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L\ CONTEMPLATION DE LA MORT

Vcni et vide.

Venez et voyez.

(Joaii., XI, 3i.)

Comme pour résumer tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, nous allons faire une petite

(1) Mm» de Joly, morte le 18 novembre 1800, à Vàge de trente-deux ans. Elle disait souvent dans sa maladie : Mon bon Jésus, quand j'aurai assez souH'ert, appelez-moi !

(2) On aiipelic contemplation une manière ou méthode de méditer extrêmement simple et facile... 11 n'y a ordinairement que deux points : voir et entendre; on considère, on voit un mystère, un miracle, comme si on était réellement présent à ce fait ; on étudie les circonstances de lieu, de temps, de personnes, tous les détails enfin ; puis on écoute avec attention les paroles, et, de tout ce que l'on voit et de fout ce que l'on entend, on tâche de tirer quelque fruit spirituel ou des grâces pour le salut de son àme.

224 COURS DE hS. EONNE MORT.

contemplation sur la mort, en suivant la méthode de saint Ignace pour cet exercice. Il y aura donc deux points :

Le premier, voir ; le second, entendre.

I. Voir. Transportez-vous par la pensée auprès du lit d'un mourant, et, afin de fixer tout de suite votre esprit, imaginez-vous un mourant, comme vous absolument, riche ou pauvre, plus ou moins âgé... Enfin, que ce soit un chrétien fervent, ou bien un de ces chrétiens lâches et tièdes, ou même un pauvre pécheur, si vous étiez dans ce triste état : Veni et vide !... Voyez donc, et considérez avec attention ce spectacle de la mort... ne cherchez rien d'extraordinaire, mais ce que l'on voit tous les jours; moi, je ne dirai rien que je n'aie vu.

Contemplez d'abord les effets de la maladie qui précède ordinairement, et voyez quels ravages elle a déjà faits... comme elle atteint et flétrit toute beauté, toute jeunesse... La fleur est fanée, elle penche ; au soir, elle tombera morte. Les yeux éteints, la pâleur, l'extrême affaiblissement et la maigreur des traits méconnaissables... Jetez un regard autour de vous, voyez la richesse, l'éclat de ces meubles précieux, cette alcôve élégante, ce lit superbe; il faut une croix pourtant, mettez une croix... Autour de celte couche de

douliHir, voyez des parents, des amis qui pleurent ou qui s'empressent, des domestiques qui vont et viennent, un médecin qui réfléchit ou écrit, un prêtre qui prie. Voilà ce que j'appellerai le premier regard, à la surface, c'est un coup d'œil sur l'ensemble du tableau, mais ce n'est que le pivlule pour ainsi dire de la contemplation ; la construction de lieu, comme on dit. Il faut maintenant entrer dans le coeur du malade, et vous demander ce qu'il pense du temps et de l'éternité, de son corps et de son âme, du monde et de ses vanités, du péché et de la grâce ; ce qu'il pense de Dieu; ce qu'il craint, ce qu'il regrette, ce qu'il espère : en un mot, tous les sentiments de ce cœur dans les souffrances de la dernière maladie... puis vous arriverez à considérer les derniers moments, l'agonie même; comme la pâleur augmente , les yeux deviennent fixes ou hagards; k& mains s'agitent avec inquiétude... Les parents se regardent avec effroi ; on se lève, on s'approche..., on se fait des signes, et cependant une sueur froide coule du front, des larmes tombent des yeux éteints, les traits se contractent... Ou prie, on pleure... On lui donne à baiser une croix ; voyez l'effet de celle touchante cérémonie, car c'est bien différent : un chrétien fervent la Ijaise avec transport; un chrétien licde

n'éprouve rien ; un impie a peur et détourne la tôte... Suivez ces détails, voyez tout, jusqu'au dernier soupir, quand les traits se contractent avec violence, lorsque le cœur se déchire et que tout est fini !

Enfin vous considérerez la mort elle-même, ou plutôt sa victime, glacée, immobile. Voyez comme on lui ferme les yeux... les lèvres ; juste salaire, stipendia! Oui, fermez ces yeux, trop souvent ouverts pour la vanité, et pour tant de .lectures frivoles; ces yeux pleins autrefois de feux adultères. Fermez les lèvres, stipendiai II y a eu tant de péchés de mensonges, de médisance, de sensualité, d'intempérance... — On met une croix entre les mains froides, ou sur le cœur mort. — On allume des cierges bénits; voyez toilt le monde s'en aller en pleurant, et restez auprès de ce corps; regardez bien, et demandezlui encore ce que c'est que l'éternité, ce que c'est que l'âme, où elle est maintenant; ce qu'elle regrette de cette vie et de ce monde. Assistez

à la sépulture du mort, à sa mise au tombeau

Ne le quittez pas, tant que vous pourrez le voir et savoir où il est; accompagnez -le à l'église, voyez à ce convoi la foule indifférente qui parle, quelques-uns pourtant qui pleurent ou qui prient. Comptez les cierges, les flammes qui brûlent au-

tour de ce corps ; voyez l'encens qui fume, le monde qui s'en va en jetant un peu d'eau bénite sur le cercueil orné... Quelques-uns vont suivre la voiture, le triste corbillard qui le conduit au terme ; allez-y au^si, et, quand le prêtre aura jeté un peu de terre dessus, quand la tombe sera -fermée, et tout le monde parti, restez encore, et méditez sur le temps et sur l'éternité, et profitez bien de tout ce que vous aurez vu.

II. Entendre. C'est le deuxième point de la contemplation, encore plus pressant, peut-être, et plus utile pour nous. Il faut revenir au lit du mourant, et prêter l'oreille à ses plaintes, à ses gémissements et à ses cris. Ici encore, rien d'extraordinaire, la vérité simplement : Oh l que je souffre., mon Dieu ! au médecin : Lo.hscz-moi tranquille., je n'en puis plus; oh ! quand donc cela finira-t- il ?

Et puis ces deux mots : Adieu... je laisse... je vous laisse... Méditez bien, c'est la parole de la séparation : elle est si triste pour ceux qui tiennent trop à ce monde, ou qui ont peu d'espérance dans l'autre... Adieu, parents,., adieu, je vous laisse ceci en souvenir, — je vous laisse,., je laisse tout, adieu...

Ensuite, quelques paroles et les prières du prêtre :... Courage, confiance, tenez, voilà la croix, baisez-la. Ayez patience, unissez vos souffrances à

celles de Jésus-Christ. Il est mort pour vous, il s'est donné à vous. Nous allons encore le prier, unissezvous à nous, mais sans vous fatiguer, et les prières des agonisants recommencent. Écoutez : Pro/Zciscere, anima christiana ; Partez, âme chrétienne... mais où? Si c'était un pécheur, hélas!... Une âme tiède ; partez, où donc?... partez... Oh ! oui, quel bonheur! Aa paradis... C'est une des dernières paroles d'un associé (1).

Mais voici le râle de la mort qui commence ; cette respiration précipitée ou prolongée, interrompue... On croit à chaque instant que c'est fini... qu'il est mort... Oui, non, c'est fini... attendez donc... A/if le voilà qui meurt, c'est fini maintenant, il est mort, vous pouvez fermer les yeux, — Non, pas encore... Ah ! méditez donc bien ces mots : H meurt, il est mort!... Mais vous-même en ce moment, vous mourez, tous meurent; quand aurez-vous fini? Il y a si longtemps que vous avez commencé !... Quand serez-vous mort ? Oh ! on ne le sait pas ; bientôt, peut-être aussi, ce sera fini pour vous... Mais êtes-vous bien prêt? Voyez!...

Après la mort, écoutez encore les cris des

(1) Le P. Charles Dubois, mort dans la paix de Dieu, à l'âge de trente-quatre ans et demi, dans la maison même du Jésus, le 5 novembre 18G3

parents, la voix des amis, les éloges de celui qui n'est plus,... et le silence de l'éternité qui commence, et les belles prières de l'Église. De profundis, etc. J'ai entendu faire l'éloge de quelques personnes que Dieu a dû juger bien autrement. J'ai entendu dire d'un mort : C'était le père des pauvres, il doit être déjà au ciel; et d'un autre : Jl était bien plus riche qu'on n'aurait cru ; savez-vous qu'il a laissé plus d'un million à un tel^ son neveu ?... C'est lui qui est joliment content /.,. Et aux pauvres... on ne dit pas, rien peut-être... Rappelez-vous une foule de choses que vous avez entendu dire, et réfléchissez sur tout cela, et puis entrez dans le grand silence de l'éternité qui environne le mort. Qu'importe, après tout, ce qu'on dit, ce qu'on dira? est-il sauvé, est-ii au ciel? voilà toute la question. Qu'est-ce qu'il voudrait faire, s'il avait encore un an, un jour à vivre ? et profitez bien de tout ce que vous avez vu et entendu.

Pimtique. Lisez quelquefois pour vous-même les prières des agonisants, car il y en a peu qui les entendent, quand on les dit pour eux.

DEUXIEME SECTION

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