LES DOULEURS DE MARIE
Et tuam ipsius animam pertransibit
gladius.
Et, pour vous, un glaive de douleur
transpercera votre âme.
(Lui;., Il, 35.)
Quelle destinée pour la Mère d'un Dieu ! le (J) Page 30.
glaive, la douleur ! Et cette parole s'est bien accomplie ; toujours elle a eu dans l'âme ce glaive mystérieux : et si Jésus est l'homme de douleurs, Marie est appelée aussi la Mère de douleurs. Il serait impossible, dans une seule méditatioii, de parcourir tant de souffrances ; nous nous bornerons à trois tableaux... et à trois strophes du Stabat, ou plutôt à trois mots de cette touchante et sublime complainte des douleurs de la Sainte Vierge.
Premier tableau. La rencontre de Jésus et de Marie sur la route du Calvaire: le spasmo... Il montait portant sa lourde croix, et déjà deux fois il était tombé sous ce poids... Les soldats, les bourreaux l'avaient relevé à grands coups de lance... et, sans se plaindre, il continuait à gravir la colline du supplice, quand une fennne, 3Iarie, sa mère, s'avançantau milieu de la foule, vint au-devant de lui... et leurs regards pleins de larmes se rencontrèrent... 0 mon fils! 0 ma mère!.., et le glaive de la douleur entrait bien avant dans l'âme de la Sainte Vierge... Mettez-vous^ parla pensée, entre Jésus et Marie, afln que leurs regards tombent sur vous et vous pnrilient. En silence, vous continuerez cette contemplation, cl vous serez touché d'un sentiment de repentir et d'amour.
Deuxième tableau. Jésus est détaché de la croix, et remis aux bras de sa mère. Le divin Sauveur était mort depuis plusieurs heures... Son cœur avait été percé par le fer de la lance cruelle, et toute la foule élait descendue de la montagne. Seules, Marie, mère de Jésus, et Madeleine étaient restées avec Jean, le disciple bien-aimé, au pied de la croix sanglante. Marie, en silence, pleurait ; Madeleine poussait des cris... quand Joseph d'Arimalhie, aidé de quelques amis fidèles, vint pour détacher le corps divin et l'ensevelir. Marie, debout auprès d'eux et tendant les bras, demandait qu'on lui rendit le corps de Jésus. Et quand elle l'eut reçu, elle tomba frappée au cœur par un coup terrible de ce glaive des douleurs. Elle pleurait sur les plaies dont elle étanchait le sang. Elle mettait sa main tremblante à lablessure du cœur, comme pour voir s'il y avait encore une espérance de vie, mais, hélas! il était mort... et, le pressant contre son cœAir, elle répétait à voix basse : Mon bien-aimé est à moi ! Dilectus meus mihi /(Gant., 1, 12.) Ah ! priez-la, par ses souffrances, d'avoir pitié de vous, à l'heure de la mort, et après la mort, de vous regarder encore comme son enfant... C'est là en effet la vive image d'un pécheur: Jésus pâle, sanglant, glacé parla mort, eiiire les bras, sur le cœur de Marie, sa mcic.
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S'il prie, ce malheureux enfant, il est sauvé ! Troisième tableau. Marie, dans la solitude, la nuit, au tombeau de Jésus. Nuit sombre et de larmes... mystère touchant, qu'on célèbre dans bien des contrées catholiques, la nuit môme du Vendredi saint... La Soledad, en Espagne, est une de ces cérémonies funèbres qui arrache- , raient des larmes aux cœurs les plus durs. Représentez-vous donc Marie seule, debout, en silence, auprès de ce tombeau; un pâle rayon de la lune voilée éclaire la grotte mystérieuse du Saint Sépulcre, et le front de la Mère des douleurs... Quelquefois elle appelle Jésus, et l'écho de la montagne répète seul ce nom béni : Jésus!... Entrez dans le cœur de Marie, pour voir la blessure profonde du glaive des douleurs. Elle a tout perdu... Qui jamais a pu dire comme elle : Mon Dieu est mon tout, Dens meus et omnia! et il est là, mort! au tombeau! approchez-vous doucement, en silence, comme pour la consoler, et entendez cette parole : Recedite a me, amarè flebo..'. (Is., XXII, 4). Allez, laissez-moi pleurer!... Manus cnim vesirae sanguine plenae sunt (Is., i, 15). Ah! retirez-vous, vos mains sont pleines de sang, de son sang! Et solum mihi superest sepulchrum (Job, XVII, 4). Je n'ai plus que sa tombe et le désert, l'exil et la mort!... Méditez et pleurez vos
péchés, cause de tant de douleurs, et souvenezvous de la solitude de Marie aux jours d'épreuve et des délaissements : quand tout vous manque à la fois, au ciel, sur la terre, quand votre cœur même s'est comme perdu dans les pleurs. Et ipsiim non est rr.ecum (Ps. xxxvu, H). Souvenezvous alors de Marie et de ses douleurs, Gemilus matris iuae ne ohliviscaris (EccL, vu, 29).
En terminant celte contemplation, vous méditerez, selon la deuxième manière de prier de saint Ignace, trois mots de la complainte touchante de la sainte Vierge au Calvaire.
1° Slabat mater. Debout, une mère; la voilà comme un prêtre à l'autel, debout au pied de la croix de Jésus. Debout! et nous, sitôt abattus par la moindre souffrance... parce que nous ne savons pas nous appuyer sur la croix. Elle vous soutiendrait ; allons, frères, courage ! Sic state in Domino, carissimi (Phil., iv, 1), debout, state, et comparez vos douleurs à cette douleur... et videte si est dolor sicut dolor meus (Jer., Thren., i, 12)... S taie, carissimi !
2° Sancta Mater istud arjas... Crucifixi fige pla- (jas cordi meo valide. Gravez ses plaies dans mon cœur... Prière sublime! Que ce souvenir des plaies de mon Jésus ne soit pas une vaine image, qui s'efface, mais un sentiment profond, et qui
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reste dans le cœur... Sentiment de douleur, de reconnaissance et d'amour. Afin que je devienne semblable, conforme à cette image de mon Dieu crucifié... Fige plagas cordi meo valide! méditez bien, goûtez cette prière.
3° Fac me cruce inebriari. Quelle parole ! l'ivresse delà croix, ce transport d'amour dans la souffrance. On y arrive par trois degrés de soumission du cœur dans la peine : — résignation, pleine de force, — paix ou abandon, sentiment plein de charme et de douceur, — amour, qui donne le ])onlieur et la joie même dans le sacrifice. C'est l'ivresse véritable des saints. Comme eux on veut toujours boire au calice de Jésus, et toujours s'enivrer de sa croix. Ainsi Thérèse de Jésus, Madeleine de Pazzi, dans leurs transports disaient des choses extraordinaires et peu raisonnal)les, au sens de la nature humaine : Aut pati, uut mori... Non mori, sed pati... ou souffrir, ou mourir... Toujours souffrir et ne pas mourir; elles étaient évidemment ivres de l'amour de la croix, €t de la croix de leur amour.
Humilions-nous, et répétons cependant de tout notre cœur ces sublimes paroles de leurs prières : Sancta Mater, fac me cruce inebriari!... Que je m'enivre aussi de cet amour de la croix !
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