on presserait son âme par un examen plus attentif, on ferait une méditation plus sérieuse, une communion plus fervente. Voici quelques textes ; vous les méditerez bien : Uno tantum gradu ego morsque dividimur (I Rog. XX, 3) ; Stulte, hac nocte animam tuam repetiint a te (Luc. xu, 20) ; Finis venit, venit finis. Je ne suis séparé de la mort que d'un pas... Insensé, cette nuit même, on te redemandera ton âme... La lin approche, la voilà!... Suis-je bien

PREMIÈRE ANNÉE. lil

prêt ■ . . . Mais vite donc ! Les vierges folles, liclas ! se préparaient, rfîim autem irenternere (Malt, xxv, 10), et laMort est venue plus lut qu'elles ne pensaient... etil n'était plus temps : Nescio vos /... Vite donc, encore une fois préparez-vous, elle va venir, la voilà ! . .. Ecce finis! Un saint religieux de la Compagnie de Jésus se préparait à la mort tous les ans pendant une semaine, tous les mois pendant un jours, tous les jours pendant une heure. Voyez si vous ne pourriez pas au moins donner à ce travail tous les ans un jour, tous les mois une heure, tous les jours une minute? Et je vous promet^ que vous ne serez pas trop surpris quand la mort viendra.

TROISIÈME LEÇON

«fc ne Tiendrai qu'une fois ; donc il ne fant pas risquer votre éternité.

Sladitum est homiiiibus semel moiL Le décret en est porte, tous les hommes doivent mourir une fois, une seule ^ fois.

(Hebr. ix, 27.)

Vous mourrez, et vous mourrez hientôt... Vous mourrez, y avcz-vous hien pensé? Vous mourrez

o8 COURS DE LA BONNE MORT.

bienlôt... Qu'avez-vous fait pour vous y préparer? Étes-Yous prêts? Voilà en deux mots ce qui a été dit et résolu aux derniers conseils de la Mort. Aujourd'hui, c'est un avertissement encore plus grave, une parole plus pressante... Profitez-en, car elle ne répétera point cet avis, et les conséquences seraient malheureusement éternelles. L'oubli, la négligence, le mépris de sa parole, seraient irréparables. Statutum est... C'est un décret, une loi divine, on ne meurt qu'une seule fois, semtl.

I. je ne viendrai, dit-elle, qu'une fois. C'est la proposition, le sujet de cette leçon, de notre délibération. Une seule fois, prenez garde, on ne peut recommencer quand c'est fini, on ne peut revenir sur ses pas, quand on est arrivé. C'est donc un moment d'où dépend l'éternité, momentumaquo pendet aeternitas. Si vousmoUrez dans la grâce de Dieu, d'une Bonne Mort, c'est bien, votre salut est assuré, votre âme est sauvée,... vous allez au ciel ;... mais si vous mourez dans le péché, tout est perdu, et vous allez en enfer ! C'est fini, et, encore une fois, tout dépend de cet instant, semel mori...

Mais est-il nécessaire de prouver cette parole, de démontrer cette proposition? n'est-ce. pas assez clair? Ce sera peut-être utile, pourtant,

mais en quelques mots, avant d'entendre la conclusion et le conseil de la Mort.

Ainsi, c'est une vérité de frà d'abord : semel mori^ c'est la parole môme de Dieu; il l'a dite par la bouche du saint apôtre; et les miracles de sa toulc-puissance, qui ont rappelé du tombeau quelques-unes des victimes de la Mort, ne peuvent contredire cet oracle sacré ; ils ne servent qu'à prouver l'existence et confirmer le texte de la loi universelle : semel mori. C'est une vérité (inexpérience, hélas ! Et qui n'a pas pleuré un ami perdu pour toujours? qui n'a pas rappelé à grands cris un père, une mère chérie que la cruelle Mort venait de frapper ?.., Et ils n'ont pas répondu à notre douleur... Qui n'a pas serré une main froide et glacée?... Et cette main n'a pas pressé la nôtre ! C'était ûxiW Semel mori... Une fois seulement ! Je ne viendrai qu'une seule fois, dit la Mort.

II. Eh bien! quel conseil va-t-elle nous donner maintenant, et quelle conclusion devons-nous tirer de cette parole, S(?me/? Donc ne jouez pas avec la 3Iort, ne risquez jamais votre éternité, ne hasardez pas votre salut... C'est un jeu fatal, (enible. Vous pouvez être sûr de perdre avec la Mort , elle est si perfide ! elle vous trompera. Imprudent que vous êtes, vous auriez déjà pu perdre bien

f'O COURS DE LA BONNE MORT.

souvent... Sans un miracle peut-être vous auriez déjà tout perdu. Ce jour, rappelez-vous donc ce jour..., où vous avez manqué de mourir..., dans les flammes,... dans les eaux,... dans ce combat meurtrier,... dans cet accident imprévu,... à la suite de cette maladie dont vous n'avez su le dangei" qu'après avoir été guéri. Il a fallu un miracle, vous dis-je, et vous avez attribué cet événement au hasard... Ingrat! et vous avez encore continué à jouer avec la Mort. Et peut-être que vous voulez jouer ainsi jusqu'à la fin! 0 malheureux ! mais il est impossible que vous ne perdiez pas un jour... Voyez donc, et comptez les chances que vous pouvez avoir dans ce jeu terrible... C'est épouvantable!... Vous ne devez mourir qu'un seul jour, semel, et vous vivez des années dans le péché... Mais je vous assure que vous n'avez pas une chance sur mille, sur dix mille, sur cent mille, de bien mourir, de vous sauver. Et ces pauvres pécheurs qui disent qu'ils se convertiront à la mort, ils ont juste une seule chance sur... combien !... sur tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes de leur vie, puisqu'ils peuvent mourir chaque jour, à toute heure, à chaque instant. Ah! vraiment, comment peut-on espérer de jamais ç^agncr, en jouant ainsi!... Ces réflexions ne suffiraient-elles pas pour expliquer la parole

PREMIERE ANNEE. Cl

divine : pauci electi, et pour nous faire comprendre les cruelles inquiétudes, les larmes des mères chrétiennes, lorsqu'elles voient des âmes qui leur sont si chères engagées dans ce jeu terrible, et par conséquent exposées à se perdre pour toujours !...

Profitez, ô mon frère, de ce conseil de la Mort... Sauvez, sauvez votre âme ; ne restez pas un seul jour dans le péché, de peur de mourir ce jour-là ; et ne jouez plus jamais avec la Mort, car, si vous aviez le malheur de perdre, ce serait fini pour une éternité.

0 Mort ! je vous remercie : oui, vos conseils sont excellents. 0 Mors^ àonum est judicium tuum. (Eccl. XLi, 3.)

QUATRIÈME LEÇON

«Ve TOUS (lépoiiillerai île tout : donc ne tenez p.is <ant aux choses de la terre^ et tâchez d'amasser au peu pour l'éternité.

Ecce venio sicut fur.

Je vais venir comme un voleur.

(Apoc. XVI, 15.)

Commençons par rappeler et répéter les autres conseils... Je viendrai, dit la Mort, pensez-y bien ;

je viendrai bientôt, préparez-vous vite ; je ne viendrai qu'une seule fois, ne jouez plus avec moi. Ne vous exposez pas, même un jour!...

Et je viendrai comme un voleur. Il y a deux pensées renfermées dans cet avertissement... Comme un voleur, c'est-à-dire, sans m'annoncer, quand vous n'y penserez pas. Je vous surprendrai enfin. C'est le premier sens peut-être de la parole sainte ; mais c'est une proposition qui sera examinée quand nous parlerons des incertitudes de la Mort, et, jusqu'à présent, nous ne parlons que de ce qui est bien certain. Sicut fur, comme un voleur, peut donc avoir une seconde signification, et ce mot exprime parfaitement le caractère de la Mort et son action ; la Mort, ce voleur par excellence, sépare, divise, dépouille ses victimes et ne leur laisse rien, rien : sicut fur. C'est la proposition qui fait le sujet de cette leçon et la base d'un conseil admirable, et qui peut sauver notre âme.

I. Je vous dépouillerai de tout, dit-elle. Faut-il donc prouver cela ?... Les plus riches n'emporteront rien, ils ne trouveront même plus rien dans leurs mains, quand elle viendra, ni/ni invenerunt in manibus suis. (Ps. lxxv, 6.) A la lueur du flambeau de l'agonie, regardez donc un peu le monde, et cherchez-y ce que vous voudriez conserver ou emporter avec vous dans l'éternité. Il n'y a plus

qu'un triste linceul !... Quoi !... et le reste donc, et ces meubles si riches,... et cet or et cet argent, à qui tout cela reviendra-t-il ? Et haeccujus eruntl Quand elle viendra, la Mort, sachez qu'il n'y a plus qu'une seule parole à dire : adieu à tout, adieu aux parents, aux amis ; adieu à la fortune, à tout enfin... Et si l'on n'avait pris d'avance cette sage précaution de régler ou de faire, comme on dit, ses affaires... qu'on appelle vite un notaire, et qu'en présence de témoins on déclare positivement à qui on va laisser tout... Je laisse, autre parole suprême et dernière volonté, méditez-la bien ; adieu, je laisse... c'est tout ce que vous pouvez dire à la mort, et je vous conseille d'écrire au plus tôt et de rédiger cet acte avant qu'elle ne vienne, de peur d'être surpris, et qu'après vous avoir dépouillé, elle ne jette tout aux pieds de personnes à qui vous n'auriez peut-être pas même pensé. Thesaurizat et ignorât oui congvegabit en. (Ps. XXXVI II, 10.)

Mais ce n'est pas là précisément le but de cette consultation ; il ne s'agissait que de prouver une chose, c'est qu'à la Mort vous serez bien dépouillé et qu'elle ne vous laissera rien, rien.

II. Et maintenant quelles conséquences allonsnous tirer de cette proposition incont('stable ? Quel conseilla Mort va-t-elle nous donner ? Donc,

1° tâchez de ne pas tant tenir à la terre, à ses Liens passagers, de ne pas tant tenir au monde et à ses vanités, car vous auriez trop de peine à vous en séparer un jour. Quels regrets amers, quel désespoir, en effet, pour les mauvais riches!... Et, pour les hommes de plaisir, ce sera encore plus cruel . Siccine séparât amara Mors ?. . . (I Reg. xv, 32.) Oh ! quel malheur, disait en mourant une femme célèbre, de mourir et de laisser tout cela !... Elle avait fait mettre sur son lit tous ses bijoux, des rivières de diamants, des bracelets, des colliers de perles précieuses, des diadèmes de brillants... Quel malheur!... Et elle pleurait envoyant ce trésor, et elle touchait de ses mains tremblantes et déjà glacées tous ces souvenirs de vaine gloire. Quel malheur ! siccine séparât amara Mors ? Oui, quel malheur ! si, pour cet or et toutes ces richesses de la terre, on a perdu son Dieu, son âme, son éternité ! si on a préféré ces misérables biens à Dieu, a son âme, à son éternité !... Tandis que l'enfant de Dieu et le serviteur fidèle quitte la terre sans douleur et se réjouit d'espérance, ces malheureux, inquiets, tristes, effrayés et désespérés, t)-emblent et reculent ; on est obligé de les pou.'îser, pour ainsi dire, dans leur éternité,... où ils arrivent les mains vides et comme des pauvres honteux.

2° Pour éviter ce malheur, travaillez pendant la vie, ettàchez d'amasser quelque chose pour le ciel. Thesaurizate vohis thesauros incoelo... (Matt. vi,20.) Là où les voleurs ne pourront entrer, où la mort n'aura plus de puissance... ubi fures non e/fodiunt nec furantur (Matt. vi, 20), et Mors ultra nonerit... (Apoc. XXI, 4.) Voyez combien peu vous avez acquis de ces richesses éternelles jusqu'à présent, et commencez à travailler pour devenir un des riches habitants de cette patrie céleste. Divites aeternitatis. Oh ! si vous entendiez ce conseil de la Mort comme François de Borgia, vous deviendriez un saint comme lui : sur la tombe d'Isabelle il jura de ne jamais donner son cœur à rien de périssable et que la mort pût lui ravir ; et ce jour-là il brisa trois couronnes d'or et se fît pauvre pour Jésus-Christ. Mais il n'est pas nécessaire que vous compreniez le conseil de la Mort aussi bien que ce grand homme ; elle ne demande peut-être pas de vous de pareUs sacrilices, que vous quittiez le monde et que vous renonciez à tout et tout de suite; mais ce qu'elle veut, ce qu'elle vous conseille absolument, c'est de ne pas vendre votre âme, de ne pas perdre votreéternilé pour tout l'or du monde, qu'elle doit bientôt vous ravir.

Vous trouverez dans la seconde partie do ce Manuel un pieux exercice qui a pour titre J'csta-

ment spirituel, par saint Charles Borromée;jc vous invite à le faire de temps en temps pour vous détacher du monde, mais aujourd'hui surtout pour prouver à la Mort que vous avez bien compris ses conseils.

CINQUIÈME LEÇON

«9e suis Pécho de la vie : Tirez donc comnie tous Toulez mourir.

Qiio vadis ?

Où allez-vous ?

(Joan. XII, 36.)

Nous avons entendu des paroles pleines de lumière, et la Mort déjà nous a donné d'excellents conseils. Elle a répondu à toutes nos questions avec vérité. — Je viendrai certainement, et bienlùt ; je ne viendrai qu'une fois, et je vous dépouillerai de tout. Avez- vous bien compris ces avertissements solennels ? Voulez-vous profiter de ces sages avis ? Avez-vous médité un peu, et fait quelque chose'/... Aujourd'hui c'est la Mort qui ouvre la consultation par cette question directe, grave, sérieuse : Quo vadis ? Où allez-vous ? Y avez-vous jamais pensé ?... Pour y répondre, il faudra au moins trois séances, trois leçons particulières, car

il est évident qu'ici c'est à chacun en particulier et comme dans le secret des âmes, que s'adressera la réponse de la Mort. Tous, en effet, ne suivent pas la même route, tous n'arriveront pas au même terme... Telle vie, telle mort, ou la mort est l'écho de la vie. Mais il y a des différences essentielles dans la vie des hommes... Le sage et le fou mourront également, moritur dodus similiter et indoctus (Eccl. n, 16), c'est-à-dire qu'ils mourront tous les deux sans doute, mais non pas de la même manière; c'est impossihlc. Il y a trop de différence dans la vie, il faut qu'il y en ait dans la Mort. . . Voyez, l'un y pense et s'y prépare, l'autre n'y souge pas et semble s'en moquer... Il vit à l'aventure, et joue son éternité!....

1" Voici donc la proposition générale sur laquelle doit reposer le conseil de ce jour. La xMurt est l'écho de la vie : l'écho, c'est-à-dire qu'elle lui ressemble d'ordinaire. C'est juste, puisqu'elle est un salaire, stipendia. C'est dans l'ordre. On ne voit pas de raison pour que l'on ne meure pas dans le péché, si on y vit ordinairement, ni de raison pour que celui quia bien vécu meure dans le péché. L'autorité de la parole des Docteurs, nos maîtres dans la foi, conlirme cette vérité : Vix berit moritur qui maie vixerit (saint Aug.), il est difficile de bien mouiir quand on a mal \écu.

Enfin, l'expérience, la triste expérience, le prouve tous les jours, et l'on peut dire que si cettt proposition n'est pas certaine, telle vie, telle mort, elle est au moins probable. Et si cela est probable pour tous...

2° C'est très-probable, surtout pour le pécheur, car, pour ne pas mourir dans son péché, il faut qu'il se convertisse, qu'il se repente, qu'il se confesse ; c'est la condition pour obtenir son pardon. Or il est pkis probable qu'il n'en aura ni le temps, ni les moyens, ni la force ; plus probable qu'il n'en aura pas même la volonté, car elle s'est affaiblie par l'habitude du mal, par la dureté de son cœur et par le désespoir qui en est la suite. Plus probable, enfin, s'il se convertissait, qu'il n'y aurait pas de vérité dans cette conversion, comme le prouvent, et les textes sacrés de l'Écriture, et les parolesdesSS. Pères, et tant d'exemples effrayants : inpeccato vestro moriemini. (Joan. vni, 21.) Vous mourrez dans votre péché. Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas. Quaeretis me, et non invcnieiis... {Ibid.) Le malheureux Anliochus, le perfide Judas, ne sembleraient-ils pas avoir voulu se convertir à la Mort? Et ils sont perdus! Certes, il ne faut rien exagérer, la vérité est déjà bien triste à dire. Il est certain, il est de foi que Dieu doime toujours, et à la mort même, le pardon, si

on le lui demande, et la grâce pour le lui demander ; mais, sMl a promis la miséricorde, il n'a pas promis le temps, et il ne faut pas se moquer de lui. Il est d'expérience, encore une fois, que les pauvres pécheurs meurent à peu près comme ils ont vécu.

II. Et maintenant le conseil de la Mort, Je voici ; rien de plus simple et de plus sage : Vivez donc comme vous voulez mourir, et sortez de l'état du péché, si vous désirez ne pas mourir dans le péché. Voyez ce que vous voudriez faire, ce qu'il faut changer dans voire vie, car, si vous continuez à vivre ainsi, où irez- vous? L'arhre demeure où il tombe, mais il tombe du côté où il penche ; de quel côté penche donc cet arbre stérile de votre ùme? Déjà la hac\ie est à la racine ; il chancelle, il va tomber; prenez donc l^ien garde ! Vous voudriez avant la mort faire une bonne confession de tous vos péchés pour en obtenir le pardon ; n'attendez pas trop longtemps, vous ne pourriez plus, peut-être. Il y en a tant pour qui ce fut trop tard !.,. Ils sont morts dans le péché.

Mais je veux, pour vous et pour le salut de plusieurs, vous avertir d'une chose bien imporlante, avant de terminer cette délibération. C'est que, si la Mort est un écho fidèle de la vie, il y a aussi dans la vie des jours solennels où l'âme prononce

des paroles qui retentissent avec plus de force dans l'éternité, dont par conséquent la Mort doit se souvenir principalement et qu'elle répétera sans doute à chacun de nous. Je veux dire les jours de grâces spéciales ; ainsi, pour la plupart, c'est le jour de leur première communion. L'âme alors parle bien haut, le cœur jette des cris au ciel; la Mort entend, et elle redit ordinairement ces paroles d'amour ou de haine à la dernière heure... Ah! pleurez, mais sans vous livrer au désespoir, si vous n'aviez pas aimé votre Dieu en ce beau jour. Remerciez-le, espérez bien, si votre cœur était pur !... priez, enfin, priez pour les petits enfants qui se préparent à cette grande action... C'est aussi important que de prier pour ceux qui meurent : ce sont des heures solennelles, décisives, d'où dépend l'éternité.

Conclusion finale et résumé de la leçon, dernier conseil de la Mort. Ne restez pas, ne vivez pas un seul jour dans le péché, de peur d'y mourir, et priez pour les pauvres pécheurs ; priez pour les enfants de la première communion: demandez la conversion pour les uns, la persévérance pour les autres.

PREMIÈRE ANNÉE. li

SIXIÈME LEÇON

SI Je TOUS ironvi» dans le pécliô, je serai trèsmauvaise : donc

Quo vadis ?

Où allez-vous ?

(Joan. XII, 36.)

Vadam ad portas inferi.

J'Irai aux portes de renier.

iPs. mviii. 10.)

La Mort est l'écho de la vie. Ce sujet de la dernière leçon a besoin de développement encore et de preuves.

Il y a, en effet, des chrétiens fervents, il y en a de tièdes et d'infidèles ou pécheurs... Ils mourront tous, mais leur mort doit être bien différente. Pour le juste, la mort sera douce, pour l'àme tiède elle sera douteuse, incertaine, et pour le pécheur et l'impie, elle sera épouvantable. Voilà le sujet important de trois leçons ; nous commencerons par la Mort du pécheur... Si je vous trouve, dit-elle, dans le péché, je serai sans pitié pour vous, je vous conduirai en enfer, et le Saint-Esprit l'a révélé en un seul mot : Mors pcccatorum pessima. (Ps. xxxni, 22.) La Mort du pécheur est très-mauvaise. Il suffira d'en méditer

ici quelques circonstances et de contempler ce spectacle de terreur et de désespoir, pour exciter dans votre unie un juste sentiment de frayeur qui la détachera pour toujours du péché. C'est, on le voit bien, le conseil de la Mort aujourd'hui et le fruit de cette grave leçon. Recueillezvous et méditez : si la parole de la 3Iort vous paraît terrible, effrayante, vous trouverez ses conseils bien importants et décisifs.

I. Elle est vraiment horrible, la Mort des pécheurs,/jessîwa. i° Il y a d'abord pour eux une tristesse profonde, un chagrin affreux de se voir séparés de tout... Ils tiennent tant à ce monde et à leurs richesses... et ils vont tout laisser... La Mort va ravir et dévorer tout; ils ne pourront ouvrir les yeux, voir quoi que ce soit, sans se sentir déchirer au cœur... Tout perdre et en un instant, quel malheur!... 2° Il y a pour eux des douleurs, des souffrances d'autant plus intolérables, qu'ils n'ont ni consolation ni espérance. Ce qui console le chrétien fidèle, c'est la Croix... son espérance c'est le ciel... et la Croix, on n'ose pas même la montrer à ces malheureux. Quelle impression ferait-elle sur leur âme? comment pourraient-ils la baiser?... Et quant au ciel, ils n'osent même le regai'der un moment, et, si par hasard ils ont levé les yeux, on les voit aussitôt

les abaisser avec un soupir de désespoir... 3° Ils ont une peur horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, et de ses mains dans l'abîme éternel de l'enfer! cliàliment juste, terrible, et ([ui va commencer en ce jour, à cette heure même... Il y en a qui voient ces feux ardents, qui entendent ces gémissements... Il est impossible d'en douter; leurs regards fixes, leurs cris d'effroi et les luttes affreuses de l'agonie ne le prouvent que trop. Ainsi, dans le passé, souvenirs des crimes ; regrets indicibles de tant de grâces perdues; dans le présent douleurs sans espérance, remords du cœur; dans l'avenir tempêtes et malédictions, supplice... et désespoir éternel... L'âme, accablée par ces deux poids des péchés et des grâces, lutte avec effort dans l'agonie ; elle s'épouvante aux menaces des ennemis qui l'environnent dans l'ombre de la Mort, et souvent, en proie à ces terreurs inouïes qu'augmentent de tristes apparitions, elle se rappelle les oracles divins qui la condamnent... Peccator videbit... (Ps. CXI, 10.) Domiiins subsannabit vos... (Ps. n, 4.) In interitu vestro ridabo vos... (Ps. i, 26.) In peccato vestro moriemini... (Joan., vni, 21. ) « Le péclicur verra, et dans sa vaine fureur il séchera de dépit. Le Seigneur se moquera de lui... Oui, je me moquerai de vous, dit-il... et vous mourrez dans

votre péché. » Oh ! mon Dieu, qu'elle est mauvaise la mort du pécheur, oui très-mauvaise ! pessima !

II. Eh l)ien ! si vous voulez l'éviter, cette mort, hâtez- vous de vous convertir... rompez, rompez cette chaîne du péché, et voyez, devant Dieu même qui vous a épargné jusqu'à présent, ce qui vous ferait le plus de peine, si vous deviez mourir aujourd'hui... Examinez devant la mort la gravité, la multitude des fautes de toute votre vie... et mourez au péché en ce jour, pour ^ivre à la grâce ; mourez à la chair pour vivre à la justice, mourez au monde pour vivre à Dieu.,. Pensez que ce Dieu est juste, qu'on ne se moque pas impunément de lui... et que, si vous ne faites pas pénitence, il va tirer son glaive et frapper... Nisi converti fuerids, gladium suiau vibrabit (Ps. vn, 13....) Ne remettez donc pas au lendemain, il n'y en aura peut-être pas pour vous; n'attendez pas jusqu'à la Mort, elle peut venir aujourd'hui même, et elle viendra ceilainement à l'heure où vous n'y penserez pas. Mais surtout souvenez-vous que Dieu est bon, et qu'il ne veut pas la mort du pécheur, mais bien plutôt qu'il se convertisse et qu'il vive... Revenez à lui, avec douleur, mais avec confiance. — C'est tout le conseil de la Mort, pécheurs, convertissez-vous,

de peur qu'elle ne vous fasse tomber entre les mains du Dieu vivant, et c'est terrible d'y tomber pour une éternité. Ilorrendum est incidere in vianus Dé vivenlis! (llebr., x, 31.)

SEPTIÈME LEÇON

Si Je TOUS trouve «lans la tiédeur^ je serai pour vous douteuse et iuccrtaiue; doue...

Qiio vadis ?

Où a liez- vous ?

(Joan., XII, 36.) In locum quein ego igiioro.

Dans un lieu qu'il m'est impossible de savoir.

(III lie-., xviii, 12.)

La mort du pécheur est alfrcusc, puisque c'est la porte môme de l'abîme, et il y tombe... pour rétornlté... Afin d'éviter ce mallieur,il faut l'ulr le péché, se convertir sincèrement à Dieu, et obtenir son pardon. La parole de la Mort était tiislp, sévère, mais ses conseils étaient comme toujours sages et salutaires. Heureux ceux qui les ont suivis, et (jui sont revenus à temps dans la voie de la iusiice et de la paix. Aujourd'hui cncoi'e, nous avons à examiner un sujet elïrayant ; mais la con-

siiltation pourra éclairer les esprits et ramener bien ries cœurs à la vertu. C'est aux âmes tiècîes et languissantes, aux chrétiens mous et lâches, que vont s'adresser les avertissements et les conseils (le la Mort. Et voici la formule abrégée de tonte celte leçon avec la précédente : si vous vivez dans le péché, si je vous y trouve, je serai pour vous sans pitié, je vous conduii-ai droit eu enfer, 3Iais si je vous trouve dans la tiédeur, je serai pour voiTs incertaine et douteuse, vous ne saurez pas où je dois vous mener... Donc... il suffira d'un seul mot pour tirer la conséquence, qui est le conseil même de la 3Iort.

I. Trois pensées : Qu'est-ce que la tiédeur? A quels signes peut-on reconnaître si on est dans cet état?... et pourquoi la mort serait-elle incertaine €u douteuse pour ces âmes languissantes?

1° La tiédeur est une maladie de langueur, un état de mollesse et de négligence, une vie de concessions faites au monde et à ses vanités, et, par opposition, de résistance à la grâce... tandis que la ferveur est l'amour même qui emi)orte une âme au sacrifice... La ferveur, dit saint Basile, est une passion ardente qui porte à faire toujours ce qui plaît à Dieu; la tiédeur s'effraye à la vue d'une croix, l'amour la chei'che et l'embrasse !

2" Voici les symptômes ordinaires de celte triste

maladie, et à quels signes on peut reconnaître si une àme en est atteinte... La négligence hahituelle de tout ce qui tient au service de Dieu, Le dégoût des exercices spirituels, delà prière, delà lecture, des Sacrements, Le mépris des petites choses, soit des petites fautes que l'on counnet presque sans remords, soit des petites gn'àces auxquelles on résiste presque sans regrets. Le partage du cœur; on voudrait bien être à Dieu, mais on ne veut pas renoncer au monde ni à ses vains plaisirs, comme si l'on désirait réconcilier Jésus- Christ avec ce monde qu'il maudit, connne si on espérait rapprociier le ciel de la terre... Dans cet état de langueur, il n'y a presque pas de lutte ni (le remords; l'âme suit mollement une pente douce qui la conduit comme insensiblement à la mort.,.

3" Eh bien! pour ces cœurs malheureux, qui n'ont jamais la lumière, la paix, la joie du ciel, le bonheur de l'amour, et qui n'ont pas non plus les illusions et les fausses joies du monde, la Mort a <iuel(iue chose d'épouvantable, c'est qu'elle est incertaine et douteuse. On ne peut savoir où elle \a les conduire. Est-ce au ciel, est-ce à l'enler? Demandez à cette àme qui est déjà environnée des ombres de la Mort. Quovadis ? où allez- vous donc ? Est-ce au (ici?... Oli! elle ne peut le cruirL-, cl

elle se rappelle en ce moment mille paroles qui la troublent... Contendite... (Luc, xiii, 24.; Abnegel semetipsum. (Matt., xvi, 24.) Violenti rapiunt illud. (Mail., xi, 12.) Il fallait se faire violence, se renoncer ; il faut être si pur! Allez-vous donc en enfer ?... Elle n'en sait rien non plus... Elle ne se souvient pas précisément d'un péché grave, mortel, en ce moment, mais elle s'est fait illusion peut-être; peut-être qu'elle n'a pas obtenu le pardon, elle avait si peu de douleur de ses fautes, elle y retombait toujours... et puis il y en a qui ont l'apparence de la vie, et qui sont morts réellement. Nomen habes quod vivas eu mortuus es... (Apoc, ni, 1.) Tant de textes effrayants : Maudit celui qui fait l'œuvre de Dieu avec négligence ; il condamne le serviteur inutile ; il rejette celui qui est tiède... Oh! fatale incertitude, doute affreux! partir et ne pas savoir où l'on va ! Non, dit la Mort irritée, je ne vous le dirai point... Allez ! proficiscerel...

II. Suivez ses conseils maintenant, et, si vous avez reconnu dans votre cœur quelques signes de cette déplorable maladie, hâtez- vous de la guérir. Ne restez pas dans cet état qui a perdu et qui perd tous les jours une foule de chrétiens, soyez fervent, et vous aurez une vie plus douce ; soyez fervent, et vous aurez une mort pleine de charme et

PREMIÈRE ANNÉE. 7f>

de boriheur. Oui, la lidélité donne la paix, mais la générosité dans les sacrifices d'amour donne la joie, à la vie, à la mort.

Mais quels seront les remèdes à cette maladie? Il y en a trois : le premier, c'est précisément \z méditation de la mort. Consultez-la souvent, son souvenir 'suffira pour vous réveiller de cet assoupissement, et vous faire sortir de cette létliargie. Le deuxième, c'est la prière, mais la prière surtout au Cœur sacré de Jésus ; il suffira d'une goutte du sang précieux qui tombe de sa plaie d'amour pour vous faire renaître, et d'une étincelle du feu brûlant qui le consume pour vous embraser des plus saintes ardeurs. Dites-lui souvent : SeigneurjUion Dieu, celui que vous aimrz est malade. Fcce quem amas infirmatur. (Joan., xi,3.) Le troisième enfin, et le plus puissant de tons, c'est le sacrifice môme de l'amour. Offrer à Dieu un de ces petits sacrifices aujourd'bui, deux demain, puis trois, quatre,... allant ainsi de victoires en victoires, et vous vivrez, et vous aimerez bientôt!... Hoc facel vires! (Luc, x, 28.)

Conclusion et résumé : si vous voulez éviter ce doute horrible, ces cruelles incertitudes à l'heure de la.mort, servez Dieu avec ferveur, avec joie, et craignrzia tiédeur autant et plus que la mort et le péché même : utinam friyidus esse*.'.. .(Apoc. ,n!;5.)

Prière à Jésus-Christ et à son Cœur Eccequcm

amas infirmaturl... (Joan., xi, 3.)

HUITIÈME LEÇON

Si je TOUS trouve dans'Ia gprâce, Je serai bonne, TlTcz-y donc.

Quo vadis ?

Où allez-vous ?

(Joann., xii, 3G.)

Euge, serve bone et fidelis, intra in gautlkim Domini tui.

Courage, boa et fidèle serviteur ; entrez dans la joie de votre Seigneur.

(Matt., XXV, 13.)

Si quelquefois les conpeils de la Mort ont pu nous paraître sévères, et sa parole dure, amère ; aujourd'hui elle sera pleine de consolation et de douceur. Elle nous a dit : Si je vous trouve dans le péché, quand je viendrai, et je viendrai bientôt, si je vous trouve dans le péché, je serai sans pitié, et je vous conduirai dans l'abime... Si je vous trouve dans la tiédeur, je serai pour vous incertaine et douteuse, et vous ne saurez pas où je dois vous mener... fliais, ajoute-t-elle,si je vous trouve dans la grâce, dans l'amour de Dieu, je serai

PREMIÈilE ANNÉE. 81

bonne, vous le verrez, el je vous conduirai au ciel; n'ayez, pas peur de moi, je serai cliarmante. El il n'y a rien de plus vrai. Celle proposition, qui luit tout le sujet de cette leçon et le fondement du huitième conseil de la Mort, est de foi pour tous, et j'oserais dire d'expérience même, surtout pour les membres de l'Association....

I. Oui, la mort des Saints est douce et précieuse aux yeux du Seigneur, et ils sont heureux, ceux qui meurent en lui, heureux en mourant. {Beati mortui qui in Domino moriuntnr. (Apoc, xiv, 13.) Heureux dans ce moment, el bien plus heureux encore après; mais à l'heuic même de la moit, car rien ne les trouble, rien ne les inquiète : il n'y a dans le passé ni i-egrets ni remords ; dans ]c pré^ent, s'il y a souiïrance, elle est adoucie par la croix, et par l'espérance certaine du ciel : dans l'avenir, pas de doutes, pas de craintes, c'est le repos, la paix, la gloire. La mort, pour l'enfant de Dieu, c'est la fin du voyage, le repos dans la patrie, c'est le triomphe après la victoire : /Vetiosa in conspectu iJotnini luors sunctomm cjus... XPs. c.w, o3.) Pretiosa plane, dit saint Bernard, tanquaw fais laborum, tanquam vicloriae consummatio^ tanquam vilae janua et perfeclae secuntalis iiif/ressus. Oui, certes, elle est précieuse, cette mort-, c'est la fin des durs travaux, des fatigues

du voyage; c'est l'heure de la victoire, le commencement du triomphe; c'est la porte de la vie, et le jour de la tranquillité parfaite, éternelle. Les sacrements ont purifié, sanctifié cette âme plus unie à Dieu ; la prière la fortifie et la consoJe, l'espérance l'anime et la soutient, l'amour l'appelle et va la couronner! Preliosa... Beatimortui qui in Domino moriuntw\ Quelle gloire ! quel Lonheur !

La mort, mms c'est Dieu! ah! qu'elle est belle! nous l'avons dit avec le poëte : loin de la craindre, on l'aime, on la désire, on l'appelle.

C'est ce qu'il est facile de démontrer par mille exemples touchants... et je ne veux pas aller chercher ces preuves dans la vie des Saints; ces faits sont connus de tous, et leurs paroles à jamais mémorahles... Depuis quatre ans seulement que cette petite Association a été fondée dans l'église du Jésus à Paris, nous avons été témoin si souvent de ce spectacle touchant de morts saintes et précieuses, de morts douces et ravissantes, nos annales sont déjà si remplies de ces traits admirables, que je ne suis, en ce moment, arrêté que par l'extrême embarras du choix. Sans doute, un jour, nous ne pourrons nous empêcher de donner ces mémoires à nos associés. Les uns ont rendu le dernier soupir en souriant, les autres en chan-

tant, plusieurs en tenant à la main l'image de l'Association; six ont demandé à être entern'^s avec cette image sainte qui restera sur lenr poitrine, comme un gage de salut ; un très-grand nombre, plus de cent déjà, sont morts en répétant avec amour, les noms de Jésus, 3Iarie, Joseph (1). En parcourant ces notes précieuses, on se surprend à s'écrier avec le prophète : Moriatur anima mea morte jus^torum! (Num., xxni, 10.) Beati mortui qui in Domino moi'iuntur (Apoc, XIV, 43), ou, comme Suai-ez : Je n'aurais jamais cru qu'il fût si doux de mourir.

II. Mais si vous voulez avoir cette mort heureuse, la mort des Saints, vivez comme eux ; c'est le conseil de la Mort, c'est la conclusion et le fruit de cette leçon. Ce n'est que par la pratique des vertus chrétiennes, et en vivant de la vie des Saints, que l'on apprend à mourir comme eux, et qu'on peut espérer celte mort. i\on potest maie mari qui benêt vixerit. (S. Aug.) Il faut donc, àleurexemple, prier, travailler, combattre, souf-

(1). M. Tliéophilc Mignon, l'un de nos plus fervents associés, est mort clans la paix du Seigneur, le 3i) avril I8(J2 ; il avait sur son lit, à ses pieds, le dessin admiralilc de la mort de saint .losepli, dont notre image n'est que la reproduction imparfaite..., et il a laissé ce pieux souvenir à son frère... Saint et précieux héritage, qui restera toujours à quelqu'un de l'Associatioo.

fiir ; il faut être humble et pur, il faut enfin porter sa croix. Et que ces paroles ne fassent peur à, personne, car la vie est bien courte, la grâce de Dieu est assurée, et enfin le plaisir de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans plaisir. Méditez cette parole célèbre, et ce sera un des meilleurs conseils que la Mort puisse jamais vous donner. Par exemple, on a le plaisir de mourir sans peine à la Trappe, au Carmel, parce qu'on a la peine d'y vivre sans plaisir, je veux dire sans les plaisirs du monde, car on y a bien moins de peine que vous, et plus de bonheur. Mais la Mort ne vous en demande pas tant, à vous sans doute; faites seulement ce qu'elle conseille aux justes du monde, évitez le péché, vivez dans la grâce de Dieu pour mourir comme ses amis.

NEUVIÈME LEÇON

Vous ne sarez pas quand Je viendrai^ donc soyez; prêt?.

Vigilate, cstote parali.

Veillez, soyez prêts.

(Luc, XII, 40.)

Dans tout ce qui a été dit jusqu'à présent des conseils de la iMort, il y avait une grande lumière.

l'UEMIÉKE ANNEE. 83

Toutes les propositions sur lesqHclles reposait la délibération même, et d'où découlaient les graves et importantes conclusions, étaient sûres et incontestables, comme on peut voir dans cette récapitulation rapide... Je mourrai — bientôt, — une seule fois, — à la mort je quitterai tout. — Si je suis dans la i;ràce, la mort sera douce pour moi ; elle sera douteuse, si je suis tiède; horrible et désespérante, si elle me frappe dans le péché. — Une seule proposition, sortant de cette séi'ie des certitudes de la mort, a été trouvée prol)able, bien probable, c'est que nous mourrons comme nous avons vécu, la mort étant un écho tidèle de la vie.

Mais désormais nous n'avons plus à délibérer, à consulter que sur des propositions tout à fait incertaines, et cependant plus pressantes, peutêtre, et plus précises encore pour les conclusions.

Il y a trois incertitudes ; du temps, du lieu, de la manièi'e; c'est-à-dire que nous ne savons pas quand, ni om, ni connmnt nous devons mourir. — Écoutez la Mort elle-même ; c'est elle qui préside nos assemblées, et nous donne ces graves conseils.

Je viendrai certainement,' mais je ne vous dirai \)SiSr/urmd ; c'est bien assez pour une leçon.

I. Non, vous ne savez ni le jour ni l'heure ; JVescids diem neque horam (Matt., xxin, 15); et ce qui

est plus épouvantable encore, quâ horânon piitatis... (Luc, m, 40.) Ce sera justement le jour et l'heure où vous n'y penserez pas... Voyon.s, vous qui lisez ceci, dites, quand croyez-vous mourir? Quelle année, quel jour ?... Répondez vite : Je ne sais pas, car, si vous disiez autre chose, ce serait extrêmement imprudent... Ce serait comme défier la mort, et elle vous répondrait bien certainement aussi... Ah! si vous aviez d\t peut-être, h la bonne heure, ce mot rendrait la réponse sensée, raisonnahle, vraie enfin... peut-être dans vingt ans, dans dix ans, mais aussi peut-être dans vingt jours, dans dix jours, peut-être dans vingtquatre heures, peut-être dans une heure, c'est-àdire, encore une fois, que vous ne savez pas, et il n'est pas nécessaire de prouver plus longtemps cette proposition ; non, vous ne savez pas quand vous mourrez, elle est aussi vraie que celle-ci : vous mourrez, et, vous ne mourrez qu'une seule fois. Quoiqu'il y ait eu quelques saints qui aient connu, par révélation, le jour de leur mort, cela n'empêche pas la proposition d'être universellement vraie, comme il est vrai qu'on ne meurt qu'une seule fois, quoiqu'il y ait eu quelques résurrections. Vous ne ressusciterez pas, vous, trois jours après votre mort, et vous ne saurez ni à trois ans, ni à trois jours, ni à trois heures près

(juaiul vous mourrez... Ne&ciiisdiem negue homm . . . et suilout, qun nescitis horù... C'est dans le caractère cl les habitudes de la Mort de venir quand on ne pense pas à elle, de surprendre enfin. Aussi combien y en a-t-il qui ont été malheureusement trompés!.., et qui avaient pris des résolutions, formé des projets, fait des promesses, et tout cela a élé perdu dans les ombres de la mort, et s'est évanoui dans la tombe... Est-il possible que l'expérience de tant de victimes ne sulTise pas encore pour nous éclairer!... Mais, quand vous auriez fait un pacte avec la Mort, quand elle vous aurait fait une promesse solennelle, je vous dirais encore de vous en défier ; et vous êtes bien averti et prévenu d'avance qu'elle viendra quand vous y penserez le moins, et qu'elle ne vous dira jamais ni le jour ni l'heure ; et vous ne voulez pas y penser,' vous ne voulez pas vous préparer! Quel aveuglement, quel malheur!

II. Ecoulez donc son conseil, maintenant ; c'est le texte même de celle méditation... Vigilate, pensez-y, veillez, lencz-vous sur vos gardes ; attention, elle va peut-èlre venir;... celle année, cette semaine, aujourd'hui môme, estote parati... soyezprèts... comprenez-vous'!' Elle ne dit pas préparez-vous vite, c'était le conseil de la deuxième leçon et la conséquence de celle vérité ; Je vien-

88 COURS DE LA BûxNNE MORT.

(Irai bientôt... Mais, maintenant, ce n'est plus cela, et la conclusion est plus vive et plus pressée... Soyez prêts, soyez prêts ! Et ne dites pas demain... demain!... mais non, Stalte, hac nocie animamluam repetunt à te. (Luc. xii, 20.) C'est aujom^d'hui, cette nuit que vous mourrez ! Estoie paraît, soyez donc prêts, — Latei uUimtis dies ut observetur omnis dies. (S. Aug.) Le dernier jour est incertain, caché, afin que vous veilliez chaque jour..., et, si vous ne le faites, je vous dis que vous serez surpris... Je vous dis que vous risquez de n'avoir pas le temps. Et le triste exemple des vierges fuUes doit surtout ici vous éclairer et vous épouvanter. Ne savez-vous pas qu'elles se préparaient? Je vous l'ai déjà dit, elles étaient justement en ti'ain de se préparer ; elles allaient chercher de l'huile, quand l'époux est venu; celles (jui étaient prêtes furent admises aux noces ; mais celles qui se préparaient furent perdues ; la porte était fermée, elles eurent beau frapper, on ne les connaissait pas. 0 mon Dieu ! et il y a tant de pauvres pécheurs qui penseront seulement à se préparer trop tard!... Oh ! je vous en prie, mon frère, soyez donc prêt, vous, aujourd'hui mèn:ie, aujourd'hui! allez vite cherchervotre pardon !... Prière à saint Joseph, au saint Ange gardien, et à sainte Barbe,une des plus grandes saintes que l'on invoque pour la Bonne ]\[ort,

DIXIÈME LEÇON

Vous ne savez pas où je viendrai... donc...

Ambula coram me.

Marcliez devant moi.

(Geo., xvu, 1 .)

La proposition qui fait le sujet de cette leçon est tellement liée à la conséquence ou à la conclusion, qu'il est impossible de ne pas la voir de b'uite; le conseil est si clair, si précis, si formel, que c'est la lumière même dans la lumière... in lumine tuo videbimus lumen. (Ps. xxxv, 10.) Aussi cette leçon sera nécessairement plus courte, et nous en profiterons pour donner encore quelques exemples de la mort édifiante de plusieurs associés.

I. Mais prouvons d'abord cette vérité : Nous ne savons pas où nous mourrons... Je vous suis, dit la Mort, et déjà depuis quel(|ue temps, c'est-àdire dès le premier jour de votre vie... j'appioche... vous ne savez pasçuan^.. ni o« je dois vous atteindre... ni le jour ni le lieu où je dois vous frapper. 3Ioi, qui écris ces li<:nes... où mourraije?... ie n'en sais rien... peut-être dans une chaire chrétienne, en parlant de Dieu ou de la mort... peut-être au triinuial de la miséricorde...

peut être au pied du saint autel, au moment de commencer ou de terminer le grand sacrifice !... Peut-être. J'ai connu des prêtres qui sont morts précisément dans ces circonstances et sans y avoir pensé... Et vous qui lisez ceci, où mourrcz-vous ?... Vous n'en savez rien non plus ; vous ne pouvez ni le prévoir, ni même l'imaginer... peut-être au milieu de la nuit, en dormant et dans votre lit; peut-être à table et au milieu d'un beau dîner... peut-être dans une soirée brillante et en commençant un bal, oui, peut-être en dansant... peut-être en jouant et sur le point de gagner une belle partie... peut-être en montant ou en descendant un escalier... peut-être en voiture, sans même qu'on s'en doute; on vous conduira mort cbez vous ou chez un ami... peut-être au spectacle, à l'Opéra-Comique... vous savez bien que tout cela est arrivé. Nous avons des exemples de ces surprises de la Mort, même dans notre association. Ainsi, l'un de nos associés est mort en se promenant, et il est tombé au milieu de ses fleurs; on ne s'en est aperçu qu'à l'heure du repas de famille, et après l'avoir cherché longtemps et partout; un autre, en parlant et en riant, dans une petite société d'amis. Mais j'ai hâte de dire que c'étaient de bons chrétiens : la mort a pu être soudaine, mais non imprévue... ils étaient prêts.

PREMIERE ANNEE. î}|

Enfin ils ne s'attendaient pas certainement à mourir là. I! ne faut! pas croire, voyez-vous» que tout le monde meure tranquille et dans son lit; on meurt partout; mais personne ne sait où il doit mourir, autrement on n'irait pas, certainement. II. Eh bien ! le conseil de la Mort maintenant, le voici : Ambula coram me. Marche devant moi... C'est le Seigneur qui disait autrefois cette parole à son fidèle serviteur Abraham : Marche devant moi, et tu seras parfait. La Mort vous dit : Mai-clie devant moi, et tu éviteras toujours le mal, et tu n'iras môme pas où tu ne voudrais pas me trouver... car je te suivrai partout... et tu devrais penser que je suis toujours très-près de toi... Ui:o tantum grada eçjO morsqne dividimur (I Reg., xx, 3), disait David ; il n'y a qu'un pas de distance entre la Mort et moi ; elle est tout près, elle me touche... Ainsi, vous ne voudriez pas la rencontrer au spectacle peut-être; tâchez de ne pas y aller; n'y allez que le moins possible, car il est certain qu'elle y va quehiuefois, et il n'y a pas longtemps qu'on l'y a vue : elle a frappé tout à coup quelqu'un qui n'y pensailpas... Ainsi,vousneseriezpas content, n'est-ce pas, de la trouver dans une soirée, au milieu d'un bal ; tàcbez de n'y pas aller ; faitece que vous pouvez, enfin, pour ne pas y alItMlrop souvent, car elle y va queUjuefois aussi; il n'y a

pas très-longtemps qu'elle y a touché une belle et jeune victime couronnée de fleurs, et qui^ne croyait pas danser si près d'un cercueil... Elle a pâli soudain... chancelé... et puis elle est tombée !... Vous n'aimeriez pas à vous trouver avec la ftloi't, dans cette maison où vous avez été entraîné au scandale. N'y allez donc plus, c'est peut-être là qu'elle vous attend... Vigilate, estote parati, allons... veillez, soyez prêts... Mais aujourd'hui elle vous dit, à vous, en particulier : Arnbula coram me... Marchez donc devant elle. N'allez jamais où vous ne seriez pas content de la trouver. Je vous assure qu'un seul, un seul conseil de la Mort, suffirait non-seulement pour nous faire éviter le péché, mais pour nous rendre saints. Priez votre saint Ange gardien, pour qu'il vous préserve du danger, en dirigeant vos pas. — Cet ami fidèle vous suit comme la Mort, mais pour vous défendre en tous temps, en tous lieux. Priezle souvent, avec confiance.

ONZIÈME LEÇON

Vuus ne savez pas comment je viendrai....

Quomodo vadam ?

Comment vicndrai-jc ?

(l Reg.,xvi, 2.)

Que la destinée de l'homme et que sa vie sont

mystérieuses ! que sa mort surtout renferme de secrets et de silences, de ténèbres et d'incertitudes!... Nous marchons tous dans l'ombre, nous nous heurtons dans la nuit, et nous tombons dans des abîmes... La science de Dieu seule a pu pénétrercessecretsetconnaîtces profonds mystères. I. Nous ne savons rien, mais absolument rien do la mort, si ce n'est qu'elle va venir bientôt, maisoM.^ et quand? personne ne le sait; comment? impossible de le savoir. Il y a tant de manières d'en Unir avec celte triste vie, tant de morts différentes !.. mais vous ne pouvez choisir. Car je ne veux et je ne puis parler ici de la mort volontaire, (pii est toujours la fin d'un lâche ou d'un fou... Mais il y a autant de morts et plus même que de maladies. Il y a des morts violentes et des morts naturelles ; il y en a de cruelles et de douces, de glorieuses et d'humiliantes; il y en a de subites et de lentes... Et nous ne savons rien. Peutêlio mourrez-vous dans les llammes, dévoré dans un incendie ; peut-ùlrc, au contraire, dans le torrent des eaux, ou simplement dans un bain; — peut-être, sous un fer ennemi, ou par le poison ; peut-être écrasé sous des ruines ; peut-être au fond d'un précipice qui s'ouvrira sous vos pieds, ou même dans un puits... Mais il y a deux grandes divisions dans la mort qui nous inlércb-

94 COURS DE LA BO?s\NE MOaT.

sent bien plus. Ces petites nuances, après tout, n'ont guère d'importance pour l'éternité.

Yous mourrez subitement, ou après les douleurs d'une maladie plus ou moins longue ; vous n'en savez rien, mais d'une façon ou de l'autre. Subitement, il y en a beaucoup... On peut aftirmer que, depuis une dizaine d'années, il y a plus de morts subites qu'autrefois. Ce ne sont pas seulement les prêtres qui ont fait cette remarque, c'est un fait attesté par les bommes de la science. On discute sur la raison de ce fait, mais on ne le conteste pas. Vous mourrez peutêtre ainsi ; et déjà, depuis quatre ans, nous avons perdu de cette manière une vingtaine d'associés ; mais je me hâte de répéter que cette mort est plus rare dans notre association qu'ailleurs, et qu'elle n'a jamais atteint que des membres trèszélés, de vrais amis de Dieu, qui ont été par sa miséricorde préservés ainsi des souffrances ordinaires et des épreuves de l'agonie... Vous mourrez peut-être comme eux; ou bien après une maladie plus ou moins longue, plus ou moins douloureuse, et qui vous laissera la liberté de la parole, de la pensée ou du sentiment, ou bien accablé par des souffrances horribles qui vous en priveront tout à fait. Ou bien vous aurez une maladie très-simple, suivie d'une agonie ordi-

naire, c'est-à-dire plus ou moins douce, plus ou moins lerriijlc, plus ou moins longue... 3Iais ia- (luelle, encore une fois ? vous n'en pouvez rien savoir; tout ce que vous pouvez faire ici, c'est de demander à Dieu de vous préserver de celle que vous aimeriez le moins.

3Iais voici la grande, l'essentielle différence, c'est que vous ne savez pas comment vous devez mourir... Ou en l'éprouvé de l'enfer, ou en élu du paradis... Pour le ciel ou pour l'enfer!... 0 mon Dieu, nous ne pouvons pas même savoir cela !... 0 mon Dieu, je veux espérer en vous, je veux mettre ma confiance en Marie ; je ne cesserai de l'invoquer; mais enfin nul ne sait s'il est, s'il vit, et par conséquent s'il meurt digne de haine ou d'amour. Il ne faut pas peser sur celle vérité, qui nous abaltiait peut-être par une crainte excessive... Mais il était nécessaire de la dire, puisque dans ces leçons nous avons promis, et c'est pour nous un devoir, un mandat sacré, de dire la vérité, toute la vérité de la moil. Eli l)i(Mi ! nous ne savons pas si nous mourrons pour le ciel ou pour l'enfer... Nous avons dit seulement, et nous devons répéter ici qu'il est probable que nous mourrons comme nous aurons vécu, et c'est ce qui nous amène à donner en un mot la conclusion.

H. Voici donc le conseil de la Mort, à ce propos : vivez comme vous voulez mourir, vivez dans la grâce et l'amour de Dieu, pour avoir le boniieur d'y mourir. Ne vivez pas sans sacrements, sans confession, sans prêtre enfin, de peur de mourir sans confession, sans communion, sans prêtre qui vous pardonne et vous console. Ne vivez pas sans prière, sans Dieu, de peur de mourir sans Dieu et sans prière. Il y en a tant, hélas ! dans le monde, qui vivent et qui meurent par conséquent de cette manière ! Non est dignus sut christianus qui in eo statu vult vivere inqiio noUet mori. (Saint Jérôme.) Il n'est pas digne du nom de chrétien, celui qui veut vivre comme il ne voudrait pas mourir.

Il est difficile de finir cette leçon sans exprimer ici un sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui, jusqu'à ce jour, a béni l'Association d'une manière merveilleuse et qui doit singulièrement augmenter notre confiance. Il est certain que des grâces étopnantes ont été données à tous ceux que Dieu a rappelés à lui. Ces grâces sont dues à l'union des cœurs, et aux prières des membres fervents de l'Association. Grand sujet d'espérance, pour tous assurément, mais aiLssi motif puissant pour nous engager à être bien lidèlcs à DOS pieuses pratiques : prions, et l'on pi'icra aussi pour nous à l'heure delà mort.

D0LZIÈ3IE LEÇON

Des signe» d'une IConne Uort ou île prédestination .

Quid me oportet facere, ut salvus fiani ? Que faut-il que je fasse pour être sauvé?

(Act., ivi, 30,,

C'est la dernière leçon de la première année : je me propose d'aborder un sujet plein de consolation pour nous, et je vais indiquer quelques signes particuliers qui nous feront espérer la grâce que nous ne cessons de demander à Dieu, les uns pour les autres, k grâce d'une Bonne Mort : car, il ne faut pas l'oublier, ce sera toujours une grâce, la première de toutes les grâces. Nous aurions beau apprendre à mourir, nous ne le saurions jamais sans la miséricorde divine. Commençons par dire que nous ne pouvons retirer aucune des paroles avancées jus(iu'ici au nom de la 3Iort ; tous ses conseils sont la lumière même et la vérité. Les certitudes, les incertitudes de notre beure dernière, ne peuvent être mises en doute, il n'y a pas même place à une objection dans toutes ces propositions et leurs conséquences. Gardons-en le souvenir fidèle et proliions de ces grands enseignements, mais nu\ ruiis

aujourd'hui nos cœurs à une pensée plus douce.

l. Je veux parler de deux signes sacrés qui me semblent promettre et assurer une Bonne Mort au chrétien, et que je conseille à nos chers Associés.

I. La charité d'abord, l'amour des pauvres, l'aumône. Et voici les raisons graves, théologiques de ce privilège : Dieu même l'a dit : Rachetés que nous sommes par le sang de Jésus-Christ, il n'y a vraiment qu'une seule chose qui puisse nous faire perdre nos droits au céleste héritage. C'est le péché, mais, hélas! qui n'a pas commis le péché? et qui oserait dire : Jesuispur!... Nous sommes donc perdus! oui, certainement, sans lapénitence. .. mais la pénitence fait peur! Eh bien! c'est pourtant la loi. Vous avez perdu le lis de l'innocence, vous n'entrerez pas dans la maison de Dieu, à moins que vous ne puissiez au moins présenter de dignes fruits de pénitence... Mais encore, où sont donc ceux qui ne reculent pas à la vue de ces sentiers étroits ? C'en est donc fait! nous sommes perdus ? Non, non, il y a une autre voie de salut pour nous, c'est la charité... Elle nous met dans le chemin, elle nous aide à y marcher; elle nous relève, si nous venons à tomber ; elle nous adoucit la fatigue de la route; elle nous conduit sûrement au terme du voyage, au ciel... Voyez et méditez toutes ces preuves : elle met dans le chemin, car c'est l'ac-

PREMII'RC ANNEE. 9D

complissemRnt môme de la loi. Elle adoiieit la marche, en attirant sur nous toutes grâce» et bénédictions; elle nous relève, car elle rachète Icii péchés et couvre toutes les iniquités de la vie... Elle conduit sûrement au ciel... Dieu l'a promis ; il ne le donne qu'à ces âmes tendres et compatissantes; ce n'est pas seulement une jjarole, une promesse sacrée; c'est une sentence irrévocable ; elle est écrite ; et quand Dieu même viendra juger la terre, il ne parlera que de cette vertu : j'ai «u iaim, vous m'avez donné à manger, dira-t-il... Vous, venez... Venue, benedicti Patris viei, esvrivi enim et dedistis mihi. (Matlh., xxv, 34.) Les autres ne seront condamnés que pour ne pas avoir eu pitié de lui... J'ai eu Iaim, et vous ne m'avez pas donné à manger!... Vous, allez... Ite, malcdicti. . . esurivi enim et non dedistis mihi. (Matt. , xxv, 42.) Ce qui assure ce lionheur aux âmes charitables avec la parole de Dieu, c'est la prière des pauvres qui sont ses amis... Ils prient sur la terre et ils prient dans lescieux; ils ne peuvent laisser périr leur'S pères, ceux (jui oui eu pitié d'eux. Donc aimez les pauvres, laites l'aumône, ayez ce premier signe, et la mort n'aura plus rien d'effrayant pour vous; car Jésus est fidèle et reconnaissant... ïlvous consolera à la mort; il vous couronnera, il vous sauvera. C'est le premier conseil que )e vous

iOO COURS DE LA. BONiSÏÏ MORT.

donne, et que d'exemples ne pourrais-je pas citer ici, et même seulement parmi nos associés?

II. Le second signe de prédestination. Ce qui assure la grâce d'une Bonne Mort, c'est la dévotion à Marie. La grande raison de cette faveur précieuse est la puissance et la bonté de la sainte Vierge, Mère de Dieu, et notre Mère... Il n'y a pas de miracles qu'elle ne fasse pour sauver ses fidèles serviteurs et SCS enfants. Mais, pour augmenter la contiance clans les cœurs, je vous rappellerai seulement ici deux paroles mémorables. Saint Ber- . nard : Servus Moriaenunqunm peribit... Saint Anselme : Aeiernitm roe non seniiet pro quo semel ora verit Maria. Le serviteur de Marie ne périra jamais, que dire donc de ses enfants!... Celui pour qui Jlaric aura prié une fois ne sera pas condamné au feu éternel... Mais si vous l'invoquez tous les jours, est-ce qu'au moins, une fois, elle ne priera pas pour vous ? et c'est assez, vous lui aurez dit si souvent de prier pour vous à l'heure de la mort ; estce qu'elle ne s'en souviendra pas ? Et, si elle prie, elle vous sauvera ; elle obtiendra miséricorde pour vous, pauvre pécheur.

Mais entre tous les moyens de prouver à Marie votre amour et votre dévotion, je vous recommanderai le plus facile et le plus sûr, celui auquel la Vierge sainte elle-même a fait la plus douce et la

plus solennelle promesse, je veux dire son saint scapulaire... in quo quts iuotnens œternum non patietur incendium... Celui qui mourra, portant ces saintes et glorieuses livrées, ne seia pas condamne au l'eu éternel. Oh ! si vous ne l'avez pas encore, demandez-le vite; si vous l'avez, ne le quittez jamais, jamais, pour être sûr de l'avoir à la mort. Ce n'est pas elle qui nous donne ces deux conseils ; mais je vous les donne moi, au nom du ciel contre la Mort; et je vous le dis, c'est un gage, un signe de salut. Des miracles de justice, des miracles de miséricorde, attestent la vérité de cette révélation : m quo quis moriens... Oui, je le crois. Mais au^si n'allez pas abuser de C(,'s paroles, et n'oubliez i)as (pie la meilleure manière de prouver à Marie (]u'(in l'aime, c'est d'imiter ses vertus... Il ne faudrait pas, enfant de Marie, souiller [)ar le péché ces saintes et glorieuses livrées, de peur de vous en voir dépouillé et comme dégradé au jour même de la mort. Soyez fidèles, honorez, îpimez votre mère, portez avec respect ce saint habit, et vous aurez une Bonne Moi't. C'est le dernier conseil.

Désormais nousTpiitterons cette forme des délibérations, et ehaipie mois de la prochaine année, ce sera une question grave, un graïul pro!)lènic quo la Mort elle-même sera chargée de résoudre.

PREMIERE SECTION

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