‹ La science de bien mourirChapitre 27 sur 128 · LE TEMPS ET L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

LE TEMPS ET L'ÉTERNITÉ

Numquid tcnipus vobis est ?

Est-ce que le temps est à vous ?

(Agg., I. 4.)

On serait tenté de croire vraiment que les hommes ont du temps, qu'ils sont maîtres de la vie et de la mort. La plupart perdent le temps et il y en a môme qui le fuenf, comme s'il leur appartenait. Or Dieu seul a du temps, parce qu'il est éternel, et la Mort aussi, parce qu'elle est toujours sûre d'arriver ; mais nous, peut-être que nous n'en aurons pas, quand nous en aurions le plus grand besoin, et que l'éternité commencera pour nous dans les larmes et le désespoir.

Nous allons interroger la 3Iort pour apprendre ce que c'est que le temps et l'éternité.

L Le temps, c'est la mesure de ce qui passe ; le temps est à l'immobile étei'uité ce que l'espace, un point dans l'espace, est à riulîui. Le temps biit avec une rapidité effrayante, et pour ne pas revenir : Fugit irreparabile fempus. Tempus cnim brcvf^ est (I Cor., vii, 29), dit l'Apôtre, et sa parole a déjà été expliquée dans la leçon sur la vie humaine, et Id question de ce triste pèlerinage.,. Attachons-

lie COURS DE LA BONNE MORT.

nous aujourd'hui à méditer la sentence d'un poëte païen, mais qu'on pourrait croire divinement inspiré :

Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus.

Intereaî... pendant que les malheureux pécheurs et les mondains se livrent au plaisir ou à ce vain travail des affaires, le temps, les jours, les années passent, et il va venir une dernière année, un dernier jour, une dernière heure, et alors comme leurs pensées changeront, quand il n'y aura plus de temps ! Quels regrets d'avoir donné tout ce qu'ils en avaient à ces misères, ou de l'avoir perdu dans ces plaisirs frivoles et dangereux !

Interea!... Cependant Dieu parlait à l'àme, il rappelait le pécheur et lui offrait son pardon; il frappait à la porte de son cœur; tantôt il y plongeait son glaive, ou bien il y jetait une de ses flèches pour y faire la blessure salutaire du remords, et tantôt il lui parlait avec douceur, et sa voix paternelle s'efforçait de ramener cet enfant égaré et

malheureux Quel désespoir, quand, la Mort

arrivant soudain, il n'y aura plus de grâce ni de pardon, quand on n'aura plus le temps de le demander! Quels regrets, quand on verra que c'était si facile, et que c'est fini pour toujours ! Le temps a passé et Dieu ausrbi. Je crains Dieu, je

crains Jésus, quand il passe, dit un grand docteur; oui, car si yous ne profitez pas de sa visite, il ne reviendra plus! Timeo Je&vm transeuntem..., elle voilà qui passe tout près de vous, dans cette lumière ; arrêtez-le donc, priez-le de vous sauver.

II. 3Iais, le but principal de cette leçon étant de montrer la dilïerence du temps et de l'éternité, ou plutôt de nos pensées, de nos sentiments à ces deux époques de la vie, et la mort n'étant, à proprement parler, que la transition de l'une à l'autre, le passage du temps à l'éternité, examinons à cet instant solennel, décisif, ce que nous penserons réellement. Nous sommes bien avertis cependant, mais quelle différence, ô mon Dieu! Voyez donc ce que vous pensez aujourd'hui, et voyez ce que vous penserez demain :

1» De Dieu même. On l'oublie, on l'outrage; c'est de l'indifférence ou du mépris Aujourd'hui on vit sans lui, on ne lui parle presque jamais ; il est inconnu à un grand nombre, iynofo Deo! c'est l'abandon de la prière ; on lui préfère l'or de la terre, ou de honteuses passions, quorum

Deus venter cft (Phil., m, 19;) mais un jour,

demain, ([uand la Mort nous dira que ce Dieu est près, tout près, à la porte, prope est <n januis (Luc, xxi, 31), comme il apparaîtra grand et juste à notre esprit effrayé..., à notre cœur in/idèle et

l-iS COURS DE LA BONNE MORT.

ingrat' On voudrait bien revenir à lui, commencer à le servir, et il n'y aura plus de temps.

2" De notre âme. Il y en a tant qui n'y pensent pas ; il y en a même qui sont ennemis de leur âme, hostes sunt animae suae (ToL., xii, 10); d'autres qui la vendent pour rien, et d'autres qui la perdent en riant. Mais alors, quand la Mort viendra pour les faire passer de cette vie du temps à celle de l'éternité, quand ils toucherontàlalimite, et qu'ils verront la rive profonde, la porte immense de l'éternité, quels regrets! Ils voudront alors sauver leur âme, et ils n'auront plus de temps, ce sera trop tard...

3° De notre corps. Aujourd'hui tant de soins, on ne s'occupe que de lui; on va jusqu'à mettre l'âme sous ses pieds, me autem projecisti post corpus tuum (III Reg., XIV, 9), on ne cherche qu'à éviter la douleur, à goûter le repos, le plaisir ; et demain, quand on verra ce corps, déjà tout défait par la souffrance et la maladie, prêt à être dévoré par la pourriture, pour être consumé ensuite dans les ardeurs d'un feu éternel, quels regrets ! quelle honte ! Ils voudraient bien changer ; ah! s'ils pouvaient faire quelque pénitence au moins ! Mais, tempus non erit amplius (Apoc, x, 6) ; il n'y a plus de temps, c'est trop tard!

4° De ce monde et de toutes ses vanités, nous

DEUXIEME ANNEE. iV)

en avons déjà dit un mot. Mais qu'est-ce qu'on pensera de ses maximes si contraires à l'Évangile de Jésus-Christ, et de cette làciielé du respect humain qui fait que des chrétiens ont plus peur des hommes et des jugements de la terre, que de Dieu et de ses jugements éternels ? Comme on verra les mensonges de ce monde perfide ! comme on rougira de cette folie ! oli ! comme on voudrait pouvoir clianger! oh! si l'on pouvait recommencer sa vie ! Si seulement on avait encore quelques années... mais il n'y aura plus même un

joui' C'est trop tard ! l'empus non erit amplius.

Voilà une grande leçon de la Mort. Elle se résume en peu de mots; elle est même comme une analyse et une répétition des helles et saintes vérités qu'elle nous avait révélées jusqu'à présent. Placée sur la limite du temps et de l'éternité, elle éclaiie tout de son flaniheau, et, dans celte lumière, demandez-vous aujourd'hui même ce que vous pensez de Dieu et de sa grâce, de votre àme et de votre corps, du temps cl de l'éternilé, du monde enfin ; et, avant qu'elle vous fasse signe de franchir la limite et de passer de ce côté de l'éternité, pendant que vous avez encore un peu de tcaips, mettez ordre à votre vie, pleurez vos péchés, profilez de ces dernières grâces pour vous convertir, et ne remettez pas même à demain ; demain, peut-

iSO COURS DE LA BONNE MORT.

être, il ne serait plus temps, tempus non erit am-

pliusl car enfin, vous n'en avez pas à vous

Vous n'avez pas un jour d'assuré, pas même une heure, numquid vobis est?

DIXIÈME LEÇON

qu'attendez-yous donc?

Et nunc quid moraris ?

Qu'aUendez-vous doue ?

(Act., XXII, 16.)

Déjà bien des fois, dans le cours de ces leçons religieuses, la kimière a brillé ; la voix de Dieu s'est fait entendre au cœur; les questions, les réponses de la Mort ont porté la vérité jusqu'au fond de l'àme, et la grâce de Dieu vous appelle, sa charité vous presse... Avez-vous suivi cette lumière? avez-vous répondu? Qu'attendez-vous? voyons, giad moraris?... quand mettrez-vous fin à ces irrésolutions? Je vais vous prouver, ou plutôt la 3Iort va vous prouver que vous n'avez pas une seule bonne raison pour attendre encore, et qu'il faut absolument vous rendre, vous convertir aujourd'hui ; elle va parler à votre esprit d'abord, puis à votre cœur.

I A votre esprit, un mot pour réfuter toutes ces mauvaises raisons que les pécheurs mettent en avant pour différer leur conversion. 1° Ils commencent d'ordinaire par vous répondre , quand on les presse : — Je n'ai pas besoin de me convertir, moi. 3Iais la Mort vous prouvera tout de suite que vous en avez ^n-and l)esoin... Interrogez plutôt votre passé : que de misères, que de fautes et quels ravages ! Vous n'avez rien, ou presque rien fait pour votre Dieu, pour votre âme, pour votre éternité, nihil cepimus! Votre présent; vous êtes si faible, si fragile, si inconstant; el votre avenir : tant d'ennemis encore, et, si vous le vouliez, tant de mérites ! Étcs-vous donc tout prêt à mourir? n'auriez- vous rien à faire, si c'était aujourd'hui ou demain ?iV/sî conversi fuistis, gladium suurn vibrabit. (Ps. vii, \'d.)

2° Mais je ne puis pas me corivcrlir ! La Mort répond encore et vous démontre que vous le pouvez. Voyons, qu'est-ce qui vous manque? Estce la lumière? Est-ce la grâce de Dieu? il vous

presse avec tant d'amour Et puis, quand pour-

rcz-vous, si vous ne pouvez pas maintenant? Allons donc, courage et coniiance! le ciel vous aidera. Enfin, pourquoi ne pourricz-vous pas ce (|uo tant d'autres ont bien pu et peuvent encore? Non poteris quoi isti et islae? (S. Aug.) Ktcs-vouf.

donc perdu tout à fait, damné? Oh! non, vous voyez bien que Dieu vous aime! Vous pourriez vous convertir, si vous le vouliez.

3° Mais c'est si difficile! c'est trop difficile! je suis jeune encore, j'ai des passions, le monde me plaît, ses plaisirs m'enchantent et je suis enchaîné; vraiment, c'est impossible. La Mort vous répondra : Mais quand ce serait difficile, il le faut. Unum est necessarium. Quid prodest? quid hoc ad aeternitatem ? L'enfer, l'éternité : voilà deux mots qui répondent à tout. Et puis, ce n'est pas si difficile que vous le pensez. Il suffit de vouloir : Si vis. Dieu est un meilleur maître que vous ne croyez, c'est un père. Jésus-Christ n'est pas si exigeant que le monde, et il est plus facile de le servir et de se sauver, que de se perdre en servant son ennemi. Il l'a dit : «Mon joug est doux, mon fardeur léger, o Ses amis l'ont reconnu et public ; ils vivent dans la paix, fespérance et le bonheur, tandis que les pécheurs se perdent dans des sentiers difficiles, et marchent avec peine et terreur dans la nuit. Voyons, avez-vous été heureux dans le péché, loin de Dieu/* parlez!

4° Mais qu'est-ce qu'on dirait de moi? La 3Iort vous répondra • Qu'importe! si Dieu est content avec ses anges, iaissez dire le monde et les pécheurs; appelez-en à son tribunal de ces Aains

jugcmenls des hommes, qui ne pourraieul vous défendre contre la sentence de ce grand Dieu. Étcs-Yous libre ou esclave ? Et si les hommes veulent que vous alHez en enfer, irez-vous donc pour leur plaire ? — Mais enfin, qu'est-ce qu'on dira ? — On dira que vous avez ])ien fait, et ceux mè^ mes qui n'auront pas le courage de vous imiter ne pourront s'empêciier de vous admiici'.

5° Eh bien! je me convertirai, mais plus tard ; -ne me pressez pas tant, je vous le promets, plus tard. Ah ! c'est ici que la Mort vous répondrait en riant, la perfide : Quand donc ? plus tard? — trop tard! il ne sera plus temps. Avez- vous fait un pacte avec moi? Pourrez-vous encore, voudrezvous même vous convertir ce jour-là, quand je viendrai?,., je vous en avertis, vous ne le pourrez plus ; le temps, les moyens, la volonté même, vous manqueront, car je viendrai sans vous prévenir. Pauvi-e pécheur, si vous saviez combien se sont pei'dus par ces mots : plus tard! Et puis, voulez-vousdonc persévérer ainsi à offenser Dieu, dans l'espoir qu'il vous pardonnera? Il vous a promis sa miséricorde, il vous l'offre aujourd'hui, ce pardon, mais il n'a rien promis pour demain. Plus lard! et vous allez ainsi continuer à vivre dans le remords et la crainte? Non, non, c'est aujuuid'iiuimème qu'il faut vous convertir. Et vous

vivrez, et vous direz comme tant d'autres : Que j'étais donc insensé et malheureux loin de vous, 0 mon Dieu, ô mon père ! Dixi : nunc coepi

(Ps. LXXVI, 41.)

II. Un mot, un seul mot au cœur pour le toucher. Rêver tere ! revenez, pauvres pécheurs. Dieu vous attend, il vous appelle, il vous presse. Il va vous pardonner et vous combler des marques de sa tendresse. Oh ! si vous saviez comme il est bon ! c'est le Bon Pasteur qui court après sa brebis infidèle, et qui, triomphant d'amour, va la rapporter au bercail. C'est le père de l'enfant prodigue. Il pleure, il regarde si cet enfant ingrat ne reviendra pas enfin Il va, il court au-devant de lui,

et, n'en pouvant plus de joie et d'amour, il le couvre de ses larmes et pardonne. Revertere... Revenez, pauvres pécheurs ; vous voyez bien que toutes ces mauvaises raisons que vous alléguiez se réduisent à deux mots : Je ne puis pas, je ne veux pas ; et vous n'oseriez pas les répéter à la vue de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou de son tabernacle; il vous appelle, il va vous pardonner... Reverl^re...

Finir par une prière fervente; soit un acte de contrition, soit la paraphrase de quelque texte touchant de l'Ecriture. Miserere mei, Deus (Ps. l, 1), Domine, non secundwn peccata (Ps. en, 10', Ne memineris (Is., xuii, 18).

DEUXIÈME ANNÉE. i33

ONZIÈiME LEÇON

qu'est-ce qu'il faut faire?

Q»\fl faciendo vitam aeternam habebof Qu'est-ce qu'il faut faire pour ;ivoir la vie éternelle ?

(Luc, X, 23.)

Je suis fait pour l'éternité, je marche vers mon éternité, je vais arriver bientôt, mais quand ? je l'ignore. Età quelle éternité ?monDieu!... Éclairé par ces grandes questions proposées et résolues par la 3Iort, je veux aujourd'hui l'interroger à mon tour. Je lui demande avec anxiété et terreur ce qu'il faut faire enfin pour éviter de perdre mon àme, pour me sauver, quid faciendo? Rien de plus net, de plus précis que la réponse à cette question : Déclina à malo et fac fjonum(l*^.\x\\i, 27). Éviter le mal, le péché, faire le bien, hoc fac et vives (Luc, X, 28); mais, comme déjà dans une leçon précédente nous avons appris à fuir le péché, il ne nous reste plus que la seconde partie à examiner aujourd'hui, et nous allons exposer les conditions de la vie présente, pour nous assurer le l)onheur de la vie éternelle.

L // f(nil prier, c'est la condition même de la grâce divine, et prier sans cesse : Oportet semper

orare (Luc, xviii, i). Sans la prière, nous ne pouvons espérer le secours du ciel, et sans ce seconrs, environnes de tant d'ennemis cruels et perfides, comment pourrions-nous éviter de tomber entre leurs mains, et de périr sous leurs coups ? Tout prie dans la nature, dans le ciel et sur la terre ; tout prie de reconnaissance et d'amour, de douleur et de crainte ; et c'est la fin même de la création. L'homme surtout prie aussi naturellement qu'il pleure; on le voit partout, on l'a toujours vu prier. Et il serait bien coupable, celui qui refuserait à Dieu cet hommage ; il serait bien insensé, il serait horriblement ingrat ; et cependant combien de ces cœurs muets dans le monde ! Combien même qui refusent à leur Dieu la prière obligée du saint jour, la prière du saciifice de Jésus- Christ qui est offert pour les vivants et pour les morts! Au pied de ses autels, ils prieraient avec et par cette grande Victime, et seraient ainsi sûrs d'être exaucés. Il faut prier; hélas! et qu'elle est rare depuis longtemps, la prière de famille, la prière si douce et si puissante, le soir; quand le père et la mère demandent avec les petits enfants les bénédictions du Seigneur, pour vivre dans sa grâce et mourir dans son amour! — Il faut prier; qu'elle est rare surtout, la prière humble et confiante, la seule qui soit efficace, et qui touche le

cœur tic Dieu ! — Il faut prier ; mais je recommanderai surtout ici à nos associés la prière au Cœur de Jésus, la prière à Marie, comme gage du salut et d'une Bonne Mort... la prière au saint Ange gardien; la prière enfin pour les associés malades et les mourants, afin qu'un jour aussi on prie pour nous.

II. Il faut travailler... Prier, c'est bien; travailler, c'est mieux encore pour une vie sainte, pour une sainte mort; car c'est la loi de Dieu. C'est la pénitence vraie, l'expiation du mal, c'est l'action des vertus... Et celui qui travaille prie, qui laborat, orat (saint Aug.), paroles dont quelques ignorants ont voulu abuser... Mais vous comprenez, vous, qu'il faut travailler pour Dieu, en union avec Jésus-Clirist. Vous pourrez même travailler directement pour lui, pour ses Eglises, ou pour ses pauvres, et ce sera encore un moyen plus sur de salut, un gage de mort douce et bieiilieureuse. Que jamais l'ennemi de votre âme ne vous trouve oisif, car il vous apprendrait aussitôt le mal, et s'emparerait d'elle, comme d'une place sans défense. Craignez encore plus de travailler le samt jour du dimancbe, et de scandaliser les enfants de Dieu par la violation de ce préceptfc sacré. Souvent ce crime a attiré la vengeance éclalanle et publi(iue d'une mort terrible. Si vous priez lidè-

lemenl, si vous travaillez saintement jusqu'à la mort, elle sera pour vous douce et glorieuse, c'est la mort des saints.

m. // faut souffrir, c'est encore plus parfait; souffrir, c'est divin... oui, c'est une action divine en nous, et nous n'avons qu'à nous incliner et à nous soumettre pour coopérer à cette grâce. C'est alors que l'àme prie, que le cœur travaille, et que l'on court, ou plutôt que l'on vole, par la patience, au repos, au bonheur du ciel. Or tous, par un dessein particulier de la bonté divine, nous aurons à souffrir... toujours et jusqu'à la mort. // faut donc bien souffrir pour mourir, disait un de nos plus saints et illustres associés, monseigneur Morlot, archevêque de Paris. Oui, sans doute, et il n'y a dans cette triste vie que peines d'esprit, chagrins de cœur, maladies cruelles, qui se terminent par la mort môme. Cette vallée de larmes en est toute pleine ; et les amis de Dieu semblent destinés à souffrir plus que tous les autres.. Mais aussi quels mérites, quelles grâces, s'ils sont unis à Jésus-Christ, crucifiés avec lui, s'ils souffrent par amour pour lui ! Non-seulement ils ne se plaignent pas, ne murmurent pas; mais ils sont dans la paix de l'amertume, dans l'abandon de l'espérance; ils vont jusqu'à l'ivresse de la croix, jusqu'aux transports de l'amour dans la moj-t. La

souffranceja croix, étant pour eux autant de traits de ressemblance avec leur Dieu, la croix étant le signe même de salut, ils mourront avec joie, sachant qu'il faut frapper au ciel avec une croix, et que la gloire môme et le bonheur éternels seront en proportion des tribulations de la vie. Ainsi courage et confiance, ô vous qui souffrez! vous êtes dans le chemin. Vous ne pouvez vous perdre tant que vous voyez la croix; c'est elle qui indique la roule du ciel; qu'elle soit à votre main comme le bâton du pèlerinage, sur votre cœur comme un bouclier; c'est le signe de la victoire, l'espérance certaine du salut, le gage d'une Bonne Mort.

Priez, travaillez, souffrez ; aimez, c'est tout, en un mot, car qui aime, prie et souffre ; et l'amour est plus fort que la mort.

Terminer cette leçon par un acte d'amour de Dieu.

DOUZIÈME LEÇON

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