LA FORCE
Factus es fortitudo pauperi, et fortitudo egeno in tribulatione suâ.
Vous avez e'té la force du pauvre et la force de l'indigent au jour de ses tribulations.
([s., XXV, 4.)
Nous aimons à appliquer ces paroles à saint Joseph, qui a été dans le temps la force d'un Dieu pauvre et faible, le soutien et l'appui de Jésus enfant et de sa sainte Mère. Heureux Joseph d'avoir trouvé en Marie la femme forte par excellence, ce trésor précieux dont parle le roi de la sagesse, nmlierem fnrtem !... Heureux d'avoir lui-même reçu de Dieu cette belle vertu, ce mâle courauc 1
De toutes les vertus cardinales, la force est la plus nécessaire et la plus rare. La vie de riiomme, la vie du chrétien surtout, est un coml)at et une douleur ; il faut bien de la force pour lutter et l)0ur souffrir. Mais qu'elle est belle, cette vertu, dans notre saint Patron ! Il l'a montrée dans trois circonstances qui remplissent toute sa vie: dans les peines d'une condition pauvre et humiliée d'abord; mais je l'admiie bien plus encore, celte force divine, dans la manière dont il porta la gloire de tant de titres, et de ses devoii's sacrés auprès de Jésus et de 3Iarie, et enfin dans sa mort... C'est lui qui peut dire avec vérité: Devs meus factus est fortitudo mea (Is., XLix, 5). Toute ma force est en Dieu, vient de mon Dieu; et j'ai été cependant sa force cfuand il s'est fait pauvre et indigent sur la ierve: Fort Uudo pauperi, et fortitudo egeno in tribuiatione suci.
1° Une étude théori(|uesur la force;
2° Un examen pratique sur cette verlu.
I. C'est toujours saint Thomas qui sera notre guide et notre maître. Il définit la force, un mâle courage dans l'épreuve et dans le coml)at; ou bien le calme au sein des dangers et au milieu des souflVances, sustinet et agyreditur... La confiance, la magnaninnté, la constance, la patience, sont des vertus nécessairement attaciiées
32e COURS DE LA BONNE MORT.
à la torce, et sans lesquelles elle ne peut agir. Enfin les vices opposés à la force sont la timidité et la présomption, l'un par défaut, l'autre par excès. Rien de plus présomptueux, de plus hardi qu'un insensé ou un enfant, et rien de plus faible. La force, qualité morale, est déjà une vertu bien grande; mais il n'est ici question que de la force surnaturelle, et bien supérieure dans son principe et dans ses effets, car la source de cette force est Dieu même : Quia tu es Beus, fortitudo mea (Ps. xlii, 2), et elle s'allie parfaitement avec la connaissance et la vue de notre faiblesse ; que dis-je ? cette faiblesse en est comme la base. Cum infit^mor^ tune potens sum (II Cor.,xn, 10), et saint Augustin dit: Oinnis fortitudo in humilitafe, toute force vient de l'humilité. Mais aussi qiTelle force Dieu n'a-t-'il pas donnée aux âmes humbles et pieuses ! Nos frères ont triomphé du monde, ils le méprisaient; et de la mort même, ils la désiraient. On a vu des enfants, des femmes, des vieillards, plus forts que les tyrans et les persécuteui's, monter sur des bûchers ardents, ou descendre avec joie dans l'arène pour y être dévorés par les tigres et les léopards ; et ils avaient trouvé celte foi'ce en Dieu, Dieu qui se donnait à eux, qui s'unissait à eux dans la prière, et dans la vertu de la divine Eucharistie, ce vrai pain des forts.
PREMIÈRE NEUVAINE .\ SAINT JOSEPH. 32 f
II. Venons à rétiulc prali(jue de celle vertu. Dc'ji\ nous avons dil que le moyen d'acquérir la force était pour tout le monde la prière, la sainte Communion, il faut ajouter l'espril de sacrifice, l'habitude de se vaincre : c'est la devise des forts, Vincete ipsum. Mais, afin que cette leçon devienne plus efficace et plus directe, nous donnerons ici des conseils particuliers aux hommes d'abord, et puis aux femmes.
1" Pour les hommes ; la phipnrt perdent, usent leur force dans les affaires ou les plaisirs du monde ; on voit une foule de ces cœurs amcllis ou fatigués : partout des âmes sans ressort, sans volonté : et puis il y a des chrétiens qui ont des peurs incroyaides ; c'est le respect humain. Lâches soldats de Jésus-Christ, qui rougissent de lui et de son Evaufiiie, odieux apostats de sa foi ou de sa loi devant l'impie !... Oh! pour leur rendre un peu de courage et de force, il n'y aurait (jue la prière et les sacrements, et on ne prie pas, on ne communie pas... Autres causes de ces honteuses défaillances et lâchetés; c'est l'imprudence, la présomption avec laquelle on s'expose au danger et à la mort, dans les vains plaisirs du monde... 0 hoiinnes, étes-vous donc plus saints que David?., plus forts (jue Samson, plus sages que Salomon? et ils sont tonijjés. Ainsi les hommes se
perdent, ou par timidité, ou par présomption. Ce sont Jes deux défauts signalés par saint Thomas. Courage donc, priez, veillez, combattez jusqu'à la fin, et vous triompherez : Vigilate et orale (Matlh.,xxvi, 41).
2° Les femmes... Ah! il y en a beaucoup de fortes et de courageuses vraiment, quoique le roi de la sagesse ait demandé avec une sorte d'ironie où l'on pouvait en trouver : Mulierem fortem quia inveniet (Prov., xxx, 10)? Il y en a dans l'Église, qui triomphent de la douleur, et qui savent vaincre dans les combats. C'est certainement parce qu'elles prient mieux, et qu'elles communient plus souvent que les hommes. Elles ne sont presque jamais assez lâches pour devenir esclaves du respect humain. Il y en a très-peu qui succombent à cette épreuve. Mais elles sont faibles par le cœur, et s'amollissent par la vanité ou la sensualité. Elles sont inconstantes, elles se découragent facilement. Le moyen d'éviter tout cela, c'est le travail que l'Esprit-Saint leur recommande dans le tableau admirable de la femme forte... Que fait-elle? ses doigts tiennent l'aiguille, et sa main, le fuseau. Dans sa maison il y a un ordre parfait : la joie, l'honneur, habitent avec elle. Donc c'est dans l'amour du devoir, dans le dévouement de sa vie, dans le travail et l'ordre, que se trouvent
la force et le triomphe de la femme chrétienne. Demandons cette grâce à Dieu, nous qui sommes les enfants elles fi-èrcs des martyrs. Redde mihi nunc fortitudinem pristinain, ô mon Dieu, rendez-moi ma force première... {Judic, xvi, 28). Ce fut la prière de Sanison, avant sa dernière victoire et sa glorieuse mort ! et souvenons-nous qu'il n'y a que ce moyen pour aller au ciel : se vaincre, se faire violence, combattre et souffrir... c'est le triomphe même de la foi. Et violenti rapiunt illud (Malth., xi, 12;. Courage donc, resisdle fortes in fuie (IPetr., v, 9), résistez avec foi jus- (ju'à la mort. La mort, c'est le dernier combat, la dernière lutte, et il faut y vaincre, ou mourir pour l'éternité. Saint Joseph, priez, priez pour nous.