QUELLE SERA LA FIN
Quid ergo erit nobis ?
Etijour nous qu'est-ce qu'il y aura?
(Mal., xix, 27.)
Nous allons terminer nos séries de questions par celle demande capitale, et qui nous intéresse
au dernier point. Assurément la Mort aurait pu nous proposer bien d'autres questions encore; nous-mêmes nous aurions pu lui en adresser une foule ; elle aurait répondu à tout avec vérité. Enfants de la 3Iort, nous pouvons l'interroger sans cesse, et elle nous apprendra une multitude de choses intéressantes, importantes ; vos docebit omnia (Joan., xiv, 26). Elle seule est capable d'enseigner toutes vérités, docebit vos omnem veintatem (Joan., XVI, 13), et de résoudre les plus grands problèmes de cette vie. Par exemple, pourquoi il y a tant de misères ici-bas et pourquoi vivent les impies? Quare impii vivunt? et môme pourquoi ils sont si souvent heureux sur cette terre ? et quare via impiorum prosperatur (Jer., XH, 1) ? Il n'y a que la Mort qui explique bien tout cela, etc.. Mais il faut nous borner. Il suffirait d'ailleurs d'une seule réponse de la ftlort, bien comprise, pour régler et sanctifier notre vie. Je vous conseille donc de prendre cette habitude de la consulter sans cesse, de l'interroger, mais surtout dans les grandes affaires, les résolutions graves : et elle vous répondra toujours. 0 Mors, bonum est j udicium tuum (Eccli., XL, 3). C'est une des règles d'élection posée par saint Ignace, dans son livre admirable des Exercices : Que voudrais-je avoir fait à l'heure de la mort? Ainsi elle n'a jamais conseillé à per-
sonne de se faire protestant, jamais! et au contraire, elle conseille tous les jours à plusieurs de se faire catholiques. On ne se fait pas protestant à la mort ! ni scliismatiqiie, ni philosophe, ni... Oh! si on lui demandait!... Quelle lumière dans la vie des hommes !
Reprenons donc cette dernière question. Quid erfjo erit nobis? Qu'est-ce qu'il y aura pour nous /... quelle sera la fin?
Jésus-Christ a répondu à ses disciples : Vous qui avez toutquitté,vousaurez en ce mondele honheur, leccntupleetla vie éternelledansrautre,cen/<//>/«j« accipietet vitam aeternampossidebit (Matt., xix,29), et vous jugerez la terre avec moi. Aux autres, à ses fidèles serviteurs, à tous les chrétiens, il dit : Je suis la résurrection et Ja vie. Ego sum resurrectio? ivita (Joan., xi,25). Il nous apprend à vaincre par ^a foi, le inonde, l'enfer, la Mort même, et il nous a promis le ciel si nous comhattons selon sa loi, si nous persévérons dans son amour. Non coronatur nisi légitime cerlaverit (II Tim., ii, o). Qui persettraverit usque in (înem, hic salvus erit (Matt., X, 2:2;. Voilà la fin qui nous est assurée, le salut, le ciel !... Maisy arriverons-nous ? Sommesnous dans la route? C'est la question... Et, sur ce point capital, la Mort seule pourra hicn répondre. Donc ;
1° Un mot sur la promesse de cet avenir certain, si nous sommes fidèles; 2° un examen sur notre vie, pour voir si nous sommes dans les conditions.
I. La fin, la destinée, c'est le ciel. Jésus-Christ l'a promis, c'est la vie éternelle, c'est-à-dire le repos, la paix, après les combats et les travaux de la terre; la patrie après l'exil ; le port après la tempête... Là, il n'y aura plus de larmes, plus de douleurs, plus de mort... mais un bonheur parfait, infini, éternel. Le ciel, c'est le séjour de la lumière, de l'amour... C'est la vie de gloire, c'est la plénitude des richesses, le torrent des plaisirs les plus purs. Le ciel, c'est la vue, la possession, l'amour éternel de Dieu qui se donne à nous, qui vit en nous; la vue de Dieu tel qu'il est, qui ravit les âmes ; la possession de Dieu qui les remplit et les comble, l'amour de Dieu qui les embrase et les transforme! mais Jésus-Christ a dit encore : Je suis la résurrection et la vie ; et l'Apôtre assure du Sauveur qu'il était le premier-né des morts... Donc, à son exemple, nous aussi, nous devons un |Our ressusciter et sortir du tombeau, c'est le dernier mot de la réponse de la Mort à notre question et la dernière parole du symbole sacré de la foi : Garnis resurrectionem et vitam aetemam. Ainsi notre corps ne doit pas toujours rester dans la
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poussière ; il se lèvera dans la gloire pour la vie éternelle. C'est juste, et ce désir est dans tous les cœurs, cfîtle espérance est dans le sein de tous les hommes... Mais dès lors quel bonheur de voir, de nos yeux, Dieu même, et Jésus, et sa Mère, et l'ordre admirable de la sainte Sion ! Quel bonheur d'entendre le cantique éternel des Anges et des Vierges pures! mais surtout quels transports, quelles délices pour notre cœur d'aimer! Ah ! si, sur cette terre d'exil, ce sentiment d'amour divin a ravi si doucement l'àme des saints, d'un Xavier, par exemple, d'une Thérèse, et de tant d'autres, que sera-ce donc dans le ciel, et pour rétornité! 0 quand 0 lucescet tuus qui nescit occasiim dies !... Oh ! quand viendra ce beau jour ! oh ! qui nous donnera des ailes, quis dabil mihi pennas ! (Ps. liv, 7.) C'est la Mort, la Mort seule, qui met un terme à l'exil, et qui peut nous ouvrir les cieux!
II. Mais voyez si vous êtes dans les conditions de celte vie de bonheur ; c'est là la question principale et qui vous intéresse le plus. Car enfin, si tous sont appelés, tous ne sont pas fidèles, tous ne sont pas élus; et si tous doivent ressusciter, tous ne ressusciteront pas pour la gloire ; il y en a qui ne changeront pas. Voyez, dans la lumière de cette pensée de la Mort, les raisons que vous avez de
craindre, et les raisons que vous pouvez avoir encore d'espérer.
1° N'avez-vous pas à craindre, vous qui êtes si infidèle à vos promesses du baptême, et qui aimez tant le monde ? Ne savcz-vous pas que, pour monter au ciel, il faut suivre une route difficile et toute de sacrifices ; que c'est une conquête à faire, et que rien d'impur ne pourra jamais y entrer ? Y songez-vous donc, vous qui aimez tant les plaisirs ? Rappelez-vous seulement quelques-unes de ces paroles saintes, et vous verrez. Contendite intrare (Luc, xni, 24)... Violenti rapiunt illud (Matt,, xi, 21). Si poenitentiam non egeritis (Luc, xni, o).,.. Nisi efficiamini sicut parvuli (Matt., xvni, 3). Non intrabit in eam aliqucd coinquinatum (Apoc, xxi, 27). Eli bien ! faitesvous des efforts constants pour arriver ? quelle violence vous faites-vous ? où sont vos victoires ?.. . vos sacrifices et vos fruits de pénitence ?...Êtesvous humble ? êtes-vous pur ? Et qu'avez -vous fait de tant de grâces? N'avez-vous pas lieu de craindre, de trembler? Hàtez-vous donc de réparer le passé, de racheter le temps perdu, et désormais combattez fidèle à vos promesses, tidèle à la grâce du Seigneur, pour arriver à sa gloire.
2'' 31ais aussi que de raisons d'espérer ! Oui, vous irez au ciel. Dieu vous y appelle ; il vous a
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créé pour ce bonheur. Jésus-Christ a été vous y préparer une place : il y en a une pour vous ; et quelles preuves il vous donne sans cesse de sa volonté miséricordieuse ! tant de grâces spéciales, grâces de choix et de prédilection... Vous le verrez, en parcourant les principales époques de votre vie, toutes ces faveurs sont autant de gages de votre bonheur éternel, de votre prédestination à la gloire, si vous le voulez, si vis.
Mais je ne veux pas ici d'autres preuves de cette élection divine, que votre vocation même à notre Association où vous trouverez, comme les autres, tant de secours pour obtenir une bonne, une sainte Mort, et par conséquent pour arriver un jour à la couronne des cieux. Tant de prières ferventes sont et seront faites pour vous, que Dieu en sera touché; et, dans la maladie, vous aurez des grâces de force et de patience: à la mort, vous trouverez des grâces de résignation, d'espérance, de paix et d'amour, et, après la mort, des secours et des indulgences qui vous ouvriront le ciel.
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