LA MORT DE MARIE
pour. LA lÊÏE DE L' ASSOMPTION.
Yeni, coronaberis.
Venez, vous serez couronne'e.
(Cant., IV, 8.)
Toutes les églises retentissent en ce jour des éloges de la reine des cieux ; et l'image de son triomphe glorieux réjouit le cœur des enfants de Marie, Nous avons pris part à cette joie, et souvent nous avons médité sur son triomphe et son couronnement. Le sceptre du ciel vient de lui être donné, elle en devient la reine et l'amour. Réjouissons-nous avec les Anges, Gaudeamus omnes, et chantons sa gloire... Mais pour nous, Associés de la Ronne Mort, il y aura peutôtre encore une considération plus utile et plus douce à la lois, et c'est la pensée de la mort de Marie qui sera le sujet de notre méditation. Deux propositions bien simples en feront le partage : c
1° Rien de plus beau que la mort de Marie ;
2° Rien de plus doux que la mort de ses enfan Is,
QUATRIÈME ANNÉE. 2/i7
I. El d'ahord, rien de plus beau que la mort de Marie. Mais comment donc? Est-ce qu'elle devait, est-ce qu'elle pouvait mourir? Non, sans doute, elle ne devait pas mourir, Marie, plus pure qu'Adam qui ne le devait pas non plus ; Marie ! plus pure que les Anges qui ne meurent pas. La mort est un châtiment, stipendia. Elle ne l'a jamais mérité, c'est impossil)le. Dieu est juste, elle ne doit donc pas mourir. Mais pourtant clic le peut ; Jé?us-Clirist son fils est mort : si elle veut mourir comme lui, et pour nous ; par amour pour lui, et par amour pour nous, elle le peut... et elle le désirait, elle le voulait depuis longtemps... Elle appelait cette heure qui devait finir son exil sur la terre, et la rendre à son fils... Elle languissait d'amour, et se plaignait avec tendresse à son cœur. Revenez, revenez, ô Jésus, mon fils hienaimé, ou appelez-moi, attirez-moi à, vous. Elle voulait donc mourir.
Mais comment pouvait-elle mourir? Ah! ce n'est pas comme nous, puisque pour nous, la mort est une peine, un châtiment. Nous, nous mourrons de Mort, selon les termes de la sentence : Morte morieris (Gen., n, 17). 3Iarie no mourra pas de mort, mais d'amour. Ici, les flèches de la Mort sont inutiles, et ses tiaits se hri^craieut plutôt que d'atteindre et de frapper ce cœur
2i8 COURS DE LA BONNE MORT.
immaculé; la Mort même sera vaincue dans la mort, et par la mort de cette Vierge très-pure... Il n'y aura donc rien, dans sa mort, de ce que la Mort a coutume de faire. Avant, point de langueurs, de souffrances, de crainte, d'agonie... Après, rien de triste, de terrible ; et dans le tombeau, rien que des fleurs et les parfums les plus doux des vertus célestes. Mais encore comment est-elle morte ? Est-ce dans un doux transport d'amour, ou dans l'élan de ses désirs impétueux ?... Son âme a-t-elle soudain brisé les liens qui l'unissaient à son corps virginal, ou bien sans effort s'est-elle détachée doucement pour s'élever au ciel, comme on voit le parfum de l'encens monter au trône de Dieu?... ou comme la flamme qui s'élève? Nous ne savons pas, l'Écriture sainte se tait, la tradition n'a pas parlé... Mais, encore une fois, il n'y a pas eu de lutte, d'angoisses, d'agonie. La Vierge était restée à genoux, immobile, les yeux fixés au ciel, et les bras étendus vers Jésus, son fds unique et son Dieu, qui l'appelait pour la couronner. Enfin, après avoir passé, comme lui, trois jours dans le tombeau, elle en est sortie pleine de vie et de lumière ; elle a laissé les fleurs dans sa tombe glorieuse; et, triomphante, elle est montée au ciel sur l'aile des anges. Il n'y a rien de plus beau,
de plus saint que cette mort; ou plutôt, ce n'es! pas la Mort, la victoire de la Mort, c'est le triomphe de l'amour.
II. Rien de plus doux que la mort des enfants <le Marie, car c'est pour nous qu'elle a brisé les dards de cette ennemie puissante... Non-seulement les serviteurs de la Vierge, et ses enfants, ne craignent plus la Mort ; ils se jouent pour ainsi dire avec elle, et souvent elles l'appellent de tous leurs désirs... Non-seulement elle a perdu sur eux ses terreurs et ses angoisses, mais elle n'a pas même conservé ce nom si sombre et si triste; la moi't pour nous, c'est un doux sommeil, un repos délicieux. 3Iourir, pour nous, c'est nous endormir sous les yeux, dans les bras de notre mère, et n'est-ce pas le plus doux lierccau de l'immortalité ? Ne pleurez donc pas, il est si doux de mourir quand on aime Marie f disait, à la fleur de l'âge, un de ses enfants. Déjà plusieurs de nos pieux associés ont aussi rendu le dernier soupir en souriant, en chantant, ou en baisant leur image vénérée. Mais vous voyez bien que si souvent nous lui avons demandé de prier pour nous, de nous protéger, à l'heure de la mort, qu'il est impossible qu'elle l'oublie. Elle vient donc pour consoler ses fidèles serviteurs, et, comme Jésus descendait des cicux pour venir au-devanl Oc sa
sainte mère et la couronner, ainsi cette Vicige bénie vole au secours de son enfant pour le protéger, praesto adest (S. Bern.), et le conduire ellemême dans sa patrie, et jusqu'à son trône glorieux.
Terminer la méditation par un colloque fervent à Marie, et lui demander une dernière bénédiction, et l'une de ses vertus en béritage, quand elle monte au ciel, ou la grâce de mourir comme saint Stanislas Koslka, au jour môme de son triomphe dans la gloire.
CINQUIÈME LEÇON