‹ La science de bien mourirChapitre 36 sur 128 · LE DIES IRAE · texte numérisé non relu

LE DIES IRAE

I Dies irue, dies illa, (lies tribulationis rt

angustiae , dies caiainitatis et iniseriac, dies tenebrarum et caliginis, dies iiebulae et turbinis.

Jour de colère, jour de tribulatioa et d'angoisses, jour de uiaUieur et de misère, jour de ténèbres et d'obscurité, jour de tempête et de tounnenls.

(Soph., t. 15.)

Est-ce le jour de la mort, est-ce le jour de la justice et de la vengeance, le jour de réti-rnité dans l'ahîme, que le prophète a voulu poindre?.. Mort, jugement, enfer, éternité; mots terribles,

vérités effrayantes!., qui jamais a médité ces fins dernières de l'homme, sans se convertir, sans plem^er son péclié?.. Nous allons, aujourd'hui, nous efforcer d'entrer dans ces sentiments de crainte et de douleur, en paraphrasant, ou plutôt en analysant la sublime prose des morts, le Dies irae... L'auteur de ce chant sacré est resté inconnu jusqu'à ce jour ; mais on dit que c'est un homme condamné à mort, qui l'a composé dans son cachot, et quelques heures avant l'exécution de la sentence,

11 y a deux parties bien distinctes dans cette prière, deux sentiments opposés, deux contrastes frappants : la crainte et l'espérance.

I. Le sentiment de terreur. Le premier mot, ce cri d'effroi, l'indique assez : Dies irae ! mais vous allez voir toutes les circonstances qui la portent à son comble. Cette peinture du grand jour des justices divines fait trembler.

1° Le réveil des morts,.. Tuba mirum spargens sonum, car la trompette sonnera... canet enim tuba (I Cor., XV, 52) ; et la Mort épouvantée rendra toutes ses victimes. Cum resurget creatura ;... Quelle honte, quel effroi des pécheurs en ce moment, quand leur âme en frémissant rentrera dans leur coips impur, pour le rendre habile à des supplices éternels !

2° La vue du juge tout-puissant et irrité : Judex ergn cum sedebit... C'est Jésus qui d'un mot a terrassé ses ennemis au jour de sa passion, Ego sumî Il viendra pour juger les morts, et leur parlera dans sa colère : Tune loqueiur ad eos in ira suà (Ps. Il, 5).

3° Le livre des justices, et dans ce livre, deux pages écrites en caractères de sang... Liber scriptus proferetur. Il n'y a rien d'oublié, tous les péchés de la vie, depuis la plus tendre enfance, et les délires et les emportements de la jeunesse... et les crimes d'un âge plus avancé, tout sera dévoilé, à la face du monde entier... et les péchés que l'on aura fait commettre aux autres, Quidquid lalet apparebit. C'est la première page de ce grand livre des justices ; l'autre est plus épouvantable encore, c'est la vue de toutes les grâces dont les coupables auront abusé, poids affreux, onus Deiî qui va tomber dans la balance divine et la faire pencher sur les ai)îmcs ! NU inultum remoncbit.

4° Enfin, le procès lui-môme, les témoins, les accusateurs, les pièces à chai-ge, hélas ! et pour la défense, rien, pas un mot d'excuse; pas un avocat qui puisse plaider la cause de l'accusé, ou défendre les coupables! Quid sum miser lune diettirus ? Qitem pntronum ragatunis, eum vix jmtm sit securus ? L'âme épouvantée, le cœur glacé de 1er-

20 i COURS DE LA BONNE MORT.

reur, à la peinture de ce grand jour, attend l'arrêt formidable, et la sentence de la mort éternelle.... Mais aussitôt relevé par une parole d'espérance, îe pécheur se met à prier, et il retrouve sa confiance. Le poëte sacré va nous l'inspirer, ce sentiment, et le faire passer dans tous les cœurs.

ÏI. Oui, espérez encore, et souvenez-vous de la parole d'un illustre archevêque de Paris, qui disait en mourant : Je sais que je dois être jugé par un père... j'ai confiance... Méditez avec notre poëte les raisons de cette espérance.

1° C'est la bonté infinie de Dieu, sa clémence, sa miséricorde envers tous les hommes : Qui salvandos salvas gratis, salva me, fons pietatis.

2° Bonté, miséricorde plus grande encore envers les pauvres pécheurs. Qui Mariant absolvis/i et latronem exaudisii. Vous avez pardonné à 3Iadeleine, au pauvre enfant prodigue... au larron qui se mourait au Calvaire, et vous lui avez promis le ciel ; je veux espérer comme lui, mihi quogue spem dedisti.

3° Son amour pour moi, en particulier... tant de preuves de sa tendresse, Quaerens me sedisti lassus, redemisti cruccm passus ; tantus labor non sit cossus ! Vous êtes venu du ciel sur la terre pour me chercher, vous avez été de l'étable au Calvaire pour me sauver, tantus labor non sit cassus! Ah!

que tant d'amour et de souffrances ne soient pas perdus !

A° Enfin ses promesses ; il s'est engage à ne pas mépriser la prière d'un cœur humble, repentant et brisé. Eh bien! mon Dieu, je le reconnais, je ne suis pas digne d'être exaucé, Preces meae non sunt dignae. Mais, prosterné devant vous, je prie et j'espère, Oro supplex et acclinis, cor contritum quasi cinis : Inter oves locutn prae&ta... vocamecum benedictis. Bon pasteur, mettez-moi avec les breijis fidèles cl ramenez-moi au bercail ; appelez-moi, avec vos élus, à la vie, au bonheur de vous aimer.

C'est donc la prière du repentir, inspirée par la crainte, la prière de l'espérance la plus ferme, dictée par l'amour. Comme prière des morts, vous méditerez surtout la dernière stance de l'hymne sacrée... Lncrymosa dies illa quâ resurget ex favillâ judicandus homo reus, huic ergo paj'ce, Deus... Au jour de larmes, quand les coupables sortiront de la poussière pour être jugés... 0 Jésus, Dieu, Dieu de miséricorde, pardonnez-lui... mais à qui donc ? ô mon Dieu... à celui (jui vous prie, et à son père, à sa mère, à cette âme... ù Seigneur Jésus, huic... ergo parce, Deus. et donnezleur à tous le lepos éternel, Pie Jesu, Domine, dona eis requiem. Amen.

NEUVIÈME LEÇON

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