‹ La science de bien mourirChapitre 30 sur 128 · LES AGONISANTS · texte numérisé non relu

LES AGONISANTS

Beati moi\iii qui in Domino nioriuntiir.

Heureux eeux qui meurent dans le Seigneur.

(Apoc, x!r, 13.)

Nous avons donné une instruction et des règles

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pratiques, pour la manière de se conduire dans la maladie, auprès de ceux qui commencent à mourir. Aujourd'hui nous parlons de ceux qui fuiissent, ou qui meurent, qui moriuntur ... Aq ceux qui luttent dans ce moment suprême et sur le seuil de l'éternité, des agonisants en un mot; et ce mot (àywv) dit tout, c'est la lutte dernière, le combat décisif... Ah ! ce monde est un champ de bataille immense ! et quand on pense que tous les jours, de compte «fait, il y en a plus de trente mille qui tombent frappés par la Mort, plus de douze cents par heure qui succombent dans le combat, qui ne serait touché de compassion, mais surtout qui pourrait s'empêcher de pleurer en considérant cette grande armée, et en songeant que parmi toutes ces victimes, il n'y a pas beaucoup de bonnes morts !...

Le but de cette leçon est d'apprendre :

1° Comment on peut aider de loin ceux qui meurent ;

2° Comment on doit les aider de près. Sujet important pour le salut de beaucoup d'àmes.

I.Et d'abord comment pouvons-nous venir en aide à ceux qui meurent loin de nous? Il y en a tant, et on n'y pense pas. Dans cette grande cité, à Paris, j'ai vu mourir dans les plus horribles angoisses, et au-dessous on dansait!... Les gémis-

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semenls de la douleur, les plaintes de l'agonie, le râle de la mort, se mêlaient au son de l'harmonie, au bruit cadencé d'un galop infernal ! Au moins, dans les pays de foi, et dans quelques villes de province encore, on est averti : le glas de la mort sonne lentement, et, dans nos campagnes surtout, la cloche tinte tristement à cette heure de la mort, et l'on prie pour cette âme en danger, comme on dit... Il y avait autrefois de pieuses confréries instituées en faveur des pauvres agonisants, et à toute heure du jour et de la nuit, des frères désignés priaient au pied des autels, et passaient des heures entières dans ces veilles saintes, demandant à Dieu la victoire pour ceux de leurs frères qui luttaient à la mort contre l'enfer, et c'est aussi la tin principale de notre petite association, obtenir pour nous et pour nos frères la grâce d'une Bonne Mort. Au moins, ne manquons jamais de réciter les trois Pater c\.\Qi trois Ave qui nous sont prescrits à cette intention ; et, si nous avons bien prié pour les autres, ou priera aussi poiu'nous.

Mais enlin, pour rendre encore cette leçon plus pratique, et porter à ces âmes un secours plus efticace, voici ce que je vous conseillerais : tous les ans, et dans les premiers jours de janvier, une communion fervente pour tous ceux (jui niour-

ront dans le cours de l'année ; tous les mois, entendre la sainte Messe avec piété, pour ceux qui doivent mourir ce mois: chaque semainef réciter, à la même intention, les prières sublimes des agonisants... et chaque jour enfin, le soir, avant de prendre votre repos, dire un Ave Maria pour ceu?: qui mourront cette nuit ; et je vous promets que votre charité sera bénie et que vous aurez plus d'un Ange pour vous protéger à l'heure de votre mort.

II. Comment nous devons aider les agonisants, ceux qui meurent près de nous. Ce sont des parents, des amis ; il faut les aimer jusqu'à la fin, leur être fidèles pour l'éternité : 1° Quid vitandum, éviter cette fausse tendresse, et ces craintes exagérées qui éloignent toute pensée de péril et de sacrifice : ce serait une cruauté, si on allait jusqu'à priver ces chères âmes des grands secours de la rehgion, comme il sera prouvé dans la prochaine leçon. — Éviter ces témoignages trop empressés, trop souvent réitérés, d'un amour tendre, mais sensible, qui peuvent troubler une âme si près de Dieu, et qui l'arrêtent parfois dans l'excès de sa peine. Faites-lui plutôt baiser la croix et l'image de Marie. — Éviter ces éloges imprudents qui l'exposent à bien des tentations d'orgueil... Ali ! maliicui'cux ! vous parlez de ses bonnes œuvres, de

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ses verdis !... Je vous en prie, taisez-vous, déjà le démon lui en avait parlé aussi, pour la perdre; vous allez entrer dans les vues perfides de ce cruel ennemi, mais rappelez-lui plutôt le souvenir des miséricordes divines qui la console, et l'espérance de la croix qui la fortifie. — Évitez surtout, en ce moment, les plaintes, les cris, les larmes même, si vous pouvez, et ne fatiguez pas ce cher malade, en le pressant encore de prendre des remèdes désormais inutiles.

2° Quid agendum. Je suppose assurément que les grands secours de la religion ont été donnés à temps; autrement vite, vite un prêtre ! et préparez doucement le malade à celle visile qui doit lui faire tant de bien. Mais après rexlrème-onclion, et à l'heure de l'agonie, tâchez qu'il y ail encore, et jiis([u';ï la fin, un prêtre de Jésus- Clu'isl. Sa présence, sa prière, ses paroles, encouragent, fortifient, consolent. Si vous ne pouvez avoir ce bonheur, vous y suppléerez en priant vous-même, en répétant de temps en temps quelques douces paroles des saintes Écritures, qui portent à des sentiments d'humilité, de contrition, de soumission, de confiance, d'amour. De temps en temps, dites et faites prononcer au malade les noms de Jésus, Marie, Josoph ; faites-lui baiser la croix, lâchez de lui faire faire le signe

de la croix, môme avec de l'eau bénite... Il y a des grâces extraordinaires et des indulgences attachées h CCS pieuses pratiques. On peut répéter aussi les belles prières de l'agonie, mais à voix basse, pour ne pas fatiguer le malade, qui voudrait encore s'unir à vous.

Enfin, il faut combattre jusqu'au dernier moment, et prier tant que dure cette lutte, prier jusqu'à la fin pour assurer la victoire, et unir cette àme à celle de Jésus-Christ dans ses souffrances, dans son agonie, dans sa mort.

TROISIEME LEÇON

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