QUATÎ{IÈ3IE JOUR
i*" MYSTÈRE. — LA FUITE EN EGYPTE.
Ecce anwliis Domiiii ;ippnniil in soniiiis Joseph, diceiiS: Sur^'C, et accipe puenim et niatreiu ejus, et luge in Esyptuni.
Un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit: Levezvous , prenez l'Enfant et sa mèl'e, et fuyez en ^f^gypte.
(MaUh., iiTi3.)
Nous enlfons dans la seconde série de nos méditations pour la neuvaine de celte année, et dans le choix de ces sujets pieux nous avons tâché de mettre une sorte d'unité parfaite, en évitant toutefois l'uniformité et les répétitions. Ainsi dans les mystères nous pourrons voir la vérité, la réalité des trois titres glorieux que nous avons déjà admirés dans saint Joseph, et nous y verrons briller principalement la pratique fidèle dos trois vertus que nous étudierons ensuite dans la vie de notre saint Protecteur. Nous ne nous attacherons donc celle fois, qu'àlaconlemplation des mystères de la vie cachée, intime, de la vie de Amiille enfin ; sujets sin)plcs, mais des plus pratiques.
Commençons par nous rappeler le fait évangélique. Jésus était né dans une étable, des bergers avaient été invités les premiers à venir l'adorer, puis des rois venus des pays de l'aurore avaient brûlé de l'encens à ses pieds. A cette nouvelle, Hérode a tremblé sur son trône, il a vainement cherché à tromper les mages, pour tuer cet enfant de la race de David.... Voyant ses projets déjoués par ces rois pieux, il se jette aussitôt dans l'excès de l'envie et de la haine ; il dicte un édit de sang et, changeant ses soldats en bourreaux, il leur donne l'ordre d'aller massacrer à Bethléem et dans les environs tous les enfants au-dessous de deux ans. Voyez comme sa passion avait été bien inspirée : il voulait tuer Jésus ; il n'en voulait qu'à lui, on lui dit qu'il est né à Bethléem, il y a quelques jours seulement. — Eh bien ! tuez-les tous, à Bethléem et aux environs, et tous jusqu'à l'âge de deux ans. Il était bien sûr de ne pas le manquer... Mais que peuvent les hommes contre Dieu ?... Et ecce Angélus... En ce moment l'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et lui dit : Levez-vous, prenez l'Enfant et ss mère et fuyez en Egypte, et restez-y jusqu'à ce que je vous le dise, — et Joseph prit la mère et l'Enfant et partit celte nuit même et se rendit en Egypte. — C'est le sujet de la méditation, c'est-à-dire
OEUXIÈME NEUVÂlNE A SAINT JOSEPH. 3GI
que \ious allons réfléchir un peu sur ce fait.
I. El d'abord admirons la vérité des litres glorieux de saint Joseph.,.. Le ciel reconnaît évidemment en lui le chel" de cette petite famille, le gardien, le père de cet enfant, — cusfos Domini, — l'époux de la mère — virum Mariae. — C'est à lui seul que l'ange est envoyé, il ne parle qu'à lui, parce que c'est lui le maître, et de (jui tout dépend; il lui communique les ordres supérieurs du ciel, mais c'est à Joseph à les faire exécuter. Et sans lui que seraient devenus la mère et l'enfant, cette nuit même, ou le lendemain? On frémit à la simple pensée, à la supposition que Joseph ne soit pas là en ce moment. Sa pi'ésence est nécessaire, son secours et son appui indispensables. Mais à la vue de cet homme juste et dévoué, l'âme espère et se rassure, il consolera lu mère, il sauvera l'enfant... Et en effet, Joseph aveiti par cet ange du ciel, sans hésiter un instant, se lève et donne les ordres pour le départ... au milieu même de la nuit il avertit la Viergemère, et Marie prit dans ses bras l'Etilant (jui sommeillait encore doucement, mais dont le conii' veillait toujoui's, et ils partirent aussitôt.
La tradition dit que la Vierge sainte monta sur un âne, et qu'elle portait l'Enfant endormi sur son sein ; et ils se dirigèrent du côté de la
porte de la ville qui devait les conduire siii la route de l'Egypte, Joseph conduisait la marche en silence, et adorant les secrets conseils de Dieu sur ce petit orphelin qui lui était confié.
II. Mais ce que nous devons surtout méditer et admirer, c'est la fidélité avec laquelle Joseph, dans ce mystère, a réponduà la confiance de son Dieu. Toutes les vertus de cet homme juste hrillent ici d'un éclat incomparahle, sa foi, sa prudence, sa force, mais surtout l'ohéissance, la fidélité, en un mot : Vir fidelis! — Sans doute pour reconnaître un Dieu dans le petit enfant de la crèche, il fallait déjà une grande vertu, une foi divine, mais pour croire, pour ohéir à la parole de l'ange, pour n'avoir pas succomhé à cette nouvelle épreuve, il faut que Joseph ait été vraiment digne d'une si haute mission. Afin de mieux comprendre ce qu'il y a d'héroïque dans cet acte d'obéissance, mettez-vous un instant à la place de ce glorieux patriarche, et réfléchissez un peu. Il dormait tranquillement la nuit, et ecce... et voici un ange qui vient, m so»i??/s,., pendant son sommeil... Mais d'abord, est-ce bien un -ange du ciel, un envoyé de Dieu, ou un simple jeu de l'imagination, un rêve?... et cet ange lui ordonne de se lever tout de suite, de partir cette nuit même avec la mère cl l'enfant ; quel "mbarras ! est-il possible ?... et
D'>::l'Xiè.me nruvaim: a saint joskpii. :^o:]
oiidunc'! En Egypte, pays inconnu, la réaiou de i'idoiàtrie la plus insensée, la plus opiniâtre... cl pour combien de temps? A cet égard, l'ange le laisse dans la plus terrible incertitude : Restez là jusqu'à ce que je vous(:lise de revenii", Usque dum dicnm tibi{Mdi\.., ii, 13). Et voyez la simplicité sublime del'liistoiien sacré, qui ne paraît pas même étonné de l'obéissance de Josepli : Qui comurgens accepit puenan et malrem ejiis nocte et secessil in Egyptum. — Et celui-ci se levant prit l'enfant et sa mère durant la nuit, et il se retira en Egypte. Quelle foi, quelle simplicité, quelle obéissance! 0 Josepb ! Joscpb !... Priez pour nous, priez pour ces orgueilleux incrédules que la paiole divine n'a pu toucber encore, et qui se révoltent contre les ordres du ciel.
Et maintenant pour vous animer à la prati(jue de ces mêmes vertus, pensez à ce.qui serait arrivé, si Josepb n'avait pas été lidèle à la voix de l'ange, si, ne consultant que la prudence bumaine et la raison, il était resté seulement jusqu'au point du jour à lîelbléem... Que serait-il donc ai'iivé t C'est que l'enfinit aurait été tué le lendemain malin dans les bras de sa mère, comme tous les pauvres petits innocents. Rachel inconsolable poussa des gémissements, et le sang et les larmes coulaient partout, tandis que Jésus tranciuillesurle seiri de
sa mère reposait encore doucement ; mais il envoyait des milliers d'anges avec des couronnes au-devant de ces tendres et premières victimes. Méditez encore un instant sur la douleur de Racliel, et sur le bonheur de ses enfants ! Et que seraient-ils donc devenus ? Peut-être, et même probablement comme les autres, ils auraient été un jour bourreaux de Jésus, et ils ont été choisis pour être les prémices et les premières fleurs de ses martyrs. Il y aurait encore une foule d'autres considérations et de lumières dans ce mystère. — Mais ne vous arrêtez que dans la contemplation des vertus de Joseph... sa foi, son obéissance surtout et sa fidélité, et, dans un triple colloque, demandez à Joseph, à Marie, à Jésus la grâce de comprendre et d'aimer ces belles vertus.