LA TEMPÉRANCE
Sobriè et juste et piè vivamiis.
Vivons dans la teniiierance, la justice et Ja piété.
(Tit., II, 12.)
>.'ous abordons un sujet difficile aujourd'hui, et plus rarement encore traité dans les livres qui parlent de Dieu et de la perfection chrélicniic.
C'est pourtant une belle vertu que la tempérance^ une vertu cardinale, c'est-à-dire essentielle, fondamentale, et dont l'étude est très-importante pour le salut et la réforme de nos mœurs. Saint Joseph s'est élevé à la plus sublime perfection de celte vertu, comme il sera facile de s'en convaincre dans l'exposition même de la Doctrine de saint Thomas. Il l'a pratiquée non-seulement par un don spécial de la grâce divine, et par un attrait particulier ; mais, s'il est permis de s'exprimer ainsi, par la nécessité de sa condition. Il a fait de nécessité vertu ; il était pauvre, il mangeait le pain de chaque jour à la sueur de son front. Quelle pureté, quelle simplicité et quel amour du silence dans sa vie entière ?
I. Mais commençons par la notion de la tempérance, d'après saint Thomas, qui en définit admirablement la nature, le caractère et les effets. Temperontia est moderafa passionum, et en particulier, cîVca bona sensibilia concitpiscentiae dominatio,pracsertim gulae, ce qui renferme à peu près toutes les divisions du sujet. La tempérance est donc une vertu qui nous fait dominer et modérer toutes les passions, en particulier la sensualité, mais surtout la gourmandise. Il y a une foule de petites vertus qui dépendent d'elle, et qui concourent à la perfection de ses actes, telles que l'absti-
PREMIÈRE NEUVAINE A SÂLNT JOSEPH. 32b
n.)nce, la sobrié é, la retenue, la décence, la pudeur, la modestie, la clémence, la douceur, la discrétion. Toutes ces qualités, qui forment un ensemble de vie très-chrétienne, ont des nuances particulières, mais ne sont que les sœurs et les fidèles compagnes de la tempérance. Par opposition, et pour mieux l'aire comprendre la nature ûc cette vertu, saint Thomas énumère les vices et les défauts qui lui sont contraires. C'est donc, d'après ce grand docteur, la gourmandise, l'incontinence, une vaine curiosité, l'abus ou l'excès dans les jeux, le luxe dans la toilette, dans l'ameublement et dans tout l'extérieur.
IL Ces principes bien établis, et la définition comprise avec l'explication de cet ange et maître de l'école sacrée, l'étude pratique de cette vertu nous deviendra facile. Disons d'abord : Quid vilundum, ce qu'il faut éviter... Ce ne sont pas seulement tous les excès dans le boire et le manger, mais la recherche, le luxe somptueux des festins, où l'on étale, à grands frais, tout ce qui flatte la sensualité; l'abus des vins fins et des liqueurs de prixdans les soirées. Quid yjVancfMm... C'est pour le i:hrétien, cette vaine curiosité, cette intempérance effrénée de lectures dangereuses, qui troublent la vie du cœur, el ces excès de jeux prolongés jusqu'au matin, avec la Gèvre du gain, ou lo dé»
àl6 COURS DE LA BONNE MORT.
sespoir de la perte, et parfois même le remords de quelque injustice, toujom-s si difficile à réparer, Quid vit and iim... Ces excès de luxe dans les habillements, dans les modes du soir. Quelle intempérance par excès ou par défaut, dans ces robes immenses qui descendent trop bas et ne montent pas assez haut... et dans ces flots, ces torrents de paroles vaines, inutiles et méchantes quelquefois. . . Quid vitandum...Ce qu'il faut éviter, je le dirai en un mot : pour ne pas s'exposer à tomber dans toutes les sortes d'intempérances que je viens de signaler, il faut ne pas aimer ce qu'on est convenu d'appeler maintenant le confortable, mot hideux qui finira peut-être par devenir français, mais qui ne sera jamais ni chrétien ni évangélique , car, s'il n'y a pas toujours intempérance dans ce qui est purement confortable, on en est bien près, assurément, et on y sera conduit infailliblement et bientôt. Évitez donc cette mollesse et cette sensualité ; le chrétien doit plutôt être crucifié avec Jésus, et mortifié pour son amour.
Et maintenant, Quid agendum, que faut-il faire pour arriver à la pratique, à la perfection de cette vertu ? Les détails deviendraient infinis, s'il fallait parcourir ici toutes les sortes de tempérance, et les vertus qui eu dépendent. Afin donc de nous borner, ne parlons que de la tempérance propre-
mont dite, temperantia gulae, la modération dans le boire et le manger, et commençons par donner qnelques règles sûres et faciles. La première est de l'Évangile même, et se résume en deux mots : mortification et simplicité. — Mortification : Poenitentiam a(Jite{kc\..,^\, 38) ; injejunio (Joël, n, 12). Le jeûne, l'abstinence, si utiles, puisque c'est le moyen de vaincre le vice, d'élever notre esprit, et d'acquérir toute vertu : Vitia comprimit, mentem élevât, virtutem larcjitur et pracmia. — Simplicité aussi : Manducate quae ajiponuntur vobis (Luc, x, 8). Mangez ce (|u'on vous servira. Le deuxième conseil est des Saints... Memoria Passîonis Christi... aceli et fellis. C'est la parole de saint Jean Climaque et de, saint Augustin, qui veulent qu'à table souvent on pense à la Passion de Jésus-Christ, au fiel et au vinaigre qu'on lui a présentés. Enfin les règles de saint Ignace, qui tendent à mortifier la sensualité, d'abord par la pénitence, l'abstinence, la privation, quanta plus, autant que possible, et par l'amour qui nous représentera Jésus-Christ même auprès de nous, à table avec nous : Imaginari Christian videre. Cette pratique, pleine de douceur, élève l'âme au-dessus de cet acte matériel, la dégage complètement, et non-seulement la préserve à jamais de tout excès blâmable, mais la porte aux petits sacrifices qui réjouissent le
cœur, et méritent devant Dieu une augmentation de cliarité et de gloire.
Pratique : Conformément à ce dernier conseil, nous représenter souvent que nous prenons nos repas avec la sainte famille, Jésus, 'Marie, Joseph, et ne pas sortir de table sans leur avoir offert une petite mortification, mais qui ne puisse être aperçue que des Anges.