TITRE. — FILIUS ACCRESCENS JOSEPH
'!' ' Filius accrescens Joscpli; filins
accrescens.
Joseph, mon fils ; c'est un ciifiuit (leprogrùs, il^niiulira toujours.
(Geu., xLix> '£.)
C'eFt la pai'olc de Jacoh bénissant ics enfaiils et
toutes les tribus de leur nom. Ce saint patriarche au dernier de ses jours et sur le point d'aller rejoindre ses pères, réunit sa famille autour de lui, et, levant les yeux et les mains au ciel, il fit sur la tète de tous une prière touchante et une prophétie sublime. — Quand ce fut le tour de Joseph son fils bien-aimé, sa voix s'émut, ses yeux s'emplirent de larmes et il prononça ces mots : Filius accrescens Joseph, fdius nccrescens Joseph, et decorus aspectu... Pour mon fils Joseph, c'est un enfant de progrès, il est destiné à grandir toujours, il sera ijeau à voir... Vous trouverez dans ce texte sacré toute l'histoire d'abord du patriarche Joseph, premier ministre de Pharaon, dont la gloire et la puissance devaient en effet grandir tous les jours; mais appliquées à Joseph notre saint protecteur, .îoseph père nourricier de Jésus , et glorieux époux delà Vierge Marie, ces paroles nous paraissent contenir : 1" L'éloge le plus vrai de sa vie sainte et 2° la prophétie la plus frappante de sa gloire, qui devait toujours grandir dans les siècles de l'Eglise : Filius aca-esccns Joseph.
I. La sainteté, la perfection, les mérites de Joseph ont toujours été en augmentant ; et par ce progrès incessant dans la pratique des vertus les plus sublimes, notre saint patron s'est élevé dans la gloire au-dessus de tous les honnnes, comme
Joseph fils de Jacob a été élevé au-dessus de tous ses frères. On pourrait le conclure simplement de son élection même, Dieu ne pouvant appeler à de si hauts ministères que l'homme le plus digne de les remplir ; mais il nous sera plus utile de considérer ce progrès dans la fidéhté de Joseph à répondre à ces grâces et à ces faveurs. Rappelonsnous donc les grands exemples des vertus que nous avons déjà étudiées dans sa vie ; la vivacité de sa foi et de son espérance, et l'ardeur de sa charité, quelle force, quelle humihté surtout el quelle pureté ! Toutes les vertus ont brillé dans celte âme juste par excellence, d'un éclat toujours plus grand ; progrès d'autant plus merveilleux qu'il y avait un obstacle réel et un danger au moins dans la mission même et la charge de Joseph ; c'était le danger de se familiariser par l'habitude avec la gi'âce et la présence de son Dieu. Il vivait avec Jésus-Christ Dieu caché. Il l'avait vu naître dans les larmes comme tous les auti'es enfants de la terre, mais enfin ce jour-là le ciel semblait au moins s'occuper de lui, des Anges descendaient à Bethléem et apportaient à Joseph des ordres pour sauver cet enfant de la fureur d'un vil usurpateur ; mais pcndiuit les années d'exil en ÉgyplC; et suitout pendant celles 'lu'ils passèrent ensemble à Nazareth, quand Jésus n'é-
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tait plus qu'un simple ouvrier, et qu'il le voyait tous les jours travailler, manger et dormir sous cet humble toit... n'était-il pas exposé à tomber dans ce péril qui diminue souvent la vertu dans le cœur, je veux dire l'habitude des choses les plus saintes; la familiarité qui engendre la tiédeur et conduit-au dégoût? Et cependant la foi de J^ seph et toutes ses autres vertus ne cessèrent de grandir jusqu'au jour de sa mort glorieuse : Filius accrescens Joseph, filius accrescens. C'est pour cela môme qu'il est le patron spécial des prêtres, qui seraient par leur vocation exposés au même danger. C'est à lui que s'adressent les âmes intérieures et qui ont le bonheur de s'approcher souvent de Dieu dans le mystère Eucharistique, et il les prémunit contre ce danger de la routine, et il les conduit de vertus en vertus jusqu'à la perfection.
II. Mais disons un mot de la prophétie renfermée dans ce texte : Filius accrescens Joseph... Filius accrescens. Il me semble que nous pouvons entendre cette parole dans un sens figuré, et l'appliquer au progrès de la gloire extérieure de saint Joseph, à l'exaltation de sa puissance et de son culte dans l'Église de Dieu. Il est certain que par im dessein mystérieux de la Providence, et un conseil admirable du ciel, cette vive lumière a été
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Cùiniiie cachée pendant bien des siècles, L'Évangile d'abord ne dit que trois mots de ce grand saint, et pourtant il a tenu une place immense dans la plus grande partie de la vie du Dieu sauveur. C'est Josepli qui a sauvé les jours de l'Enfant sur les conseils d'un ange, Jésus lui obéissait, et il travaillait avec lui, sous ses ordres. Voilà tout... Les Pères et les Docteurs des premiers âges de la foi ont gardé sur saint Joseph un silence relatif bien extraordinaire. Nous ne voyons pas de trace dans la tradition d'un culte particulier ni de fêtes spéciales célébrées en l'honneur de ce saint patriarche. El puis peu à peu ce nom grandit, cette lumière brille davantage et sa gloire s'étend... Des miracles, dejour en jour plus nombreux et plus éclatants, font élever en son honneur des temples et des autels par la main de la reconnaissance. Des voix éloquentes se font entendre et racontent ces merveilles au peuple chrétien ravi, et les pontifes des Églises encouragent les tidèles dans cette voie. Le successeur même de Pierre, le chef de toutes les Églises du monde accorde à ces sanctuaires vénérés de saint Josopli des faveurs sans nombre, et reconnaît les prodiges opérés à ses autels. Voici que nous vivons d;ujs la pleine lumière de cette splendeur nouvelle , il y a comme un cornant de grâce (|ui attire et en-
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traîne les âmes vers saint Joseph... et tous les jours de nouveaux bienfaits attestent sa puissance. Le Ciel semble nous y encourager, et nous oserions dire que, s'il y avait erreur dans l'expansion progressive de ce culte sacré, cette erreur pourrait être attribuée à Dieu même, qui a manifesté la gloire de ce saint parmi nous.
Ah ! que nous serions heureux si, par nos efforts, nous pouvions aussi contribuer un peu à cette exaltation de notre saint Prolecteur et au progrès de sa gloire. Quel bonheur si notre petite association au sein de laquelle déjà nous avons pu constater les effets sensibles de la puissance de saint Joseph, pouvait répandre partout le souvenir de ses bienfaits, et le faire connaître et aimer, si par nos prières, par nos chants sacrés, nous pouvions ajouter un peu à tant de gloire !
— Mais n'oublions pas que le meilleur moyen d'honorer et de glorifier saint Joseph, c'est de nous efforcer d'imiter ses belles vertus. Attachons-nous donc avec ardeur à ce grand travail, sachons combattre par la force de la foi, et souvenons-nous bien de deux choses : la première c'est que, ne pas avancer dans le chemin de la vertu, c est reculer en vérité, et la seconde que nous n'avancerons, que nous ne ferons de progrès qu'en nous faisant violence, en apprenant à
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nous vaincre : Tantum proficies quantum libi ipsi vim intuleris. (Iinil.)