‹ La science de bien mourirChapitre 24 sur 128 · PS. IT · texte numérisé non relu

PS. IT

Si la vie de riiomme est pleine d'illusions,

d'erreurs, la mort est pleine de lumière et de vérités..:. Trompé par les apparences, séduit, ébloui par le mensonge, l'homme se perd, et la plupart ne se reconnaissent, comme on dit, qu'à la mort; c'est une des grandes raisons de l'utilité, de la nécessité de nos études et de ce cours religieux. Nous pensons à la Mort ; nous consultons la Mort pour éviter de nous tromper, de nous perdre. Écoutons aujourd'hui avec respect et docilité ce grave reproche qu'elle nous adresse dans la question du Prophète-Roi, et méditons devant elle, sous son regard, cette autre parole tombée du haut d'un trône aussi, mais qu'elle seule peut nous expliquer : Vanilas vanitalum, et omnia vanitas... (EccL, I, 2.) Vanité des vanités, tout n'est que vanité. Le monde entier n'est rien, nous l'avons déjà bien compris, parce qu'il est trop petit pour nous et qu'il passe trop vite ; mais la Mort nous l'apprendra mieux encore, et en peu de mots, en nous montrant le néant, les trois néants ou vanités dont se compose le monde, puisque tout ce qu'il y a en ce monde n'est que concupiscence des yeux, de la chair et de la vie, c'est-àdire orgueil, richesse, volupté : autrement, gloire, fortune, plaisir. Eh bien ! c'est la Mort qui nous fait voir la vanité, le néant, le mensonge de tout cela, comme si l'on voyait la terre du haut du

ciel, quam sordet terra cum coelum aspicio ! (Saint

Ign.)

I. Vanité de la gloire d'abord... C'est le premier mot que l'on dira après la mort, quid profuit superbia ! Mais avant môme qu'elle soit venue, à son approche, à son souvenir... on le comprend, et cognovit quia moreretur (I Mac., i, 3), comme cet Alexandre qui était couvert de gloire... et qui, voyant qu'il allait mourir, se prit à pleurer... La Mort fait taire tout bruit de paroles humaines et flatteuses, ou du moins elle empêche qu'on ne puisse les entendre ; on n'en a pas le moindre écho dans la tombe, pas plus qu'en enfer. Et à quoi s'attache-t-elle, la gloire du monde ?... Ce qu'elle a de plus beau, c'est un trône, une couronne, un triompbe. Eh bien ! avec les débris des plus beaux trônes de la terre, cette cruelle Mort, en un jour, elle fait un tombeau. Elle change les couronnes de laurier ou d'or en couronnes de cyprès ou d'immortelles (ju'ellc attache à la croix, ou suspend à une colonne brisée ; et pour dio, le triomphe, c'est un beau convoi. Elle ensevelillcs guerriers vainqueurs dans leur gloire, comme le pauvre dans sa misère, elle lait pourrir les noms ' les plus beaux, les plus enviés. Écoutez donc aujourd'hui même sa parole, cendre et poussière, et voyez de quoi vous pourriez vous glorider en-

core : Quid superbis, terra et cinis ? (Eccl., x, 9.) Les plus fiers et les plus nobles seront obligés de reconnaître la pourriture pour leur mère, putredinidixi : Pater meus es ! (Job, xvii, 14.) Et qu'importe tout ce qu'op pourra dire ou écrire sur ce tombeau ? vous ne verrez, vous n'entendrez rien ! Pour tous, c'est le silence, l'oubli ; et pour les orgueilleux, c'est l'opprobre éternel. Humiliezvous donc sous la main de Dieu et sous l'œil de la Mort ; et si vous voulez absolument de la gloire, méritez celle du ciel.

II. Les richesses de la terre ; l'or, c'est le dieu du monde, mais c'est aussi un de ses plus grands mensonges, falhiciae dwifiarum(MaiU., xni, 22), et la cause de la perte d'une foule d'àmes. Pour les éclairer, la Mort vous fera remarquer, avant tout, que c'est à elle que toutes les richesses appartiennent vraiment, et c'est elle, en effet, qui vous a donné à peu près tout ce que vous avez, après en avoir dépouillé votre père, votre mère. Elle va vous reprendre tout, un de ces jours, et vous ne savez pas bien encore peut-être à qui elle le donnera! Bt haec cujus erunt? Mais ce qui est certain, c'est que vous ne garderez, vous n'emporterez rien, qu'un pauvre linceul dont elle vous aura bientôt dépouillé... Méditez donc bien ces mots, je laisse, adieu... qu'il faudra dire un jour, et si

VOUS êtes riche, divitiae si affluant (Ps. lxi, 11), n'y allacliez pas trop votre cœur, de peur de trop souffrir à l'heure de la séparation... et songez qu'il est difficile de se sauver dans cette condition ; qu'il est impossible de servir à la fois le Dieu du ciel, et l'or, ce dieu de la terre. Non potestis Deo servira et 3] ammonae (Luc. , xvi,13.) Enfin, comme vous l'avez déjà appris dans un conseil de la Mort, tâchez d'amasser quelque chose pour le ciel. Thesaurizate autem vobis thesauros in coe/o (Ma tt., vi, 20), viri divitiarum (Ps. lxxv, 6), hommes d'or, devenez riclies de vertus : Homines divites in virtute (Ecclc, XLiv, 6), et vous serez un jour riches pour l'éternité, divites aeternitatis.

III. La mort enfin vous sauvera de la dernière, de la plus fatale illusion et vanité du monde, le plaisir, la volupté ; hélus ! il y a tant de victimes de ce mensonge. La jeunesse surtout s'y laisse prendre, aussi bien est-ce à elle particulièrement que je voudrais adresser cette leçon de la iMort. Quels sont donc ces vains plaisirs du monde ? Tous sont du domaine direct de la Mort, parce que tous dépendent de la partie la plus vile de l'homme, le corps qu'elle doit frapper et coucher dans une tombe : ainsi les plaisirs de la table, les banquets splendides, les spectacles et les concerts, et les honteux plaisirs, tout cela finira par

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un repas de deuil, le spectacle d'un enterrement superbe, l'harmonie d'un De profundis^ et un lit de fange et de pourriture. Mais quoi ! cela est si vrai, que le nom seul, ou l'image de la Mort, une simple menace suffit pour troubler tous ces faux plaisirs, et en dégoûter aussitôt, parce qu'assurément on ne voudrait pas mourir au milieu de ces joies perfides, et le plus grand bonheur sera un jour de s'en être privé pour l'amour de Dieu et pour le salut. Sentiment vrai, et qui rappelle encore la belle sentence déjà citée ; mais qu'il faut redire et méditer au moins une fois par an dans ce cours religieux : Le plaisir de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans plaisir. Qu'ils sont heureux, en effet, à la mort, les saints religieux qui ont mortifié leur chair, et passé leurs jours dans le jeûne et la chasteté, injejunio, in castitateî (II Cor., vr, 6.) Ils expirent dans la joie, et trouvent la gloire, et les richesses, et les plaisirs éternels dans le ciel.

Conclusion avec l'Apôtre ': Nolite diligere mundum neque ea quae sunt in mundo. (I Joan., ii, 15.) N'aimez pas le monde, ni rien de ce qui est dans le monde, et dites avec Jésus-Christ même : Vae mundo! (Matt., xviii, 7.) Malheur au monde, a ce cruel qui trompe et perd les âmes. Ne des annos luos crudeli ! ne lui donnez pas surtout vos pic-

mières années, les plus belles années de la vie. (Prov. V, 9.)

SEPTIEME LEÇON

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