MYSTÈRE. — LA VIE DE NAZARETH
Et descendit ciim eis, et venit Nazareth, et crat subditus illis.
Et Jésus s'en revint avec eux à Nazareth, et il leur était soumis.
(Luc, II, 5J.)
Il y a un charme infini dans la simplicité des récils évangéliques, partout on reconnaît ce caractère essentiel de la vérité divine; mais cette première page de saint Luc est admirable entre toutes : on est saisi, pénétré de l'Esprit-Saint qui inspire. les auteurs sacrés de la vie de Jésus- Ciirist. Ainsi voilà un verset qui rcnlérnie iivnto
ans de cette vie d'un Dieu sur la terre. Un instant il avait paru dans la lumière, au temple, et puis c'est fini, on n'en parle plus ; il n'y a plus que ces trois mots à dire : et descendit cum eis — il descendit de la ville avec Joseph, et Marie, — et venit Niizareih^eterat suhdiivs illis — il renlraàNazareth, et il leur obéissait. Ce sera le sujet d'une belle et douce contemplation. Transportez-vous en esprit à Nazareth, tenez-vous humblement à la porte de cette petite maison habitée par la sainte famille, regardez attentivement et tâchez de profller de tout ce que vous allez voir. — Veniet vide!
Nazareth. Est-ce donc dans cette humble boui'gade qu'habite Joseph le descendant des rois? et Marie, la fille deDavid?etJésus,leFilsdeDieu? Oui, et même c'est dans celte petite maison, laphis pauvre duhameau. — Oui, c'estici... Veniet videlOh ! comme tout y semble pauvre, mais tout est propre cep(;ndant et bien rangé ; il y a un ordre parfait... tout le monde travaille... en silence... Voilà un spectacle digne de Dieu et de ses anges;... et en effet le Seigneur de gloire abaissait ses regards de complaisance sur celle maison et contemplait avec, amour son Fils ainsi humilié par amour [)our nous.
Mais ce n'est là qu'un premier regard à la surface et une simi)le cmstriiction ae lieu. Appro-
ciions Cl regardons plus attenlivemenl. Nazareth, c'est donc une maison de liavail, un atelier ! Oui, voilà deux ouvriers, l'un qui paraît plu^ habile et qui dirige et commande ; l'autre n'est qu'un apprenti..., et cette femme pleine de grâce, mais simple et pauvre, c'est sans doute l'épouse du ^charpentier et la mère de l'apprenti? Oui, c'est Jésus, Marie, Joseph ! et voilà ce que doit faire pendant trente ans sur la terre le Dieu du ciel qui est descendu parmi nous... Trente ans! et il savait bien qu'il ne devait en passer que trente-trois dans ce monde. ..0 prodige! Mais aussi l'orgueil est-il la pUis profonde et la plus mortelle blessuie l'aile au cœur des hommes, et pour la guérir il fallait ces humiliations, ces anéantissements de Jésus-Christ. — Toutes les vertus sont à Nazareth, mais il y en a surtout que nous devons admirer et étudier en contemplant les personnes qui habitent celle petite maison : Jésus, Marie, Joseph. On prie, on travaille, et l'enfant obéissait. — Erat subditus. — Vous ne pourrez vous empêcher de méditer encore ici mu' la réalité 'les tilres de Joseph, Custos Dormai, Virum Mnriiic. On voit aussitûl qu'il Cïl le clid de uvAW famille, on reconnait en lui le maître de la maison. Mais comme toute sa gloire vient de l'ohé ssaiice de Jésus à sa volonté, nous considérerons
DEUXIÈME NEUVAINE A SAINT JOSEPH. 37j
siiitoiU cette vei'lii dans le divin Enfant, et son tiMvailetson silence enlin; ilsnlfitd'un nîol pour indiquer un si beau sujet.
I. Erat subdilus — il obéissait... Méditons cette parole tout en continuant la contemplation, c'està-dire en voyant l'intérieur de Nazareth, et enti'ant dans le détail de toutes les actions de la sainte famille aux difféi'entes heures du jour... Ainsi pour le lever, la prière, le travail, le repos, c'est encore une fois, c'est Joseph qui règle tout avec Marie ; l'Enfant n'a qu'à obéir... Suhditus... Il obéissait. — Quis? guibus .^s'écrie saint Bernard. Qui donc? et à qui ? et comment ? et en quoi ? et combien de temps? Et touché à clia(pie réponse qu'il faut faire à ces questions, il s'écrie : 0 homme, cendre et poussière! un Dieu s'humilie etse soumet, et lu veux commaudei-; il s'anéantit, et tu veux t'élcver toujours et te glorifier!.... Apprends donc, apprends ici à l'abaisser, à ohéir... Quiûquibus ?.. . Ucushondnibus ;disce,homo, obediic, disce, pulvis, obtemperare. Devs se humiliât, et tu te exaltas!,.. Deus se subdit hominiOits, et tu te tuopmeponis auctori ! — Reprenons : Quis? cui?... un Dieu, le Tout-Puissant, l'Eleinel... celui (pii commande au néant, à la mort, aux nnges des cieiix... il obéit — Quibus... à qui ? à Josepli... à Marie... et plus tard aux bouireaux qui lui ordonnerurn de
se coucher sur la croix, qui lui demanderont la main pour la clouer à la croix... factus obediens usque ad mortem (Phil., il, 8) ! Mais en quoi cl comment obéissait-il? Ici la méditation devient pleine de charmes pour les âmes intérieures... Vous vous efforcerez d'étudier tous ces détails de la vie intérieure de Nazareth, toutes les petites actions dont se composait une journée de la sainte famille... A toute heure, à chaque instant Jésus obéissait à Joseph ou à 3Iarie... et un seul de ces actes Théoandriqiies^ comme parie la théologie, ayant une valeur infinie, suffisait pour racheter le monde et réparer l'outrage de tous nos péchés... Disce^ homo,obedwe... Ma.is surtout entrez dans le cœur de Jésus, dans l'âme de Marie et de Josepli, pour y puiser les intentions saintes qui présidaient à ces actions ordinaires, et les sentiments sublimes qui animaient toute cette vie cachée. Tout est dans ces mots : Gloire à Dieu, paix à la terre. La gloire de Dieu, le salut des âmes !
II. Et Jésus travaillait. Vous le contemplerez surtout dans ce travail qui prenait les principales heures du jour : Nonne hic. est faber ? Ouvrier, simple apprenti sous les ordres de Joseph, et putabatur filius Joseph (Luc.,ui, 23) ! Il passait pour le fils de Joseph, parce qu'ils travaillaient ensemble, t/ fubri filius. — Considérez votre Dieu occupé à ce
travail... suivez ses mouvements... il appoiiea Jo' scpii un outil dont il a besoin, il ramasse les éclats (le bois, il tient la corde qui sert à tracer une ligne droite sur une planche... Un Dieu ! ô prodige, s'écrie saint .(ean Gbrysostome, celui dont les mains puis«ai)lcs ont airondi la sphère des cieux, dont le regaid a creusé l'abîme des mers... travaille et sue àNazaicth pour percer une planche, arrondir le cercle d'une roue de charrue! — Et, en voyant ces merveilles, apprenez la dignité et le mérite du travail fait pour Dieu, pour sa gloire et son amour.
Ce ne serait encore que le premier point de la contemplation. Pour le deuxième il faudrait entendre ; et quelles leçons touchantes de silence d'abord et de conversations toutes célestes ! A Nazareth, Joseph parlait bien peu, tout à son travail; 31arie parlait moins encore, toute à Dieu et à la prière comme les anges des cieux; Jésus ne parlait presque jamais. Vous apprendrez à imiter ce silence qui élève l'àme et qui a tant de dignité.
S'il était nécessaire de parler, de quoi s'entretenaient les habitants de cette petite maison; et comment se passaient les moments consacrés à ces [)ieux entretiens : Conversatio vestra in coelis — (IMjJL, ni, £0). Vous apprendrez dans un seul regard et ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut l'aire
ponr no jamais offenser Dieu par la parole et pour le glorifier dans vos discours.
Voulez-vous savoir comment il faut prier ? considérez la sainte famille dans cet exercice, dès l'aurore du jour. — Quelle attitude de respect, quelles adorations, quelles larmes ! Et si la mère de Jésus l'invitait à faire la prière du matin à haute voix, écoutez pour apprendre à réciter lentement avec attention et ferveur cette prière que l'Enfant-Dieu a sans doute révélée pour la premièi'e fois à Nazareth !... Notre Père qui êtes aux ci eux...
0 petite maison de Nazareth, si jamais je l'oublie !... Il y a des âmes pures et ferventes qui passent toute leur vie avec Jésus, Marie et Joseph à Nazareth et qui ont trouvé toutes lumières et toutes grâces en ce saint lieu. Allez donc et demeurez-y fidèlement, en qualité de serviteur ou de petite servante aux ordres de Marie et Joseph. Quel bonheur ! Ne serait-ce pas le ciel même sur la terre?...
Terminez la contemplation par un colloque fervent dans lequel vous demanderez à Joseph, Marie et Jésus la grâce de comprendre d'abord les exemples de vertus de cette vie cachée, et une grâce d'attrait ou de sentiment religieux pour les aimer et les praliijuor.
DEUXIÈME NEIVAINE A SAINT JOBEPII. 3T<) SEPTIÈME JOUR.