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LA PRUDENCE

Ciistos prudentiae inveniet bona.

Celui qui gartle.Ia prudence trouvera tous les biens.

(Prov., XIX, 8.)

Nous allons commencer une autre série de vertus, pour les étudier dans le cœur de saint Joseph, et apprendre de lui à les pratiquer; ce sont les vertus cardinales, ainsi appelées, parce qu'elles sont la hase et le principe de toute per-

feclion clirtHienne : la pi-iidencc, la justice, la force, la tempérance. Nous entrerons avec d'autant plus (le bonheur dans la méditation de ces sujets importants, qu'il est plus rare de trouver ces études religieuses, même dans les meilleurs livres de piété. Nous commençons parla prudence, c'est la première de ces vertus saintes. Nous pouvons dire que saint Joseph a excellé dans la prudence. Sa vie entière en serait la preuve la plus touchante. Qu'il nous suffise d'en rappeler seulement deux circonstances, où elle semble avoir atteint la plus sublime perfectiou. La première, c'est au moment des doutes qui s'étaient élevés dans son esprit, et avant de connaître le grand mystère de l'Incarnation. Joseph se tait, vir prudena tacebit (Prov., xi, d2), il attend, il prie, et la lumière du ciel est venue. Se taire, ne pas juger de suite, attendre et prier, c'est une preuve de haute sagesse et de divine prudence. La deuxième circonstance est dans sa fuite en Egypte... Cette vertu se révèle par son obéissance fidèle à Dieu, malgré tous les vains prétextes, que la raison devait opposer à l'ordre qui lui venait du Ciel. Mais ici comme toujours, nous avons à étudier la nnture de celte vertu de prudence, avant tl'en apprendre l'exercice et la pratique.

L Un point de doctrine d'abord : la prudence,

d'après saint Thomas d'Aquin, est recta agendorum ratio; c'est la règle même de nos actions : elle nous montre la tin et les moyens pour y arriver. — Ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter. La prudence évite les extrêmes, tout excès. L'expérience, la circonspection , la docilité, la prévoyance, dirigent la marche et les actes de celte vertu, et sont comme ses compagnes fidèles, et rien ne lui est plus opposé que la témérité et la n-égligence, par défaut ; et, par excès, la ruse ou l'astuce ainsi que la prudence de la chair et une trop grande sollicitude des choses temporelles ou de l'avenir. C'est après avoir donné ces notions sur la prudence chrétienne, que le Docteur angélique s'écrie, avec saint Augustin : Ohl quam multi prudentes dicuntur plané insipientes coram Deo ! Videte itaque, fratres, quomodo cautè ambuletis (Eph., V, lo) ; ne forte dicatis : Nos insensati, ergo erravimus (Sap., v, 4). Oh! combien d'hommes passent pour prudents et ne sont que des insensés devant Dieu ! Voyez donc, mes frères, si VOUS marchez avec précaution, de peur qu'un jour vous ne disiez : Insensés que nous étions, nouij nous sommes donc trompés ! Concluons avec saint Thomas, et disons que toute la prudence consiste à bien choisir la fin et les moyens pour y arriver. Recta jadicare^ recta telle.

II. Maintenant, pour apprendre à aimer et pratiquer celte vertu, commençons par nous rappeler les grands principes des actes humains. La fin, d'abord, la seule fin nécessaire, c'est Dieu, notre salut. Eh bien ! jetez un regard sur le monde entier, et puis examinez votre cœur! Hélas! combien d'insensés qui oublient, ou négligent absolument cette fin, qui ne mettent le salut qu'en dernier lieu, ne cherchent que le monde, l'or, la gloire, les plaisirs de la terre, préfèrent ce qui passe à ce qui est éternel ! Et parmi ceux qui prétendent vouloir se sauver et" servir Dieu , combien d'imprudents qui n'en prennent pas les moyens; qui négligent la prière, les sacrements, et marchent ainsi au hasard, et vont se perdre ! Combien de téméraires qui, malgré leur propre expérience, vont au-devant des dangers, et y trouvent la mort ! D'autres plus insensés encore disent qu'ils iront à Dieu, mais phis tard, et remettent ainsi toujours à un lendemain que peut-être, que sans doute, ils n'auront pas! Ok! quam multi prudentes dicuntur plane insipientes coram Dco ! Et que penser, et que dire de ceux qui s'exposent encore à se perdre, à périr, parce qu'ils marchent sans réflexion, sans conseil, avec une présomption incroyable, malgré tant d'erreurs déjà, et tant de profondes

312 COURS DE LA BONiNE MORT.

])lessures faites à leur âme par les passions^ Mais il ne suffît pas d'indiquer Je mal, tâchons de le prévenir et d'enseigner la sagesse : 1° Quid vitandum... La prudence vous fera donc éviter cette témérité fatale qui perd la jeunesse surtout... Ainsi la lecture des livres dangereux, la fréquentation du monde e,t de ses plaisirs perfides... et ces regards qui donnent la mort. Quid agendum. Réfléchir, demander conseil, se défier surtout de sa faihlesse : la vigilance, la prière, la discrétion. Ce sont les préceptes du roi de la sagesse, et de Jésus-Christ même notre modèle. Veillez et priez : ne vous liez pas à votre prudence; l'homme sage aime le silence. En toutes choses regardez la fin. Vigilate et orate (Marc, XIV, 38). Ne innitaris prudentiae tiiae (Prov., nr, 5). Vir prudens tacebit (Prov. xi, 12). In omnibus respice finem (Imit.). Oh! malheureux, vous avez été si imprudent, c'est un miracle de la miséricorde que vous ne soyez pas encore perdu.

Finir par la parahole des vierges prudentes et des vierges folles. C'est l'image du monde entier. Mais, hélas ! n'y a-t-il pas bien.plus d'âmes folles que d'âmes prudentes '/ Et quel malheur de pousser cette imprudence jusqu'à la mort! car il n'y aura plus aucun moyen de revenir. Voyez donc si vous avez encore un peu d'huile dans la

PREMIÈRE NEUVAINE A SAINT JOSEPH. 3i:{

lampe. La porte va être fermée, et la sentence prononcée sans appel: Clausa at janua.., ncscio t'os(Maltli. XXV, 1:2).

Une prière fervente à saint Joseph, ponr obtenir celte vertu de prudence, qui nous portera non-seulement à éviter le danger, en prenant toutes les précautions nécessaires, mais qui nous engagera à travailler avec ardeur pour amasser quelque trésor dans le ciel.

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