‹ La science de bien mourirChapitre 37 sur 128 · AVE VERUM · texte numérisé non relu

AVE VERUM

Nous allons consacrer cette leçon à l'explication et à l'analyse de la prière Ave Verum que nous avons l'habitude de chanter aux Saluts de l'Association. On dirait, en effet, que cette prière a été inspirée pour ces sortes de réunions, puisqu'on n'y demande au Seigneur, après l'acte de foi et d'adoration, qu'une seule grâce, celle de ne pas mourir sans le secours de ce grand sacrement de l'Eucharistie, ou du Viatique, ce gage le plus sûr de la bienheureuse immortalité... c'està-dire la grâce d'une Bonne Mort.

Ce n'est encore ici qu'une simple paraphrase, ou une prière méditée, suivant la deuxième manière des Saints Exercices (1). Or nous ne trouvons dans XAve Verum que deux parties : 1° un acte de foi et d'adoration, 2" une supplique ou demande de grâce. Commençons :

(J) Entre autres manières ou méthodes de prier, saint Ignace enseigne celle-ci : méditer une prière vocale, c'està-dire la réciter lentement, et rester sur un mot tant qu'on y trouve du goût, une lumière et un sentiment de grâce, et Fon continue ainsi jusqu'à la fin, le Pater, par exemple, ou VAve Maria.

I. Ave, verum corpus l C'est la parole de la foi, l'acte véritable d'adoration. Réveillez à ce mot le sentiment de votre foi à ce grand mystère..., oui, le Maître, le bon maître est là, adest et vocat te (Joan., XI, 28)... Ah! si vous l'aviez vu, ce Dieu, enfant plein de grâce et de vérité, ou s'il vous avait été donné de le voir, mort par amour pour vous; enfin s'il venait à briser la nuée qui le cache à vos regards sur nos autels, s'il se montrait soudain à vos yeux dans la lumière divine, oh ! comme vous seriez tremblant à ses pieds !... vous l'adoreriez comme les Anges, qui environnent ses tabernacles. Eh bien ! oui, c'est le corps sacré, le vj'ai corps de Notre-Seigneur, verum corpus. Car l'Eucharistie est le sacrement qui contient réellement et sul)stantiellement le corps de Jésus-Christ ; et il y a des pays catlioliques où la fête principale de ce grand mystère que nous appelons la Fête- Dieu, s'appelle seulement la fête de son corps : festum corporis Christi, au missel romain : el Corpus, en Espagne. Vous ne manquerez pas cependant d'adorer en môme temps l'âme de Jésus- Christ, qui est aussi présente dans la sainte hostie, et qui doit sanctifier la vôtre.

Ave, verum corpus nalum de Mainà virgine. Oh! je vous recommanderai ici, quand vous visitez jN'otrc-Seigneur, et surtout quand vous avez le

bonheur de communier, de penser aussi à sa mère, car c'est dans son sein virginal que le corps sacré de Jésus-Christ a été formé ; et c'est, dit saint Ignace de Loyola, c'est pour l'àme fidèle une source d'une douceur ineffable, et d'une céleste consolation, de se rappeler alors qu'on est nourri de la chair de Jésus et de Marie. Incredibilis res est solatii imaginari, non Christi solumsed et matris ejus nos refici carne et cibayn. Le vénérable Bcrckmans, qui suivait ce pieux conseil, répète aussi la même pensée, et fait aux chrétiens la même recommandation.

Vere passum, immolatum in cruce pro homine. Ce souvenir des souffrances et de la mort de Jésus sur la Croix, réveillera dans votre cœur un sentiment de reconnaissance et d'amour... Si un ami généreux avait été blessé pour vous; si, pour vous'arracher à la mort, il avait succombé ; s'il avait été victime de son dévouement, s'il était mort, quels regrets! quelles larmes !... Mais si par un miracle du ciel il revenait à Ja vie... quel bonheur, quelle reconnaissance, quel amour ! Et le voilà, ce Dieu sauveur oui a été immolé, qui est mort pour vous, et il est vivant ; croyez donc et aimez. Mais aussi comprenez le prix de votre âme qu'il a rachetée et purifiée dans son sang divin : Anima^ lanti valesl (S. xVug.)

Cujui laius perforai um fluxit aquâ et sanguine. Aflorcz la plaie de son cœur sacré, cette source a!)ontlanle de toutes les grâces... plaie mystérieuse, et laite sur le corps de Jésus après sa mort; aliti qu'elle ne pût jamais se fermer, et que toujours nous puissions nous réfugier dans ce cœur adorable, comme dans l'asile de la paix et de la miséricorde. Là, nous puiserons la vie, à la source même des joies saintes : Haurietis oqiias in gaudio de fontibus (Is., xii, 8). Allez donc purifier votre âme dans cette eau salutaire, allez enivrer votre cœur de ce sang précieux ! Baisez en esprit toutes les plaies de Jésus-Christ, et cachez-vous dans son cceur.

II. Mais voici la prière aprèsl'adoration de la foi : c'est la demande de la grâce (juc nous désirons avant tout une bonne mort: /^'s/orio/5»2'sprfle^i/s/«/t<//2 mortis in examine, ô Jesu dulcis !...0 Dieu sauveur, Jésus plein de miséricorde, nous vous en conjurons, à l'heure delà mort, dans ce terrible combat du dernier jour, soyez notre force et notre consolation... Que votre corps sacré devenu la nouniture de notre âme la fortifie et lui assure la \ictoire ; que votre chair, et que cette manne divine nous soit connue un avanl-goùt des célestes délices! Et, SI je ne pouvais avoir le bonheur de communier réellcmentenccJDur de mon agonie,

agréez celte prière , ô mon Seigneur Jésus, comme une communion spirituelle que je veux faire pour ce dernier jour et à cette dernière heure de ma vie : Esta nobis praegiistatum mortis in examine. Qu'avant de vous voir, de vous posséder, de vous aimer dans la lumière des deux, je vous possède, et je vous aime, Dieu caché par amour pour moi dans le mystère de l'autel.

0 Jesu dulcis, ô Jesu pie, tu, nobis miserere. Jésus, bon Sauveur, Jésus compatissant, ayez pitié de nous, de tous nos associés, aujourd'hui, et au jour de la mort !

DIXIÈME LEÇON

l'ave maria.

Ave, gratià plena, Dominus tecum.

Je vous salue, pleine de gr'ice, le Seigneur est avec vous.

(Luc, I, 2S.)

La prière que nous récitons le plus souvent dans la vie, et qui doit être la plus douce pour nous à l'heure de la mort, c'est Y Ave Maria. Elle est toute du ciel ; nous allons la méditer et apprendre à la dire dans celte leçon ; c'est la prière de tout le monde : de l'àme juste qui appelle

Marie sa mère, et des pécheurs dont elle est Tavocate et le refuge. La prière des cœurs alfligés, des pauvres veuves et des petits orplielins, la prière du soldat et du marin, au sein des combats et au milieu des noirs orages; mais c'est surtout notre prière à nous, Associés de la Bonne Mort, et trois fois dans toutes nos réunions, nous aimons à la dire pour nous, pour nos malades, et à la chanter, tous en chœur, à nos saluls ordinaires.

Il y a deux parties dans Y Ave Maria :

1" Un éloge ; — 2" une demande.

I. Un éloge, c'est la parole de l'ange Gabriel à la Vierge Marie : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, ftléditons, expliquons chaque mot : c'est une paraphrase.

Ave, je vous salue; en disant cette parole, que votre foi vive, ardente, vous représente Marie près de vous, devant vous. On ne salue une personne que lorsqu'on la voit... Il y a des chrétiens fervents qui ne manquent pas de saluer son image avec respect et amour, en prononçant ce mot pour la première fois, Ave, au commencement du chapelet, par exemple, et celle petite pratique sul'lit pour entretenir une douce piété dans leur cœur.

Maria. Vous vous rappelez les signillcations

mystérieuses de ce nom béni : Marie, ma Reine; Marie, mer immense de douleurs... Marie, splendeur, ou étoile des cieux ; il y a de la consolation à goûter la douceur de ce nom de Marie.

Gratia plena. Tous les trésors de la grâce sont en elle... Ayez donc confiance, demandez ce que vous voulez : foi, espérance, amour, humilité, patience, pureté. Elle possède toutes grâces, elle a trouvé la grâce, invenisti gratiam (Luc, i, 30), mais c'est pour nous, ses pauvres enfants : confiance donc et amour.

Dominus tecum. Toujours le Seigneur a été avec Marie, Dieu Père, Fils et Saint-Esprit par la communication de la vie sainte et des grâces célestes ; mais c'est Jésus surtout, Notre-Seigneur, qui est avec elle toujours, et dans tous ses mystères de douleur ou de gloire : Dominus tecum, sur la terre, au ciel ; non-seulement avec elle, mais à elle ; il est son fils, elle a dit à Dieu: Venez, mon enfant, avec moi... Quelle gloire, mais aussi quelle puissance ! Ah ! donnez-nous, ô Marie, d'être un jour avec lui, toujours avec lui au ciel.

Bcnedicta tu in mulieribus. Bénie entre toutes les femmes : elle est la plus pure de toutes les Vierges, seule immaculée ; elle est la plus heureuse de toutes les Mères, seule Vierge mère, et Mère de Dieu, Virgo virginum, immaculata^ Mater

Dei ! A jamais bénie au ciel, et sur la terre, des anges et des hommes. Benedicia !

Et hencdictus fy^vctus ventris lui, Jesui'. 1 C'est encore, pour une mère, un doux éloge que de lui rappeler les gloires de son enfant... Son nom de Jésus est béni aussi dans les cieux et sur la terre, il est redouté aux enfers ; vous le prononcerez avec respect et espérance, ce nom sacré : il veut dire Sauveur; Jésus, soyez-nous Jésus !

Sancln Maria, Mater Dei. Sancta, un mot seulement sur cette sainteté, cette perfection de Marie, et les progrès incomparables de cette Vierge fidèle. Elle a commencé avec plus de grâces que tous les anges et tous les saints ensemidc, fimdamenta ej'us in moniibus sanctis... (Ps. xxxvi, 1), el jusqu'à son dernier soupir elle n'a cessé de s'élever encore et d'approcber de son Dieu. Fines divinitads propinquius attingit, dit saint Thomas. Elle est si au-dessus de toute créature, si près de Dieu! Sancta, sainte, sainte, sainte, disent les anges immortels. Sancta Muria, répétez-le donc avec plus d'amour r^t de confiance, ce nom béni, Maria! Maria! ô nomcn svh rjuo nemini desperandum ! — Gloria nominis cjus olco comparatur, oleum negrotantem sanat, flammam occendit (B. Alain). Son nom est comparé à l'huile qui guérit et éclaire. — Mater Dei, mère de Dieu, donc toute-

puissante... mais aussi maler ynea, ma mère, donc toute bonne ; elle peut, elle veut mon salut, mon bonheur, j"espère en elle, et je l'aime.

II. La prière. Ora pro nobis, peccatoribus... Ah! priez, priez pour nous; c'est tout ce que nous demandons, et c'est assez; un seul mot, ô Marie, et nous serons sauvés. Celui pour qui elle aura prié une seule fois, dit saint Anselme, ne peut être condamné jamais, aeternumvaenon sentiet ille,pro quo semel oraverit Mmna. Priez, priez pour nous, peccatoribus, pauvres pécheurs ; c'est notre titre à la miséricorde. De tous vos enfants, nous sommes les plus malheureux, priez, ayez pitié. N'estce pas ce qui touche le cœur d'une mère? Elle oublie ses autres enfants, quand il y en a un qui souffre, qui est malade ; on dirait qu'elle ne pense plus qu'à lui. Oh! dites-le donc avec confiance : Priez pour nous, pauvres pécheurs.

Nunc et in horâ mortis nostrae. Nunc, aujourd'hui, maintenant^ à cette heure de peine et de larmes, de tentation et d'épreuves... Dans la tristesse et dans la joie... nunc ; priez maintenant, et à l'heure de notre mort. 0 Mère, ce sera le jour décisif, la grande heure de l'éternité. Priez, priez ! alors je ne pourrai plus, peut-être, vous invoquer ni prononcer votre nom ; mais vous vous souviendrez que je vous l'ai demandé bien souvent, et

VOUS prierez à riieiire de ma mort. Non-seulement vous prierez, mais vous viendriez me fortifier dans cette agonie, me consoler et me sauver; vous viendrez me chercher, pour me conduire vous-même au ciel; oui, je le crois et je l'espère, ô Marie. Ora, priez à l'heure de notre mort.

Je vous invite à réciter de temps en temps cette prière lentement, et selon la deuxième manière déjà indiquée; vous y trouverez toujours plus de lumière et de douceur.

ONZIÈME LEÇON

Jésus! maiue! josepii!

IVotrc salut) notre consolation, notre force, à l'heure de la mort.

Jésus, Mai'ie, Joseph, ces noms bénis que nous répétons sans cesse dans notre pieux cantique et dans nos prières de chaque jour, seront sur Ic^ lèvres et dans le cœur de tous nos associés, à l'heure de la mort, c'est une de nos plus chèrcti espérances ; et déjà une foule de lettres et de notices écrites sur les derniers moments de plusieurs, nous prouvent que cette espérance ne sera pas trompée ; c'est ce qui nous a détermiiié à

donner une leçon, sur ces trois grands exemplaires, et tout-puissants appuis de la Bonne Mort : Jésus, Marie, Joseph.

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