DU DÉSIR DE LA MORT
Moriatur anima mea morte
justorum !
Puisse mon .ime mourir de
la mort des justes!
[Nuni., xxiii, 10.)
Cetto parole, dans la bouche du Prophète, était une prière, et peut-être qu'il demandait plutôt à Dieu de mourir dans sa grâce, que la grâce de mourir... mais il n'y a pas de doute que, dans mille autres textes, le Roi David n'ait exprimé dairement ce vœu de la mort, et sohicité cette faveur... Il se réjouissait à lu pensée d'aller dans la maison de son Seigneur... Lnetatus sum in his quae dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus... (Ps., cxxr, 1); il demandait des ailes pour y aller tout de suite, et s'envoler au ciel... Quando ventam et apparebo (Ps. XLI, 3) ? Quis dabit mihi pennas sicut columbac, et volabo ! et requiescam ?... (Ps. i.iv, 7.) I/apôlre saint Paul a \m-\è avec encore bien plus d'énergie, (juand il criait de toutes ses forces, pour être délivré de sa prison par la mort : Quis lue libtrnhitdc covporemortis liujus ! (llom., vu, ^i."! Beaucoup d'autres saints, à l'exemple de Paul, or. t
souhaité de voir briser leurs liens pour être avec Jésus-Christ, Desiderium habens dissolvi, et esse cumChristo... (Philip, .i, 22.) Il ne peut donc rester aucun doute sur cette question ; 11 est permis de désirer la mort comme un gain : mori lucrum (ibid.). Rien de plus touchant, de plus poétique même, que les exclamations de Thérèse de Jésus, et ses chants sublimes et languissants d'amour. C'est elle qui se mourait de ne pouvoir mourir.
Tertiillien, et après lui saint Augustin, affirment que c'est même ce sentiment du désir de la mort qui dislingue les vrais enfants de Dieu, les chrétiens. Tandis que les autres la craignent, ditil, nous l'appelons, nous, de tous nos vœux, et nous la désirons de tout notre cœur, ne cessant répéter cette prière de notre maître : Adveniat regnum iuum.
Mais pourquoi pouvons-nous désirer la mort ? Il suffira, pour répondre, de dire ce que c'est que la vie, et ce que c'est que la mort, la Bonne Mort, la seule dont nous parlons aujourd'hui et que l'on puisse désirer.
1° La vie, c'est un voyage, un triste voyage dans le désert, dans la nuit. — Et encore il y a tant d'ennemis qui nous empêchent de marcher, etqui voudraient nous fermer l'entrée de la terre promise ; il y a tant de peines et de dangers ; on n'y
trouve que la source amère des larmes, dans ce désert affreux, et des serpents cruels. C'est une traversée au mileu des mers et des écueils, par des jours de tempêtes et des nuits d'orages. Voilà ce que c'est que la vie... Et la mort, la Bonne Mort, c'est l'arrivée au port éternel, au rivage de la patrie ; c'est l'entrée dans celte terre promise où coulent le lait et le miel, ou plutôt le torrent des délices mêmes et le fleuve de la paix !... Quisdabit?
2° La vie, c'est un combat, militia est vita hominis (Job, vil, 1), une lutte terrible, incessante : nous avons tant d'ennemis visibles, tous acharnés à notre perte ; ennemis au dedans et au dehors... et il est si diflicile de résister et de vaincre ! Les intrépides mêmes ont été blessés, vaincus dans ces combats mystérieux... Et la mort, c'est la fin du dernier combat, de l'agonie, de la lutte qui décide la victoire et assure le triomphe... c'est le jour même de la paix éternelle, et l'heure du triomphe glorieux... Quis dabit ?
3" La vie, c'est un exil... loin de la maison de notre Père céleste et de la véritable patrie. Nous vivons séparés de tout ce que nous aimons sur tette terre; on nous attend, on nous appelle au ciel. Et la mort... elle nous rendra tout; nous retrouverons, nous reverrons dans la patrie notre père, notre mère chérie, et nos frères bien-ai-
niés;.. Oh ! quand donc viendra ce beau jour, et combien de temps encore faudra-t-il gémir dans cet exil ?... Heu ! mihi quia incolatus meus prolongatusest /...(Ps. cxix, 5.) Quis dabit ? Ohl comme il avait bien compris cela, ce digne et fidèle associé de la Bonne Mort, qui, à l'heure même de mourir, interrogé s'il n'avait pas quelques regrets, répondit avec transport : Pas plus que le pauvre exilé de la Sibérie, à qui l'on annoncerait qu'il est libre, et qu'il va rentrer dans sa patrie et retrouver sa famille (1). Et un autre à qui l'on disait devant nous qu'on allait bien prier pour sa guérison. Oh ! non, s'écria-t-il avec un transport qui fit verser des larmes à tous... mais plutôt le ciel; que je meure pour aller au ciel (2) !... Et encore celui qui disait en mourant : Je suis si heureux d'aller au ciel ! Quisdabit ?... (3).
4° La vie, c'est une prison, carcere duro; l'âme captive y porte sa chaîne pesante, et soupire après le jour de la liberté. Quels liens de fer, quelles ténèbres ! quelle solitude ! ou bien quelle horrible compagnie dans ce cachot obscur ! Et la mort,
(1) Le marquis de Narp, mort le 27 janvier 18C0.
(2) Le prince Nicolas Metcherski, mort le 22 de'cembre 1862.
(31 M, Eugène Harlé d'Ophove, mort le 9 novembre 1863, à l'âge de vingt-neuf ans... riche et heureux ; mais qu'est-ce que le bonheur de la terre auprès du bonheur du ciel t
c'estle mur de la prison qui tombe, c'est la porte du cachot qui s'ouvre. Qnis f/y/^^V ?... C'était la pensée vive, le désir ardent de ce pauvre lépreux qui chantait dans les bois, le jour de sa délivrance, et tressaillait de joie en voyant tomber le mur de sa triste prison , c'est-à-dire les lambeaux mêmes de sa chair consumée par un feu impur et dévorant.
W'hdiYvi, c'c^\.\^\x\OYi, mors est pot lusdicendaqunm vita... et quaedam prolixitas mortis (S. Grég., vi). Tant de misères pour l'àme et pour le corps !.,. C'est vraiment comme demeurer dans un tombeau; l'àme y est ensevelie, etla corruption commence ; la pourriture va la gagner. Hélas ! par cette image effrayante du corps delà mort, c'est du péché que l'Apôtre voulait parler... du péché qu'on ne peut toujours éviter dans cette triste vie. Quisme liberabit de coiynre mortis Iwjus ? (Rom., vu, 24.) Il voudrait absolument en être délivré. Ah ! si, par malheur ou pir cruauté, un homme avait été enfermé vivant dans une tombe, quels désirs n'anrait-il pas d'en sortir ! quels efforts ne ferait-il pas pour soulever ou briser le marbre du sépulcre !... Et nous !... c'est la mort seule c|ui pourra nous délivrer, nous arracher à ce supplice !... Quis me liberabit ?... Quisdabif ?
Malheuicux que nous sommes, nous tenons à
cette vie, nous nous attachons à cette terre, nous aimons ce monde ; nous chantons dans notre exil, dans la captivité et dans la mort. Ah ! c'est que nous ne savons pas aimer Dieu, et que nous avons ouhlié les douceurs de la terre promise. 11 avait bien mieux compris la parole du saint Apôtre, ce bon religieux de la Compagnie de Jésus, qui disait en mourant ces deux mots si simples : Dieu soit béni, et le péché fini ! !.. .
Terminer cette méditation par une prière à Jésus montant au ciel : Trahe me post te, curremus... ou à 3Jarie, au jour de sa glorieuse Assomption, la prière de saint Stanislas Kostka, qui a mérité de la suivre dans la gloire et d'aller contempler son triomphe : Volabo, et i^equiescam !
NEUVArNES A SAINT JOSEPH
Tous les ans, pour nous préparer à la fête du patronage de saint Joseph, fête principale de l'Association de la Bonne Mort, nous faisons une neuvaine solennelle.
Ordre des exercices.
A sept heures, — première Messe pour les Associés.
A neuf heures, — seconde Messe, suivie d'une méditation d'une demi-heure, et de la récitation des trois Pater et Ave, et de l'invocation : Saint Joseph, priez pour nous, répétée trois fois ; c'est la petite neuvaine.
Le. soir, à huit heure.s, — Assemhlée.
Cantique, iustruetion.
Récitation des sept Pater et sept Ave, avecrinvocation à saint Joseph pour la grande neuvaine, et à l'intention de tous les Associés.
Au salut: Ave ver umoi Ave Maria ; après la bénédiction, on chante trois fois Sancte Joseph, ora pro mbis. Cet exercice est terminé à neuf heures.