LA CHARITÉ
Fides, Spes, Cliaritas : Iri.T liaec ; major autem horum est Cliaritas.
Foi, Espérance, Ciiarité, ce sont trois ijclli'S vertus, mais la plus grande est la Charité.
(1 Cor., jtiii, 13.)
Assurément, la cliarité.l'amour l'emporte ; c'est la plus belle, la plus parfaite de toutes les vertus, c'est la fin, la consommation de la loi, la seule mesure du mérite et de la gloire. — C'est toute la loi du Seigneur : Diligcs. Saint Joseph a été grand par sa foi et son espérance, mais bien plus grand par son amour. Ah! (jui potu'ra dire les tendresses de son cœur, les dévouements de son âme pour Jésus ; mais qui peut concevoir les communications incflahles, les doux entreliens do Jésus avec Joseph, quand celui-ci portait l'Entant dans ses Ijras et le pressait sur son cœur ; quand ensemble ils Iravaillaient à Nazareth, des jour-
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nées entières, et qu'ils prenaient leur repas!... L'àme se perd dans ces contemplations ; il se fait dans le cœur un grand silence ; on croit voir, entendre Jésus et Joseph... Oh ! qu'ils s'aimaient!... ISous allons encore dans cette méditation suivre le plan ordinaire :
1° Une étude dogmatique sur la charité ;
2° Un examen pratique.
I. Qu'est-ce que la charité, l'amour ? Il n'est pas nécessaire de définir ce sentiment affectueux de désir, ou heureux de la possession. L'amour de Dieu est la plus excellente des vertus théologales, parce qu'elle unit plus parfaitement l'homme à Dieu par la vie de son cœur ; elle va jusqu'à nous transformer en lui. Deum amas, Deus es, si vous aimez Dieu, vous êtes Dieu, mais aussi si vous aimez la terre, vous n'êtes que de la terre, dit avec raison saint Augustin : Terram diligis, terra es.
Méditons ici notre acte d'amour... Mon Dieu, je vous aime, etc. Vous avez dans cette prière la notion la plus vraie de la vertu de charité. 1° Le terme ou Vobjet de votre amour, c'est Dieu; 2" le motif, ou la raison, ses perfections infinies ; 3" la mesure, par-dessus toutes choses : Modus amandi Deum estamare sine modo (S. Bern.). Or cette vertu est si nécessaire, que, sans elle, on n'est rien; on ne peut rien : Nihil sum, nihil milii prodest
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Cor., -Xiii, 23), et les cflets de la charilé sont si grands qu'elle seule suffit... Elle justifie le pécheur. Un seul acte de cliarité parFaite repure tout, purifie tout; elle élève, elle transforme l'ànie fidèle ; c'est la perfection, mais aussi c'est le ciel sur la terre. Da mihi amantem et scntiet quod dico (S. Aug.) : donnez-moi un cœur qui aime, il sentira, il comprendra ce que je dis. Rappelez-vous seulement quelques paroles des Saints qui brûlaient de cet amour. Saint Paul : Quisnosseparabit à caritate Chrisli?... Qui pourra me séparer de l'amour de Jésus-Christ'/ {Rom., vni, 35); et les exclamations de Thérèse de Jésus, et vous apprend]"ez,dans leur vie d'amour, la nature ou les qualités que doit avoir la charité vraie. Elle donne, elle sacrifie tout à Dieu, sans réserve, sans partage, sans retour. L'amourne vit que de sacrifices et de larmes ; ce feu saci'é ne s'entretient qu'avec le bois de la croix. Mais, hélas ! Amor non amatui\ . lie frigesc et char i (as multorum (Mallh. ,\xi\' ,1^^) . Non, l'amour n'est pas aimé; la charité s'est refroidie dans les cœurs... nous vivons dans un siècle d'indifférence... Examinons donc, et voyons si notre cœur ne s'est pas glacé, s'il n'est pas murt aussi... mortuus à corde (Ps.xxx, 13).
H. Amas me? ftraimez-vous'/ dit Jésus-Chrisl, AVanl de répondre, rappelez-vous ces principes
aussi simples qu'incontestables : c'est que les cœurs qui s'aiment ont nécessairement une double action sympathique et antipathique. C'està-dire qu'on a les mêmes sentiments, les mêmes goûts; on aime et l'on n'aime pas les mêmes choses : Eadem velle, eadem nolle. C'est la règle, c'est la loi générale de l'amitié... Si vous aimez le Sauveur Jésus, vous devez avoir les mêmes antipathies, les mêmes sympathies, vous aurez donc horreur de tout ce qui lui déplaît, vous aimerez, enfin, tout ce qu'il aime. Eh bien! voyez, avezvous horreur du péché, du péché mortel surtout, qui lui déplaît infiniment, qui le blesse, et qui lui donne la mort ?... orrcur du péché véniel, quia pour effet de le contrister, de diminuer son amour dans les cœurs ? — Ah ! pouvcz-vous dire que vous aimez Notre-Seigneur, vous qui le crucifiez dans votre âme, et vous, qui par tant d'infidélités, ne cessez de percer son cœur avec des épines cruelles!... Voyez : et maintenant avezvous les mêmes sympathies, les mêmes pensées, les mêmes sentiments, le même langage? y a-t-il quelque rapport entre votre vie et la sienne? — Vie de la pensée commune, ce serait la prière ; aimez-vous la prière, vous plaisez-vous à vous entretenir avec lui? — Vie de sentiments, ce sérail le goût des choses de Dieu, de sa parole, de
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SCS sacrements. Aimez-vous les saintes lectures, in divine Euchai-isticy vous voit-on souvent à la Table sainte ? Enfin il faudrait une conformité de langage entre vous; mais n'y a-t-il pas plutôt op position, contradiction même entre vos paroles et celles de Jésus-Christ? Le monde ne parle pas comme l'Évangile, assurément... Vous aimez le monde, vous parlez comme lui; et Jésus nel'aime pas; il le maudit...
Mais ce sont les œuvres surtout qui sont la preuve, la règle de l'amour, et qui doivent décider la question. L'amour ne vit que de sacrilîces ; on souffre avec bonheur pour celui qu'on aime. Aussi Jésus a-t-il aimé la croix ; il est mort par amour pour nous : ah! si nous l'aimions, nous ferions tout pour cet amour, omnia vestra in cJiaritate fiant (ICor., XVI, 14); et les plus grands sacriHces ne nous coûteraient rieu. Dulcis tyrannus amor (S. Ambr.). Ubi amatur non laboralur, nut si laboratur, labor amatur tS. Aug.). Amor non sentit onus. Amans currit, volât et lactatu?- (luiit.). C'est un doux tyran que l'amour. Quand on aime, on ne souffre pas, ou si l'on souffre, on aime à souffrir. Quand on aime, rien ne pèse; on court, on vole avec joie. Eh bien ! maintenant, répondez à Jésus-Christ! Il vous demande si vous l'aimez. Amas me?...
Eu terminant cet exercice, humiliez-vous devant Dieu; demandez, |)ar l'intercession de samt Joseph, la grâce d'aimer Dieu, et rappelez-vous souvent, dans le courant de la journée, voire acte de charité. Celui que vous trouverez dans ce Manuel ^ et qui est de saint Ignace , est fort heau ; je vous conseille de le méditer, selon la deuxième manière de prier. Suscipe... Amorem tui soluni cum gratiâ tuâ milii dones. 0 mon Dieu! je ne vous demande que cela, de vous aimer, et c'est assez; je suis assez riche, je ne veux rien de plus : me aliud quidquam ultra posco. Amen.