LA JUSTICE
Joseph aiitein vir ejus cùm esset justus. Mais Joseph, époux de Marie, était juste.
(MiiUh., I, 19.)
Joseph avait toutes les vertus, et c'est pour cela qu'il a été appelé à cet honneur incomparahle d'être l'époux de Marie, et le père nourricier de Jésus. Mais enfin l'Esprit-Saint ne lui donne que cette qualité d'homme juste. 11 est vrai qu'elle buppose et renferme tontes les autres, car c'est la fidélité parfaite; il a tout donné à Dieu, à Marie et au divin Enfant : son travail constant et sa vie tout entière ; et c'est pour cela qu'il a été si aimé
de Dieu : Justus Dominus et justitias dilexit(Ps. X, 8).
I. Donnons d'abord une idée de la justice ; puis nous interrogerons notre cœur, pourvoir si nous n'aurions pas manqué à cette vertu essentielle. C'est encore saint Thomas d'Aquin qui va nous éclairer. Il définit la justice : Constans et perpétua voluntas reddendi cuique suum ; Une volonté ferme et constante de donner, de rendre à chacun ce qui lui appartient. C'est comme la probité envers Dieu et le prochain, Une sorte d'honnêteté surnaturelle : oui, surnaturelle, et, par conséquent, le principe de cette vertu étant supérieur et immuable, les effets ou les fruits en sont bien plus précieux et plus constants que ceux de cette probité mondaine, de cette vertu morale que l'on estime, avec raison, mais dont on fait souvent trop parade ; oubliant que l'on peut être un honnête homme, un homme probe aux yeux du monde, et manquer absolument de la justice divine. Il y a, en effet, bien des hommes qui n'ont jamais rien fait pour mériter les galères, mais aussi qui n'ont fait que bien peu de choses pour mériter le ciel. La justice est une vertu si grande, qu'elle se confond avec la sainteté même, comme on le voit dans une foule de textes sacrés .Justus ut paiina florebit (Ps. xci, 13). Beati qui esuriunt
PREMIERE NEUVAINE A SAINT JOSEPH. ÛUIJ et sitiuntjustitiam (Mallli., v, G). Justiautem in pcrpetuum vivent (Sap., vi, 16). Le juste fleurira comme un palmier. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice. Les justes vivront éternellement. Mais résumons toute cette doctrine par un mot du maître, de l'angélique saint Thomas : Jwjtitia exprimit cordis rectitudinem. C'est surtout la droiture du cœur qu'il faut entendre par ce mot de justice.
IL Et maintenant, si nous jetons un re?rard sur le monde, nous verrons on gémissant qu'il y a bien peu de justes devant Dieu; et si nous rentrons dans notre cœur, nous serons bien humiliés, en reconnaissant que nous n'avons pas été justes en sa présence. Et en effet : Saum cuique; cette vertu nous aurait appris à rendre à chacun ce qui lui appartient, à Dieu ce qui est à Dieu, et au prochain ce qui lui est dû.
1° Voyons d'abord envers Dieu, que lui devonsnous, et que lui avons-nous dornié? Eijo Dominus, je suis le maître, dit-il ; nous lui devons tout ; il a le haut domaine sur nous, coips et âme. La vie entière de l'homme lui appartient. Nous devons le servir et l'aimer. Dieu est notre maître, et notre père aussi. Nous devions vivre pour sa gloire et pour son amour, et l'homme inhdèle, cœur ingrat, lui refuse tout. Il corn-
menée par donner au monde et à ses vains plrisirs le plus beau temps de la jeunesse ; il se livK> tout entier à ses vaincs passions, c'est une horrible iniquité. Il y a un second degré d'injustice plus odieux encore, c'est de refuser ce qui a é(é promis, ce qu'on a juré de donner, c'est de manquer à une parole, à un serment ; on rougirait de manquer de parole à un homme, et l'on en manque sans cesse à Dieu môme. On lui a promis de le^servir; on a juré cent fois de ne plus l'offenser, et l'on retombe toujours ; c'est indigne , c'est manquer d'honneur et de probité. Ah ! qu'il était bien autrement honnête et chrétien , ce orand maréchal de France qui, interrogé par son confesseur s'il avait encore commis une faute dont il avait reçu un premier pardon, répondit avec un peu d'étonnement et de vivacité : Mais, mon père, je vous avais promis et à Dieu de ne plus le faire!
2" Et envers le prochain, il faut aussi nous examiner, et voir si nous n'avons pas été injustes. Il avait droit à sa vie, à sa fortune, à son honneur. Voyez donc : — Sa vie, il y en a tant qui disent : Je n'ai ni tué ni volé; mais ces haines secrètes, ces désirs de vengeance, et ces sentiments honteux, inspirés par la cupidité et l'impatience d'un héritage ; et la dureté envers les pauvres de
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Dieu... Écoutez un saint docteur : Ne pas nourrir le pauvre, c'est lui donner la mort : Non pavis(t\ occidisti ! — Ses biens, non, vous n'avez pas volé ; mais dans les affaires, dans les jeux et les industries, n'y a-t-il pas quelquefois des secrets, des ruses, des mensonges, des indélicatesses, qui ne peuvent être portés au tribunal des hommes, mais que la conscience juge, et que Dieu un jour aussi condamnera publiquement ? — Et son honneur : sans doute, il n'y a pas de ces calomnies abominables qui le ravissent ; mais, dans le monde, que de petites médisances et de railleries! En un mot, ce grand principe de la justice: Ne faites pas au prochain, ne dites pas de votre frère ce que vous ne voudriez pas que l'on fasse pour vous, ou que l'on dise de vous ; ce principe est indignement méprisé, violé partout. On ne parle, on ne s'entretient guère dans les salons (juc du mal; et, quand je contemple le monde, je ne vois partout que des ruines de la probité de ces pauvres chrétiens.
Qu'il y m a donc peu qui méritent la couroime de justice! Qu'il y en a peu dont la justice soit plus abondante que celle des païens ! Vous au moins. Associés de la Bonne Mort, tâchez de réparer d'abord ce que vous auriez pu faire de tort à Dieu et à vos frères; et, avant de mourir, .\n(e
is.
obitum tuum operare justitiam (Eccli , xiv, J 7) : remplissez le deYoir de pleine justice : Fructus justitiae inpace seminatii?^ {iSiC, m, 48). Ces œuvres de la justice vous donneront la paix... et la vie, opusjusti ad vitam (Prov., x, 16). Mettez enfin ces bonnes et saintes résolutions sous la protection du juste Joseph.