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comme il pouvait, son âme épouvantée en ce moment du départ ; et l'un de nos chers associés (1) disait en mourant : C'est ce passage qui me fait peur, ce passage et l'entrée dans l'éternité, mais pourtant j'espère !
4° La dernière raison de notre crainte de la mort, et la principale peut-être : je le dirai, c'est l'action de l'esprit de ténèbres sur notre imagination, et la fatale influence de cet ennemi de Dieu et de notre âme. Il sait combien ce souvenir de la mort serait utile, combien cette pensée serait efficace pour nous délivrer du mal, et nous porter à la perfection de la charité ; et, en exagérant encore cette crainte naturelle que nous avons de la mort, il nous empêche d'y penser, et, par conséquent, il nous prive de ses lumières et de ses conseils admirables, comme nous l'avons vu précédemment. Que la crainte de la mort ne nous empêche pas au moins de penser à elle, memora?'e !
Et puis, il n'y a vraiment qu'une seule mort à craindre, c'est la mauvaise, c'est-à-dire la mort dans le péché. Pour toutes les autres sortes de morts, qu'importe après tout ! L'Église, dans sa prière sublime, ne demande que cela pour ses
( I ) Le P. Chastel, mort dans la maison du Jésus» le i février 18G1.
enfants; A malâ morte libéra nos, Domine, et si elle ajoute ensuite « subitaneâ et improvisa morte; délivrez-nous aussi, Seigneur de la mort subite, elle explique assez sa pensée, par celte seconde parole improvisa, qui veut dire imprévue, non préparée... Car encore une fois, une mort subite ou non, qu'importe pour l'éternité ! Il n'y a vraiment à craindre que la mort dans le péché, la mauvaise mort... à malâ morte... Déjà nous avons perdu plusieurs de nos cliers et fidèles associés victimes d'une mort subite; mais quelles saintes espérances n'ont-ils pas laissées de leur salut et de leur bonheur !... et qui pourrait craindre une mort semblable à celle de notre digne et saint ami le Président de Boisbrunet, qui, en rentrant de l'église, le jeudi de la mi-carême, cette année 1863, tomba doucement à genoux dans sa chambre, et mourut au pied de l'image de 3Iarie Immaculée.
Et qu'importe encore qu'elle soit horriblement douloureuse, ou calme et pleine de douceur ! je vous dis qu'il n'y a de terrible et à craindre qu'une mauvaise mort. Deux de nos associés allaient au ciel, sous mes yeux, par une voie bien différente : l'un en proie aux souffrances les plus atroces, et dévoré par un horrible cancer ; il ne craignait pas de mourir, certes ! mais il ne refusait pas de souf-
frir encore; l'heure arrivée, il jeta un dernier cri de douleur, et ses traits gardèrent une lumière, un sourire de paix céleste et de bonheur (1). L'autre s'en allait doucement de ce monde où tout lui avait souri. C'était une jeune mère ; et elle laissait de grandes espérances et de bien doi^ces affections : deux petits enfants qui avaient tant besoin d'elle ; elle s'en allait à vingt-quatre ans, et ses derniers mots révèlent toute la sérénité de son âme : Laissez-moi un instant dormir un peu..., tenez, je m'endors... Et c'était le repos éternel !... In pace in idipsum dormiam et requiescam (Ps. IV, 9) (2). Qui pourrait craindre ces morts, ou plutôt qui pourrait ne pas les envier et les désisirer ? Moriatur anima mea morte justorum (Num. xxnr, 10).
Une seule conclusion de toutes ces pensées, toujours memorare /... Et ne craindre que le péché, qui conduit les âmes à la mort éternelle.
Pratique : répéter souvent l'invocation : à malà morte, libéra nos.
(1)M. José Mas, de Valladolid, mort le 14 janvier 18GI. (2) La comtesse Joachim Murât (née Blanche Marion), morte le 2l août ISOI.
QLATRIÈME ANNÉE. ' 283
DOUZIÈME LEÇON