‹ La science de bien mourirChapitre 42 sur 128 · OU MÉDITATION · texte numérisé non relu

OU MÉDITATION

DE l'agonie de Jésus-christ.

Factus in agoniâ, prolixius orabat.

Réduit à l'agonie, il priait avec plus d'instance.

(Luc, ixii, 43.)

Nous nous proposons, pour compléter notre cours de quatre ans, de donner quelques sujets de méditation ou d'instructions familières sur nos fêtes principales, qui sont le plus souvent pour nous des jours d'assemblée extraordinaire. Or,

comme il a été dit déjà, l'Association de la Bonne Mort ayant été fondée d'al)ord,et canoniqnement établie dans nos églises, pour honorer l'agonie et la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ainsi que les douleurs de sa sainte Mère, il convenait de commencer par l'agonie du Sauveur. Quatre pensées feront le partage de celte première méditation.

1" Nature, 2° Cause des souffrances de Jésus- Christ dans son agonie; 3° Effets de ces souffrances sur le Sauveur; 4" Qacl exemple il nous donne à Gethsémani.

I. Quatre peines cruelles envahissent en ce moment l'àme de Nolre-Scigneur, quatre peines dont une seule suffit souvent pour nous abattre et nous jeter dans le désespoir. 1° L'eunui ; coepit taedere (3Iarc., xiv, 33). Un Dieu qui s'ennuie sur la terre ! 2" La peur. Un Dieu qui a peur ! coepit paverc (ibid.). 3" La tristesse; son àme, dit-il, est triste jusqu'à la mort, tristis est anima mea usque ad mortem {ibid.). 4" Enfin l'agonie, factus in arjoniâ; c'est le décliirement cruel du cœur dans la violence même de la séparation. 11 n'est pas nécessaire de définir tous 'ces sentiments douloureux... Qui ne sait ce que c'est que l'ennui, l'épouvante, la tristesse et l'agonie? Mais il faut contempler le Dieu Sauveur en proie à ces souf-

franceSj la face prosternée contre terre, et dans le sang.

II, Quelles pouvaient donc être les causes de ces douleurs atroces ? 1° La cause de l'ennui, c'est le délaissement; tous ses amis l'ont abandonné.. ^ et dans son isolement, il se plaint: J'ai cherché, dit-il , quelqu'un pour pleurer avec moi, pour me consoler, et je n'ai pu trouver personne. 2° La cause de cette peur étonnante, car la peur est une faiblesse ; la cause, c'est la vue, le sentiment de toutes les horreurs de sa passion. li voit tout, souffre tout à la fois, et il tremble, il recule d'effroi. 3° La cause de sa tristesse mortelle, ce qui accable et brise ce cœur, c'est le poids de nos péchés. Il les porte tous en ce moment, ce tendre agneau; et le voilà déjà comme immolé, agnm Dei qui follit peccata mundi {iOdiU. ,i^'29) . Vidi agnum... tanquam occiswn (Apoc, v, 6). 4° La cause de son agonie, de ce déchirement affreux de son cœur, c'est la pensée, la vue de l'inutilité de tant de souffrances et de sa mort, pour une foule d'âmes qui se perdront. Il les voit tomber dans les abîmes ; en ce jour même un disciple cher à son cœur. Judas s'y jette!... Et Jésus se plaint avec larmes à son Père : Quae utilitas in sanguine meo ! (Ps. xxxf, 10.) Pourquoi répandre mon sang, si je ne puis les sauver! Brisé par les

douleurs de celte agonie et par le profond chagrin de son cœur, il allait mourir, sans un miracle de la Divinité qui a retenu son àme, et sa vie destinée à la croix.

III. Effets de ces souffrances et de cette agonie sur le Sauveur. D'abord il est certain, puis([u'il l'a dit, qu'il devait en mourir, il en serait mort ; usque ad mortem... Mais cela s'est vu quelquefois, mourir de chagrin. Ce qu'on n'a jamais vu, c'est cette sueur de sang, cette pluie de larmes et de sang qui coule sur la terre. Faclus est sudor ejus sicut gnttae sanguinis decurrentis intcrram... (Luc, xxn, 4i.) Oui, larmes de sang, car c'est le sang du cœur qui coule, lorsque nous pleurons, dit saint Augustin ; mais si le cœur, au lieu dèlrc oppressé parle chagrin, est déchiré, brisé, broyé, attritus est (Is., LUI, 5), alors son sang, ses larmes de sang coulent partout à la fois... Et à cette vue, je dis qu'il n'y a jamais eu de douleur comparable à sa douleur.

Cependant il y a quelque cliose de plus étonnant encore que ces larmes et celte sueur mystérieuse de sang, c'est la plainte, le cri, la prière de ce cœur désolé, quand trois fois il répéta : Transeat à me calix iste (Mali., xxvi, 39). Oh! ([u'il faut qu'il ait ou peur, pour reculer ainsi, lui qui avait tant désiré son baptême de sang ! et pour ne

plus vouloir souffrir, qu'il faut donc qu'il ait souffert en ce moment !... non mea voluntas ! transeat. Non, il n'y a rien d'aussi fort dans toute la passion, et je ne m'étonne pas qu'il y ait des âmes, et des âmes d'élite qui restent toute la vie au jardin des Oliviers ; elles y trouvent tout, et la lumière et la force, et quelquefois aussi la paix et la consolation.

IV. Mais ce qu'il nous importe surtout de considérer dans ce mystère, c'est l'exemple que nous donne le Sauveur à l'agonie, afin de l'imiter aux jours de tristesse et d'ennui, car tous sont condamnés à subir ces épreuves. Un «inexorable ennui, dit Bossuet, s'attache à la vie des hommes, et il y a bien des jours de larmes... Qu'a donc fait Jésus-Christ? Il a prié avec plus d'instance, prolixius orabat. Tristatur aliquis vestrum ? oret l (Jac, V, 13)..., et si quelqu'un de vous est triste, dit l'Apôtre, qu'il prie. Oui, priez, sans cela vous êtes perdu. Votre âme, de la tristesse, de l'ennui, passerait au découragement, à l'abattement, au désespoir. Priez comme lui; oui, vous pouvez dire avec Jésus-Christ, transeat; ô mon Dieu, ô mon père, éloignez ce calice amer, ôtcz cette croix, je ne puis plus, je ne veux plus !... que je meure plutôt ! mais ajoutez tout de suite comme Jésus, avec Jésus : Verumtamen, non mea volunùts.

sed tua /lal! (Luc, xxii, 4'2).,,, pourtant si vous le voulez, û mon Père, fiât, fiât! ita, Pater. Et sa- Vcz-Yous ce qui arrivera ? c'est que toujours vous serez, quoi ? consolé? non pas toujours... mais fortifié... Apparuit illi Angélus de coelo confoiHans eurn (Iaic, xxfi, 4-5). Il vint un Ange du ciel le fortifier... et lui qui avait dit: transeat, quand il entendit venir ses ennemis, au lieu de fuir, il se lève, il dit eamus, les voilà, allons ! et il va droit au-devant d'eux pour mourir sur la croix... Priez, priez, vous n'aurez plus peur, vous serez prêt à toute croix, à toute mort pour l'amour de votre Dieu : Surgite^ eamus... eamits ! (Matt., xxvi, 4G.)

DEUXIEME LEÇON

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