DE LA CRAINTE DE LA MORT
Morte morieris.
Vous mourrez de mort.
(Gen., Il, n.)
La mort ! C'était la menace terrible du Dieu Créateur au premier homme, morte morieris ; c'était la sanction de sa loi, et la sentence même de la condamnation, s'il n'obéissait pas. Sanction solennelle, la peine de mort ! arrêt formidable qui a frappé notre malheureux père et qui tombe sur tous ses enfants. La très-sainte et Immaculée Vierge Marie, mère de Dieu, seule ne pouvait être soumise à cette loi fatale... Non enim pro te^ sed pro omnibus haec lex constituta est (Esth., XV, 41).
Mo7'te morieris. Cette parole sacrée nous donnera le sujet des deux dernières instructions de cette année. Nous examinerons sérieusement :
1" Pourquoi nous craignons la mort ; la raison de ce sentiment universel, et 2° si nous pouvons la désirer ?
Aujourd'hui, de la crainte de la mort.
L C'est un fait constant, que tous les hommes
craignent naturellement la mort... Cela n'aurait pas besoin de preuve assurément; il peut être utile toutefois de bien démontrer la vérité de ce sentiment de crainte, je dirai presque d'horreur, avant d'en donner les raisons. Ainsi que ne fait-on pas p»ur éviter la mort, pour sauver sa vie et prolonger ses jours, comme on dit? il ne s'agit en effet que de si peu de jours... On souffre tout, plutôt que de mourir... on a vu même des martyrs, si impatients de donner leur vie pour Dieu, et qui allaient en chantant à la mort; on en a vu, comme le bienheureux Bobola de la Compagnie de Jésus, par un mouvement naturel et tout à fait irréfléclii, lever le bras pour détourner le glaive qui devait, en leur tranchant la tête, leur assurer un bonheur éternel et la plus grande gloire. Ce qui prouve encore mieux peut-être la crainte de la mort, c'est l'ardeur vraiment incroyable avec laquelle des hommes, des chrétiens, des saints mômes se rattachent à la vie, après une longue maladie qui les avait conduits, pour ainsi dire, à la porte du ciel. On les voit, aux jours de la convalescence, revivre avec bonheur... Et c'est encore pour cela qu'il faut tant de précautions pour annoncer aux malades qu'il y a danger, et que peutêtre ils pourraient bien mourir ! C'est donc un fait, nous craignons la mort.
2" Mais cela esl l)ieii étonnant, puisque c'est naturel, et que tous meurent; mourir, c'est aussi naturel que vivre et pleuier, — manger ou doi-mir... Quelle est donc la raison de cette crainte ? Ah ! déjà nous avons dit une parole célèbre : Stipendia! la mort est une menace, une sentence, un salaire terrible. C'est un châtiment affi'enx, un supplice. Le prisonnier condamné à mort tremble quand il entend les pas du geôlier ; si on touche aux verroux, si la porte du cachot s'ouvre et roule sur ses gonds i-etentissants, il a peur, il croit que c'est le dernier jour, l'heure fatale... Eh bien ! c'est ainsi que nous craignons le moindre bruit de mort; le souvenir, la simple pensée même de la mort...; nous sommes condamnés, et nous ne savons pas le jour de l'exécution. C'est une épée toujours suspendue sur notre tète... On tremble qu'elle ne tombe et frappe.
3° Il y a encore une autre raison de celte crainte, c'est que la mort est un passage... passage redoutable, même au i)lus juste, qui espère, sans doute, mais qui reste, hélas ! dans l'incertitude. Cette route de l'élcrnitéqui vas'ouvrii-, vat-eliele conduire aux portes du ciel, ou à l'abîuie du désespoir ? Les saints tremblaient. Ililarion, cet ami de Jésus-Christ, qui avait passé tant d'années au désert et dans les larmes, encourageait,