‹ La science de bien mourirChapitre 25 sur 128 · LE PÉCHÉ · texte numérisé non relu

LE PÉCHÉ

Delicta quis iiitelligit ?

Qui est-ce qui comprend le pe'ché, la malice du péché ?

(Ps. xvm, 13.)

Personne sur la terre, l'ange même des cieiix ne peut dire ce que c'est que le péché, ni en comprendre la malice infinie... infinie, puisqu'il outrage l'infinie majesté de Dieu. Il faudrait ici encore et surtout interroger le ciel et l'enfer, et ils nous répondraient par des larmes ; les anges sont tombés des deux pour un seul péché ; l'enfer est le lieu même du supplice de ces grands coupables de lèse-majesté divine, et il y a dans cet abîme tant de douleurs et tant de désespoirs!... Mais la terre elle-même pourrait aussi nous répondre, en nous montrant une de ses montagnes couverte du sang d'un Dieu... Et pourtant toutes ces voix du ciel, de l'enfer et de la terre en pleurs ne sauraient nous dire et nous fuii-e comprendre ce que c'est que le péché... Delicta guis inteliiyit? C'est

encore toi, ô 3Iort, qui vas nous éclairer. .. Ce sera une de tes plus belles et plus importantes leçons ; tu nous répéteras avec le prophète des ruines : Voyez et comprenez combien il est affreux et amer pour vous, d'avoir abandonné le Seigneur votre Dieu,

Au jour de la mort, dans sa lumière, nous verrons la gravité, la multitude, l'étendue de nos crimes. Hélas ! pendant la vie on se fait illusion, on excuse ses faiblesses, mais à la mort, quel poids ! (;t quels remords !... pendant la vie, on les oublie si facilement,... mais à la mort, quels souvenirs et quels regrets !... pendant la vie, on ne songe même pas aux fautes dont on a pu être la cause et l'occasion, on ne s'en accuse peut-être pas... mais à la mort, quelle lumière et quel désespoir !... On verra : et ces scandales crieront vengeance ! Ce poids entraînera le pécheur aux abîmes.

Enfin, la Mort nous dira ce quec'estquele péché, parce que 1° elle en est le salaire, et 2° l'image.

I Le salaire, stipendia enim peccati mors (Rom., VI, 23.) C'est une vérité de foi, et la parole apostolique mérite bien d'être méditée encore avec quelque attention, quoique déjà nous ayons cité ce texte, dans la définition de la mort. Stipendia ! C'est une ironie, la mort est la récompense, le

salaire du péché. Belle récompense ! salaire magnifique vraiment ! mais enfin Dieu est juste ; il ne peut manquer à cet attribut essentiel de l'équité parfaite ; et par conséquent il récompense <it punit selon le mérite. Voyez donc ce que c'est que la mort, et vous aurez une idée vraie du péché, bien que ce ne soit encore que le premier mot de cette justice, et, si j'ose ainsi dire, un àcompte sur le salaire éternel. Aussi la foi nous apprend qu'il y a deux morts... la première, du temps, la seconde, de l'éternité : deux salaires : stipendia. Il n'est ici question que de la premère mort, et déjà qu'elle est horrible ! Quel affreux salaire ! Quand ce sera notre tour et qu'elle viendra pour nous payer... la Mort! Oh! nous verrons bien autrement sans doute, mais déjà nous pouvons nous en former une idée en contemplant ce triste spectacle de la mort.,, d'un père, d'une mère, ou d'un enfant unique... 3Iais peut-être que vous avez habitué déjà vos yeux et votre cœur à cette scène de douleur ; pensez donc au jour où pour la première fois la Mort est venue en ce monde, et à sa première victime, et vous comprendrez. Gain, ce frère haineux, frappaii Abel, et il ne savait pas ce que c'était que la mort ; pin*sonne ne l'avait encore vue ; il frappait donc, et les larmes et le sang; coulaient... Abcl jetait des

cris, puis, sa voix venant à s'affaiblir, il ne poussa plus que de faibles gémissements et soudain sa plainte cessa, le sang s'arrêta, le visage devint pâle, les yeux fixes... Désolé, interdit, épouvanté, Gain appelle son frère, Abel, Abel !... Pas de réponse ; silence de toute la nature. Ab ! c'est la Mort peut-être, dit le monstre couvert de sang, la mort dont parlent quelquefois nos parents... Il court, en criant avec désespoir, et bientôt il . amène Adam et Eve auprès de leur enfant. Ceuxci à leur tour l'appellent, et le couvrent de larmes.... Ah ! c'est la 3Iort! Oui, c'est la Mort.... disent-ils en poussant des cris d'effroi et de douleur... et ils comprirent ce que c'est que le péché, cause et salaire de la mort... de la mort qui doit ainsi frapper toute leur génération ! et ils pleurèrent jusqu'à la fin de ce jour... et ils craignirent ' la mort jusqu'à la fin de leur vie... Méditez donc ce mot stipendia, vous qui avez si souvent mérité ce terrible salaire, et préparez-vous, car Dieu est juste, vous n'attendrez pas longtemps.

II. La mort est l'image même du péché et nous en révèle les horreurs et les ravages affreux. Ce que la mort fait sur le corps de sa victime, le péché le fait dans l'âme. La mort a pour avant-coureurs les tristes maladies, et l'âme du pécheur est attaquée, minée, affaiblie par des infirmités sem-

blables. Ce sont les passions. Les saints docteurs les comparent, en effet, à toutes ces tristes maladies : la fièvre, la paralysie, la lèpre, etc., febris nostra avaritia est, etc.. Mais c'est de la mort même qu'il faut parler. Lu mort ferme les yeux, les oreilles, glace le cœur, ravit toute liberté; c'est le silence, l'immobilité, l'insensibilité absolue, et elle finit par la pourriture du tombeau : le corps qu'elle a dévoré n'est plus qu'une poussière immonde. Eb bien ! le pécbé ravage ainsi les âmes... Il y en a qui ne voient plus, qui n'entendent plus, sans mouvement et insensibles à tout, esclaves cncliaînés dans la corruption ; leur cœur même n'est plus que de la cendre, cor enim ejus cinis est. (Sap., xv, 10.) Malbeuroux pécheurs, priez du fond de ces abîmes, et vous, justes, priez, priez, pour ces morts : récitez pour eux le cantique du grand deuil, l'hymne des tombeaux. De profundis clamavi ad te. Domine... (Ps. cxxix, 1.) Et Jésus, qui est la résurrection et la vie, entendra cette prière... Il guérira les âmes malades, il ressuscitera les cœurs ! Ah ! profitez de cette grande leçon de la Mort ; préparez-vous à la confession du mois, avec plus de soin et de douleur ; faites un examen de conscience plus sérieux, et un acte de contrition plus vraie, pour obtenir un pardon plus sûr.

HUITIÈME LEÇON

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