LA PURETÉ
Reati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt.
Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu.
(Matlh., v,8.)
La pureté... quel nom donner à cette vertu? C'est la belle vertu, c'est la vertu angélique, puisqu'elle nous rend semblables aux Anges ; et comme les Anges voient sans cesse la face de Dieu, les âmes pures la contemplent aussi avec bonheur ! Deum videbunt. Après la sainte Vierge Marie, qui est la reine des Anges et la plus pure des créatures de Dieu, le plus chaste des hommes, c'est saint Joseph, et c'est par cette pureté incomparable qu'il a mérité la gloire d'être choisi pour devenir l'époux de la Vierge immaculée. Nul doute qu'il n'ait voué à Dieu une perpétuelle virginité, comme Marie elle-même, quoi qu'aient pu raconter quelques livres apocryphes, et les écrits des rabbins auxquels on a eu le malheur de donner quelque attention, et dont on a répété les erl'eurs et les impostures, dans des livres de piété lécemment imprimés. Nous allons méditer sur
PREMIERE NEUVAINE A SAINT JOSEPH. JJj
l'excellence de la pureté, et appreudte à imiter cette vertu des Anges.
I. La gloire de la pureté parfaite. Saint Thomas définit cette vertu : Libéra abdicalio omnium délectât ionum, volvpialis praecipuè, le renoncement volontaire à tout plaisir, de la chair surtout, ou de la volupté. La perfection de cette vertu est la virginité, qui renonce même aux plaisirs légitimes ou permis. Il y a une pureté de corps, une pureté d'esprit et une pureté de cœur : les trois constituent la pureté absolue, parfaite. D'après saint Thomas, elle ne peut exister dans une âme sans la modestie, la pudeur, la retenue, la décence ; et elle est d'autant plus glorieuse qu'elle est plus difficile à l'homme, si différent des Anges de Dieu, qui sont de purs esprits. C'est pour cela que Dieu l'aime tant et la comble de ses plus grands bienfaits. Ceux qui sont purs vivent dans sa lumièi'o, dans sa paix, dans sa joie... mais tous ne sont pas appelés à celte haute perfection. IVon omnes capiunt verbum î'A7wrf(iMatth.,xix, 11); il y a donc un précepte et un conseil. Le précepte, éviter tout ce qui blesse la pureté, la chasteté, et c'est pour manquer à ce précepte, que la foule se perd, hélas! propter vitium camis pauci salmntvr (S. ïlemi). Le conseil, se priver toujt)urs de tous les plaisirs même permis, vivre dans la virgitiilê
à l'exemple de Marie et de Joseph ; et c'est un bonheur, une gloire incomparable, môme sur la terre. Il est de foi détînie au concile de Trente, que cet état est plus saint et plus heureux que l'état de mariage, mais il n'est donné qu'à bien peu d'entendre cette parole : Sed rjuibus datiim est (Matth., ibid.). Oh! qu'elle est belle cette génération pure, oh î quam pulchra est!... Même icibas, on la voit s'élever semblable au lis qui naît dans les épines... au sein de la boue; mais qu'elle sera belle dans les cieux surtout ! Oh ! quam pulchra est casto, generatio, cum claritate... Immortalis est enim... (Sap., iv, \). On reconnaît facilement, on admire cette vertu et cette grâce des Anges sur le front d'un jeune homme ou d'une jeune fille : c'est, dit saint Bernard, c'est comme une pierre précieuse , un magnifique diamant , la pureté : Quam pulchra et splendida gemma verecundia in vullu adolescentis ! Mais il y a tant de dangers dans ce monde pervers ; comment pouvonsnous sauver et garder ce trésor? Nous allons l'apprendre dans le second point de la méditation. f, IL Commencez par vous persuader que c'est le combat principal, le plus difficile de la vie chrétienne, cùntendite. Il faut lutter sans cesse. Jésus- Christ nous a tout dit en deux mots: vigilate, orale. La vigilance, la prière, et vous apprendrez»
dans cette parole sainte ce qu'il faut éviter, d'abord, et ce qu'il faut faire pour garder ce trésor : 1° Quid vitandum... Le monde, les occasions de péché qu'on y trouve partout, dans ses plaisirs et dans ses fêtes. Vae mundoî oui, malheur à ce monde qui séduit, trompe et perd tant d'âmes ! Ah! comment vous exposer ainsi, malheureux, et aller chercher la mort, dans ces bals et ces soirées brillantes, dans ces spectacles? et ne savezvoiis pas qu'il n'y a rien de plus inflammable que le cœur de l'homme ? Il brûle, même au désert, et loin de toutes ces vanités. Il se souvient, il désire, malgré les larmes et le sang de la pénitence. Jérôme s'en plaint amèrement ; les Saints en gémissent : comment pouvez-vous faire, vous? Ah! que je vous plains d'être obligé d'aller ainsi vous jeter dans les flammes! Elles vont vous dévorer ! malheureux, ayez donc pitié de votre àme : Miserere animae tuae (Eccli., xxx, 24), gardez vos yeux, veillez sur votre cœur. Et ces livres, ces romans, n'y touchez pas : et ces entretiens dangereux, et ces danses voluptueuses, évitez, fuyez, ou vous alliez périr!... Vous ne pourrez vous empêcher de goûter ce fruit amer, ce fruit cruel de la volupté : Quam acerbus est fructus luxuriae, felle amnrior, rrudelior ff.rro{S. Jérôme), oui plus amer que le fiel, plus cruel que le glaive...
2''' Quid agmdum. Il faut vaincre le mal, par la prière, d'abord ; ot-ate. Deus adjuvat ut vincas : priez Dieu, il vous donnera la victoire, dit saint Augustin. Recourez, comme ce saint docteur, aux plaies de Jésus, allez vous cacher dans son cœur : Ad vulnera Christi confugio. Invoquez 3Iarie. Trois Ave Maria, en l'honneur de sa conception immaculée, le Memorare^ le Souvenez-vous, ou bien la prière Per sanctissimam virginifatem, par votre sainte virginité, etc.. ou bien: 0 Marte, conçue sans péché...; ces prières font des miracles tous les jours et suffisent pour éteindre le feu impur. Et les Anges aussi vous sauveront; invoquez-les avec confiance. Les Sacrements : la Confession guérit toutes ces blessures ; la divine Eucharistie, pain des Anges, pain des forts, purifie le cœur, y fait germer la virginité même. Vous serez étonné de la facilité de cette victoij-e, essayez. Le travail, Semper te diabolus occupatum inveniat (S. Jérôme) ; le démon n'a pas de prise sur une âme occupée; il ne peut entrer dans une place ainsi défendue et fermée. Enfin un peu de mortification : Hoc genus daemoniorum nonejicitur nisi per orationem et jejunium (Matth., xvii, 20), il faut mater le corps, mortifier la chair, et vous serez pur. Hoc fac et vives (Luc, x, 28); et vous aurez l'amitié de Dieu, par la pureté de votre
cœur. Qui diligit cordis munditiam habebit amicum regem (Prov., xxii, H).
Terminer par un colloque à Jésus, Marie, Joceph, pour obtenir celte ])elle vertu. A Jésus, agneau de Dieu que suivent les Vierges partout dans la gloire ; à Marie Immaculée, Reine des Anges, Mère très-pure et Vierge des vierges : à Joseph, enfin, lis de la terre, chaste époux de la Vierge sainte... La seule invocation de ces noms bénis suffit souvent pour vaincre les tentations, ramener la paix dans un cœur, et assurer la victoire sur l'enfer.
Jésus, Alarie, Joseph!