DEUXIEME JOUR
l'espérance.
Suavis est Dominus, beatus vir qui
sperat in co. Le Seigneur est bon, heureuxTliommo
qui met en lui son espérance.
(Ps. xxxiii, 9.)
Si le juste vit de la foi, l'homme vit d'espérance ; et l'ennemi de Dieu, notre ennemi, cher-
che avant tout à nous ravir ce bien siiprômc, qui nous rattache au ciel, par l'ardeur des plus saints dcsiis, et à Dieu, par la foi et l'amour : car celte vertu tient à ses deux sœurs par des liens éternels ; Fides est sperandarum suhstantia reruûi (Hcbr., XI, 4). Nous pouvons affirmer que l'espérance a été une des vertus caractéristiques de Joseph, et l'on poujrait faire un beau panéiJiyiique de ce grand saint, en développant seulement cette proposition, dans laquelle on renfermerait toute sa vie : Dieu s'est confié à Joseph ; Joseph s'est confié à son Dieu ; et, parcourant les mystères de la vie mortelle de Jésus, et la vie de son père nourricier jusqu'à sa mort, nous pourrions admirer les prodiges que cette vertu a opérés en Un. Qu'il nous suffise de rappeler, comme sujet de méditalion du jour, le mystère de la fuite en Egypte. Quelle confiance ! quel abandon !
Et maintenant, suivant le même plan, et tous les jours désormais, dans la neuvaine,
1° Disons ce que c'est que l'espérance;
2° Voyons si nous en avons encore.
\. L'espérance est un désir plein de confiance, une aspiration vers un bien qu'on croit pouvoir atteindre, c'est la foi du désir. Mais ici encore, pour mieux comprendre la nature de cette vertu, méditons-en l'acte ou la formule : Mon Dieu, f es-
père, eic, où nous voyons, 1° l'oô/'e^ ou le terme de ce désir, ou ce qu'on espère : c'est la grâce de Dieu aujourd'hui, et demain, Dieu même au ciel ; 2° le wo^//" ou la raison de cette confiance, c'est encore Dieu, sa bonté, sa puissance : Tu es. Domine, spea mea (Ps. xc, 9) ; 3° les conditions pour arriver à la possession de ce Lien infini ; c'est la fidélité à la loi, aux commandements du Seigneur. Voilà l'espérance chrétienne. Elle exclut d'une part la présomption, qui anéantit les conditions des divines promesses, et d'autre part les craintes, les ■ défiances, les découragements, les désespoirs ; sentiments plus coupables encore et qui anéantissent les motifs de notre confiance, et outragent ' par conséquent les plus beaux attributs du Seigneur, sa puissance et sa bonté.
Or, si les actes de cette vertu glorifient Dieu, ils sont bien nécessaires à la vie de l'homme. La force et la douceur de l'espérance triomphent de tout : c'est la lumière et la vie du cœur, c'est la fleur des ruines, l'espérance; et tant qu'on espère, on peut tout. Le malade peut guérir, le soldat peut vaincre. Le chrétien, par l'espérance, est sûr d'aller au ciel; caria miséricorde divine le prévient, le suit, l'environne de toutes parts, et repose encore sur sa tèle, comme une couronne. Qui sperat in Domino misericordia praeveniet eum,
PREMIÈRE NEIYAINE A SAINT JOSEPH. 301 misericordia subsequetur, miset'icordia circumdabit ; et non recedet... misericordia tua magna est super me
(Ps., XXII, XXXI, I.VIII, LXXXV)...
II. Mais il ne faut pas nous contenter de cette étude spéculative, nous devons tirer de celte doctrine des conséquences pratiques... Examinons donc où en est notre espérance : Ubi est spes tua ? (Toi)., VI, 2.) Tâchons de sauver les âmes, et de les empêcher d'être précipitées dans l'abîme du désespoir,en leur montrant comment leurenncmi s'efforce de les entraîner. Le perlido, quelquefois, ravit ce trésor aux enfants de Dieu, avant qu'on s'aperçoive même de ses attaques, et il les jette dans une sorte d'hérésie praticjue et la plus fatale de toutes les erreurs ; il leur fait croire qu'ils ont commis trop de péchés, des péchés trop énormes, pour être jamais sauvés. Il commence parla tristesse, qui (ue déjà les âmes, multos occidit tristitia (Eccli., XXX, 25), puis il aliat, il décourage; et de là au désespoir même, il n'y a plus (|u'un pas; il nous persuade (jue Dieu nenousaime plus, parce que nous l'avons oflensé; mais c'est un mensonf^e.unc hérésie, car Dieu a dit le contraire. Le Bon Pasteur, le Père de l'enfant prodigue aime toujours; il attend, il appelle, il cherche et pardonne Il n'aime pas le péché, non, il le liait, mais il aime le pauvre pécheur. C'est comme une
mère ; elle n'aime pas la boue dans laquelle son enfant est tombé, mais elle aime bien son entant; et plus cet enfant est malheureux, plus il est aimé, et plus le pécheur est coupable, plus on a pitié de lui ; et s'il espère, il est sauvé. Propitiaberis pecca(o meo, multum est enim (Ps. xxiv, il), vous me pardonnerez, car j'ai beaucoup péché. 3Iais le malheur, c'est que l'enfer nous attaque avec tant de perfidie, qu'on ne s'aperçoit presque pas des ravages qu'il fait dans les âmes : aussi, bien peu combattent, et c'est à peine si on s'accuse d'avoir manqué d'espérance.
Cependant rentrez ici en vous-même, et voyez si vous en avez encore un peu. Croyez-vous que Dieuapardonné tout le passé? aujourd'hui, comptez-vous sur sa grâce? et pour demain, espérezvous aller au ciel ? Et pourquoi donc ces tristesses etccsdécouragements?... Je connais des chrétiens qui diraient aujourd'hui comme ce malheureux Luther : Beau ciel ! je ne te verrai jamais ! et pourtant il y aune place pour eux au ciel. Jésus-Christ a été la préparer ; ils iront même, car le Seigneur ne permettra pas qu'ils soient ainsi trompés jusqu'à la lin par l'ennemi de leur bonheur et de sa gloire. 31ais qu'ils prient, qu'ils ne cessent d'invoquer Marie, mère d'espérance, et saint Joseph, notre Protecteur; malgré toutes leurs faiblesses,
fju'ils fispèrcnt contre toute espérance ! Ego autan sanper sperabo (Ps. i.xx, 14).
Finir par un acte sublime d'espérance, jusqu'à l'abandoti. Jn te, Domine, speravi ; non confundar in aeternum {Vs. xxx, 2).