PS. XLI
Le premier vendredi de chaque mois, consacré au Cœur adorable de Jésus, ayant été choisi pour le jour des réunions ordinaires de notre Association, il était bien juste d'avoir au moins un sujoi de méditation pour la léle principale de ce divin
Cœur. Donner son cœur, c'est la dernière ressource d'un Dieu pour se faire aimer des hommes, hélas ! et l'on ne répond à cet excès de tendresse que par des excès d'indifférence et d'ingratitude!... aussi la vraie dévotion au Sacré Cœur n'est-elle qu'un culte d'amour et de larmes... On l'aime, et, avec lui, on souffre pour ceux qui n'aiment pas. C'est pour entrer dans cette pensée et ce sentiment, que nous allons méditer sur les deux abîmes qui devraient s'appeler, s'attirer, et qui sem])lent se repousser plutôt, et se combattre : les abîmes du divin Cœur de Jésus, et les abîmes du cœur humain.
I. Le Cœur de Jésus. Abîme immense, infmi de perfection, d'amour, de douleur.
1° De perfection ou de sainteté infinie. Puisque c'est le cœur d'un Dieu-homme... il est évident qu'il renferme tout ce qu il peut jamais y avoir de tendre, de noble, de généreux, de dévoué dans un cœur d'homme, mais ennobli, agrandi de toutes les perfections tle la divinité même... Le cœur de l'homme, c'est tout l'homme, mais le cœur d'un Dieu, c'est toute la perfection d'un Dieu. Ostendam omne bonum tibi (Ex., xxxui, 19). Ah ! si nous pouvions comprendre ! si scircs donum Dei (Joan., IV, 10), et sonder la profondeur dc^cct abîme : a^ec quel transport notre cœur no vou-
drait-il pas s'y plonger ! Abyssus abyssum invocat. 2° Al)înic d'amour. Ce Cœur infiniment, aima- Lie nous a aimés infiniment. Un cœur se rélève par sa parole, par ses larmes-, par ses actes... Écoutez donc en silence, et contemplez... Il donne la paix et piomet le bonheur, il offre îe pardon, il console, il aime... pax vobis (Luc, XXIV, 36), misereor (Matth., xv, 32); venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos (Matt., xi, 28). Ego sinn poslor bonus (Joan., x, il) ; Diligile (Matlh., v, 40). La paix!.., j'ai pitié de vous. Venez à moi, vous tous qui èles dans la peine, et je vous soulagerai... Je suis le bon pasteur... Aimez !.... c'est le cœur d'un Dieu !... quel abîme !... — ses larmes, sur Jérusalem, sur Lazare, sur l'enfant prodigue, ses larmes de sang à Gethsémani ! Ecce quomodo amabat ! (Joan., xi, 30.) Quel cœur, et quel abîme ! — Ses miracles! ils sont tous des prodiges de bonté ; il n'en a jamais fait que par amour. Qu'il guérisse les malades ou ressuscite les morts, c'est toujours son cœur qui est touché et qui se révèle. Abîme d'amour, jus(iue dans la mort même, pardonnant à ses bourreaux et s'efforçant d'excuser leur crime. Pater, dimitte illisl (Luc, xxni, 34.) 0 mon Père, pardonnez- leur !... Qui pourrait voir cet abîme de bonté, d'amour, et ne pas s'y
jeter aussitôt, et aimer un Dieu ! Abyssus n/ryssmn invocat.
3" Abîme de douleur, il a tant souffert ; mais vous ne penserez ici qu'aux peines que lui causèrent ceux qu'il aimait. Il a été délaissé par eux ; et, dans sa tristesse, il allait cherchant quelqu'un qui pût le consoler, pour pleurer avec lui, et il n'a trouvé personne ! Sustinui qui simul contristaretut% et non fuit, et qui consolaretur, et non inveni (Ps. LXIII, 21).
Il a été renié par le premier de ses apôtres trois fois de suite, et dans sa douleur il a jeté sur l'infidèle un regard de larmes, respexit! Il a été trahi, vendu par un autre de ses disciples, trahi par un baiser!... et il lui donne encore le nom d'ami, il l'aime encore, amice, adquid venisti? (Matlh., XXVI, 50.) Oh ! c'est le cœur d'un Dieu... quel abhiie ! et qui pourrait ne pas être attiré, entraîné au fond ! qui pourrait ne pas s'y plonger ne pas aimer ce Cœur !
II. Eh bien ! un regard sur l'autre abîme maintenant, l'abîme du cœur humain, et nous serons touchés, si ce n'est d'amour, au moins de compassion pour notre Dieu et Sauveur. Notre cœur, c'est un abùîie de misères et d'ingratitudes.
1° De misères... Il y a là une source impure de tons les vices, et des plus tristes passions ; on en
voit le principe, même au cœur des plus petits enfants; ne sont-ils pas nés enfants de colère? puis le mal déborde dans la jeunesse, avec la rapidité d'un torrent qui détruit et ravage tout. Oii ! ce délire, ces ignorances et ces emportements des cœurs, qui ne les a vus, sentis et déplorés à cet âge ? La vie entière de riiommc passe comme un orage, une tempête d'iniquités... Souvenezvous de la parole de saint Augustin quand il se sentait entraîné au péclié ; il allait se réfugier dans les plaies de Jésus, et se cacher dans son divin Cœur, ad vuiaera Christi confugio. Là, au moins, vous aurez la victoire et la paix, fruit du triomphe sur les ennemis de votre salut.
2° Abîme d'ingratitude. Le cœur de l'homme n'a pas répondu à la voix d'amour qui sortait du cœur de Dieu, ou plutôt il n'a répondu que par l'indifférence, le mépris et la haine... On l'oublie, un l'abandonne, on méprise sa loi, on l'outrage dans SCS plus touchants mystères d'amour. /^o5j/cruât adversum me malapro bonis et odium pro diltctione meâ... (Ps, cvni, 5). Ils m'ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour l'amour, il est né pour nous dans une étable ; il est mort pour nous sur une croix ; il se donne à notre cœur dans un mystère ineffable d'amour; enfin, il nous donne jon cœur. Sic nasci, sic mari voluit, qui ooluit
amari. Sic nos amantem, quis non redamaret? Ainsi a voulu naître et mourir un Dieu qui voulait être aimé... et qui pourrait ne pas aimer un Dieu qui a tant d'amour ?... (S. Bern.) Et je vous dis qu'on ne l'aime pas, qu'on l'oublie, qu'on ne cesse de l'outrager. Écoutez les plaintes de ce Dieu, la parole sacrée de son Cœur affligé, quand il nous donna cette divine et dernière preuve d'amour. Voici, dit-il, ce Cœur qui a tant aimé les hommes, et qui n'en reçoit que des outrages et des ingratitudes. Répondez donc, abîme à l'abîme, par un cri d'amour ; répondez par des larmes. Consacrezvous à ce divin Cœur, et offrez-vous en sacriitic pour les pauvres pécheurs ; aimez pour ceux que n'aiment pas.
Ne manquez pas de lire aujourd'hui même l'amende honorable au divin Cœur (1).
TROISIÈME LEÇON