‹ La science de bien mourirChapitre 69 sur 128 · MYSTÈRE. — JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ · texte numérisé non relu

MYSTÈRE. — JÉSUS PERDU ET RETROUVÉ

Fili, fjuid fecisti iioljis sic? ccce pater tiius et ego dolentes qiuicrebanuis te.

Mon enfant, pourquoi avcz-vous agi ainsi avec nous? Voici (ii;e votre père et moi, nous vous cliercliions avec larmes.

(l.uc, 11, -iS.)

Cesparoles dusaiiil Évangile reurermcntuii des

inyslèi'cs les plus étonnants de la vie de Jrsiis- Christ. n s'est rencontré même des esprits pou élevés ou mal disposés qui ont élé pour ainsi diio arrêtés et comme scandalisés par le fait d'abord, et par les paroles mêmes de ce texte sacré... cependant, pour une âme simple et fidèle, il y a pou de pages dans les livres saints qui renferment plus d'enseignements sublimes, et une lumière plus douce et plus divine.

Commençons encore, pour Vexercice de la mê- . moire, par nous bien rappeler le fait ou le récit: Nous lisons dans saint 3ïatliieu, cbapitre n. Defancto autem Ilerode... etc. ; je traduis seulement: « Mais après la mort d'Hérode, voici que l'ange du Soigneur apparut en songe à Josepli en Egypte, et lui dit : Levez-vous, prenez l'enfant et sa mère et rolournoz dans la terre d'Jsi'aël, car ils sont morts ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant ; et il se leva, prit ronfaut et sa mère et s'en revint dans la torre d'Israël, et il fixa sou séjour dans une petite ville nommée Nazareth. » D'après l'opinion la plus commune de la tiadition et des docteurs, la sainte famille était restée au moins six ans dans cet exil d'Egypte... Mais voilà Ilérode mort, — l'ange avertit Joseph qu'il peut revenir. Il est impossible de ne pas nous arrêter un niomonl siir celte parole: defuncti sunt l... ils sont morts c- tix

qui en voulaient à la vie de l'Enfant-Dieu ! Quelle simplicité ! Oh ! oui, ils «ont morts !... tous bien morts, ou ils vont mourir ; et l'enfant ne meurt pas, il ne mourra pas, ce Dieu... Parlezdonc, impies, incrédules, philosophes qui avez cherché aie tuer, à Vécraser, qui aviez promis de lui faire voir beau jeu!... Vous êtes morts ! Et vous qui parlez encore et qui ne voulez pas que Jésus vive et qu'il soit Dieu, vous ne pourrez rien non plus. On attendra que vous mouriez, que vous soyez morts, pour ajouter encore une page au livre commencé depuis longtemps sur la chute ou le trépas de ses ennemis ; et un prêtre de ce Dieu que vous avez blasphémé, le priera à votre enterrement, sur la demande de votre pauvre mère ou d'une simple servante... Defuncti sunt. — Ils sont morts !...

Mais suivons l'histoire de Jésus. Il restait caché dans l'atelier de Joseph, il n'était pas question de lui môme au village de Nazareth, jusqu'au jour où ils allèrent tous trois : Jésus, Marie et Joseph, à Jérusalem... La fête terminée, on s'en revint à Nazareth, et l'Enfant resta dans la ville, .. La mère et Joseph pensaient qu'il était dans la compagnie de quelques parents ou amis... mais quand ils s'aperçurent qu'il n'y était pas , qu'il était perdu !... il est impossible de dire les inqujéladog

DEIXIÉME NEL'VAINE A SAINT .lOSEP!!. 30"?

Cl In chagrin dont ils furent accablés l'nn el r;!ii- Ire î 0 Joseph, qu'avez-voiis fait de cet enfant, de ce dé[)ôt précieux ? Ils s'en revinrent à Jérusalen), interrogeant tout le monde sur la roule.. '^ Méditez sur ces colloques touchants... Les qucstioii.s de Marie, le portrait qu'elle fait de cet enfant qu'elle cherche avec douleur, et la réponse des personnes qu'elle rencontre... Enfin arrives à Jérusalem, Joseph et fliarie vont droit au temple du Seigneur, avec espérance d'y retrouver Jé;us, ou pour consulter au moins le saint Pontife... et c'est dans ce divin sanctuaire qu'ils le retrouvèrent enfin, assis au milieu des docteurs de la loi, interrogeant ces sages vieillards et les étonnant par la sublimité de ses réponses... Marie dit à Jésus : Mon enfant, pourquoi nous avoir quittés ainsi? votre père et moi, nous vous cherchions dans les lar~ mes, et Jésus répondit: — Quidest quod me quaerebâtis ? nesciebutis quia in his quae Patris mei sunt oportetmeesse?... — Pourquoi me chei'cbiez-vous? ne saviez-vous pas que je dois être tout entier à ce qui est de la gloire de mon père? (Luc, ir, 49.)Sans doute il parlait ici en Dieu, mais il parlait avec tant de douceur que le divin Enfant n'a pu contrisler sa mère. C'est le ton que l'on donne quelquefois à CCS mots qui les fait paraître sévères. — lis revinrent tous les trois à Nazarolli, ei nous ver-

rons dans la prochaine miiditation quelle vie ils y menèrent encore pendant dix-huit ans. — Nous uous contenlerons aujourd'liui, après avoir fait remarquer de nouveau dans ce mystère la réalité des titres de saint Joseph auprès de Jésus et de Marie, — cusfos Domini, — vii^m Mariae... ecce pnter tuus et ego dolentes quaerehamns te... (c'est l'Évangile qui parle, et Marie elle-même qui reconnaît publiquement ces titres et ces droits), nous nous contenterons, dis-je, de faire quelques réflexions pour tirer des fruits pratiques de ce sujet, etnous apprendrons comment nous pouvons aussi perdre, et comment nous pouvons retrouver notre Dieu.

I. Et d'ahord comment pouvons-nous perdre Jésu?, notre Dieu. Hélas ! il y a deux manières de le perdre. L'une est le fait d'une âme infidèle, et l'autre n'est quelquefois qu'une épreuve pour les cœurs les plus fervents, — c'est-à-dire que nous perdons Jésus, en nous séparant de lui... ou lorsque lui-même feint de s'en aller. — 1° L'âme infidèle perd réellement Jésus par le péché, le péché mortel d'ahord qui lui donne la mort dans notre cœur... qui le crucifie en nous ; et puis par rhahitude d'une vie molle et lâche, par la négligence etia tiédeur qui nous éloigneraient de lui. — - Dans ce dernier cas, remarquez bien, ce n'omit

pas Jésus qui fuit, qui ?e retire, c'est nous nialnoureux et ingrats qui nous séparons de lui. et c'est pour ces cœurs infidèles que saint Augustin a prononcé cette parole grave et effrayante : Non deserit nisi prias ipse deseratur... Il n'abandonne jamais à moins que l'on n'ait déjà commencé à. l'abandonner lui-même... oli! alors, il est perdu, vraiment perdu !...

2° Et cependant il ai'rive aussi quelquefois que, pour ses meilleurs amis et ses plus fervents serviteurs, Jésus se cache, et il se cacbe si bien qu'on le croit perdu, et perdu pour toujours. On l'appelle, il ne répond pas; on le cherche partout, et personne ne peut nous dire où il est... C'est ainsi que pour les disciples d'Emmaïis... finxit se longiiis ire (Luc, xxiv, 28), il se cacha d'ai)ord, puis il fit semblant de vouloir s'en aller... et il est souvent bien près de ces âmes désolées : courage donc et confiance! — Il va revenir, vous allez le retrouver l)icn certainement.

II. Mais comment et où le chercher ce Dieu, quand on l'a perdu ? — 1° Comment. — Il y a un mot (jui s'applique à tous également, soit que nous ayons perdu Dieu par notre faute, soit que nous puissions penser que ce n'est vraiment qu'une épreuve, il faut le chercher comme Mai-ie et Joseph, avec douleur, avec des larmes du cœur

•^ dolentes ; — mais surtout si vous l'avez perdu par votre laute, par le péché, dolentes, il faut répéter la prière du repentir et prendre au saint prophète les accents de la pénitence et ses tristes gémissements, vous toucherez le cœur de ce Dieu des miséricordes, et il reviendra pour vous donner le pardon. Comme l'enfant prodigue aussitôt qu'il a dit j'ai péché; à peine avait-il fait quelques pas que son père accourait... et le couvrait de larmes !... et répétait avec bonheur: J'ai retrouvé mon enfant ! et inventus est (Luc, xv, 32) / Mais . si c'est Jésus qui se cache seulement, appelez-le avec confiance, cherchez- le avec amour, ne vous laissez pas abattre ni décourager... Réveillez-le par vos cris d'alarme comme les apôtres, et il vous sauvera du naufrage. Cherchez-le comme Madeleine au tombeau, il ne pourra pas résister longtemps, il viendra à vous dans la lumière.

Mais où faut-il le chercher? — Ah ! n'en doutez pas, le mystère même nous l'apprend positivement, c'est dans son temple. — Il y a deux temples sacrés de la vérité, le temple matériel, l'Eglise, et un auive, non in manu factis habitat (Ac^,xvni,2i), le temple mystérieux de votre cœur, templum Domini, templum Domini est (Jer., vu, -4)/ Cherchez donc Jésus d'abord dans ses églises, adest et

vocal te, il y est, il vous appelle. Vous le trouverez toujours, et vous le reconnaîtrez surtout in fractione punis {Act.^ ii,42), comuie ces mêmes disciples d'Emmaiis, dans la sainte communion. — Mais aussi vous le retrouverez en vous-même, dans votre cœur, il n'a pas quitté ce saint Tabernacle, môme depuis que vous ne l'entendez plus et que vous le croyez perdu et bien loin. — Il y est : Médius vestràm sletit quem vos nescitis (Joan., 1, 26).

Donc, ô vous tous qui avez perdu Jésus, âmes en peine qui soutirez de son al)seuce, cliercbez avec Marie et Joseph ! invoquez-les par les douleuis (jui déchirèrent leurs cœurs dans ce mystère. Pécheurs, âmes tièdes, et vous âmes ardentes et généreuses, cœurs purs et alTligés, vous tous eiitin, (jui (jue vous soyez, qui avez perdu Jésus votre Dieu, invoquez k> secours de Marie et de Joseph. Pécheurs, vous obtiendrez le pardon, et vous, âmes tièdes, vous reviendrez à la vie d'amour; mais vous surtout vous le trouverez, âmes ferventes et vous le goûterez encore, et il ne vous quittera plus. — Mane nobiscum^ Domine, quonium jam advesperascil {\a\c, x.xiv, 29). 0 Seigneur, nous vous en prions tous en ce moment, restez avec nou^ toujours. La nuit va venir... oh ! la nuit c'est la mort, et c'est le jour où nous trou-

vcions notre Dieu dans son temple éternel. Quel bonheur alors !... Marie et Joseph retrouvant Jésus dans le temple peuvent à peine nous donner une idée de cette félicité ; et elle est réservée à ceux qui n'auront jamais perdu leur Dieu, ou qui, l'ayant perdu, l'auront cherché avec larmes, et retrouvé enfin pour ne plus l'abandonner.

0 Marie ! ô Joseph ! obtenez-nous cette grâce. Amen.

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