LES MALADES
Incipiebat niori.
Il commençait à mourir.
(Joan., IT, 47.)
Nous entrons dans la seconde partie de ce cours religieux de la Bonne Mort, et dans une nouvelle série de leçons importantes et essentiellement pratiques. Désormais, ce sont des instructions tout à fait spéciales pour apprendre à sanctifier la maladie et la mort, non-seulement pour nous, mais aussi pour les autres, lorsque nous serons
appelés auprès d'eux. Nous donnerons des règles de conduite Lien simples et qui pourront servir à tout le monde.
La maladie étant l'avant-coureur de la mort, il convenait de commencer par une étude sérieuse sur ce sujet. Avez-vous remarqué le texte de cette première leçon : Incipiebat mori? Quelle parole, commencer à mourir !... mais l'entant qui vient de naître commence aussi..., et vous, il y a longtemps que vous avez commencé..., n'aurez- vous pas bientôt fini ? La maladie n'est à proprement parler qu'un avertissement, un signe qu'on pourrait bien approcher de la fin, et l'Apôtre s'exprime encore d'une manière plus juste et plus frappante quand il dit qu'il meurt..., que chaque jour il meurt, quotidie morior (I Cor., xv, 31), la vie n'étant que cela, une mort en train, une mort commencée : Quaedam pi-olixitas mords. .. (S.Grég.) Apprenez donc et commencez bien dès ce joui", pour bien finir ; c'est précisément là toute notre étude, la science de la Bonne iMort.
Mais revenons à la maladie.
L Si vous êtes malade, vous, quelle doit être votre conduite: i° Quid vitandum? D'almvdyous aurez soin d'éviter la plainte, le murmure, vous souvenant que la maladie est un don de Dieu, aussi bien que la santé. Vous pouvez cependant
prier Dieu d'éloigner de vous ce calice amer et dire avec Jésus-Christ : Transeat à me calix iste (Matt., XXVI, 39), mais ne manquez pas d'ajouter comme lui : fiât ! que votre volonté pourtant se fasse, ô mon Père, et non pas la mienne. Ensuite vous éviterez le découragement, l'ennui, l'abattement, l'impatience, le désespoir surtout, c'est le moment de l'épreuve ou de la tentation ; l'ennemi des âmes est là, au chevet de la souffrance, pour s'efforcer de les tuer par la tristesse, et de les perdre par le désespoir ; résistez avec force par la foi, elpour triompher plus facilement de ses efforts, allez contre^ comme dit Saint Ignace ; oportet ire contra, c'est-à-dire portez votre âme à la confiance, à la joie par des chants sacrés, par la vue même du ciel pur, ou des fleurs de la terre... vous souvenant que, si la tristesse tue, l'espérance est la vie même, f^pe vivit homo, et, pour éviter tous ces dangers et ces fautes, vous prendrez les moyens que nous allons indiquer.
îâ" Quid ai/endum. Prier, sans contention, sans effort, sans scrupule enfin, mais par un regard, un soupir, un mot du cœur : un regard au ciel ou sur la Croix : un acte de douleur ou d'amour, de soumission surtout, fiât !... itapater. On vous fera quelques lectures pieuses, peu à la fois, mais dans les livres de choix, et le plus ordinaire-
ment clans l'Évangile, la Passion de Jésiis-Christ, quelques versets des Psaumes, l'Imitation ou une Vie de saint. Je vous conseillerai encore, dans rinlêrêt de votre santé môme, autant que dans le désir de votre salut, de terminer vos affaires prornptément, si vous ne l'aviez pas fait avant la maladie : la paix, le calme, qui sont le fruit et le résultat de l'accomplissement de ce devoir, opérant toujours une réaction salutaire, et j'en ai vu qui ont été guéris dès ce moment. Mais si cela est vrai, que dire de l'efficacité desSacraments dans ce double but de la santé et du salut ! Cela n'est pas seulement un fait acquis et prouvé par l'expérience, c'est une vérité de foi. Je vous prie donc de prendre la résolution de ne pas recevoir plus de trois visites de votre médecin, sans appeler le père de votre âme, et dans bien des circonstances, ce serait mieux de se conformer à l'usage des pays vraiment catholiques, de ne lecourir au médecin qu'après avoir vu le prêtre^ Enfin obéissez bien à l'un et à l'autre.
II. Si vous êtes appelé auprès des malades, il est évident que bien des choses, qui ont été dites pour vous, devront trouver ici leur application. Mais, en suivant le même ordre, et la méthode de saint Thomas d'Aquin, je dirai d'abord en peu de mots: 1" Quid vitandum, ce qu'il faut (''\iter:
l'impatience, les dégoûts, les vaines inquiétudes, les empressements d'un zèle indiscret : c'est ici surtout que la patience arrive sûrement au but, à la perfection même.... patientia autem perfectum opus hobet. (S. Jac, i, 4.) Si vous parlez auprès d'un malade qui souffre, que ce soit à voix basse et en peu de mots, et toujours de choses utiles ou agréables : craignez de le fatiguer, de l'impatienter surtout. Rien ne tourmente plus les malades que de parler devant eux, sans qu'ils puissent entendre ce que l'on dit; ils s'imaginent qu'on parle d'eux et du danger qu'ils courent. S'il y avait un danger réel, évitez d'en parler, même à voix basse, car souvent ils entendent bien mieux qu'on ne se l'imagine, et ils se troublent, s'agitent et se désespèrent.
2" Quid agendum. Ce qu'il faut faire : la charité, votre foi, votre amour, ne manqueront pas de vous l'inspirer. Donnons pourtant encore quelques avis. Il faut veiller avec soin à la plus grande propreté dans la chambre et autour du malade, à l'ordre, au silence, à l'exacte observation des prescriptions et ordonnances médicales. Prévenir les désirs, connaître les goûts, et par mille moyens adoucir une souffrance. Prier, lire, comme il a été dit plus haut, amener doucement et avec précautions un malade à désirer, à de-
TROISIÈME ANNÉE. lli
mander de bonne heure les secours delà religion. Que dirai-je ? en un mot, aimer ! Souffrez avec celui qui souffre, guis infirmatur, et ego non infî?'mor ? (Cor., xxu, 9) et tout sera Lien. Voyez une mère auprès de son enfant ; et pour vous la foi vous dira : C'est Jésus-Christ. Oui, c'est lui, infirmus eram et visitastis me (Malt., .\xv, 36). 11 s'en souviendra bien au grand jour.
Enfin, j'inviterai nos associés, quand ils savent que quelqu'un est malade, à le faire entrer dans notre association, s'il n'en faisait pas encore partie; et, dans le cas où il serait, déjà inscrit, nous les prions de ne pas oublier de prévenir le P. Directeur, afin que les prières de tous lui soient appliquées. Tant de grâces déjà ont été obtenues à la suite de ces recommandations, que nous ne saurions trop le répéter ; et c'est un devoir de mutuelle charité pour tous les membres de la confrérie.
DEUXIÈME LEÇON