‹ La science de bien mourirChapitre 71 sur 128 · VERTU. — LA PATIENCE · texte numérisé non relu

VERTU. — LA PATIENCE

Excmpliim nccipitc , Fratres, laLoris et patieiiUae.

Voyez, mes frères, un grand exemple de courage et de patience.

(Jacq., V, 10.)

Nous entrons dans la troisième partie des méditations de cette neuvaine : les vertus de saint Josepli. Déjà dans la première nous avons étudié les grandes vertus de notre saint protecteur. Notre intention cette année est de nous attacher seulement aux petites vertus d'intérieur, les vertus de la famille ou de Nazareth : La patience, la simplicité, l'ohéissance, sujets éminemment pratiques. Nous commençons par la patience, qui est si nécessaire au chrétien d'après le témoignage du saint Apôtre : Patientia vobis 7ieccs>aria est (II(''i)r., X, 86). Jdseph en a été le modèle le plus ])arfait pendant Umi le cours de sa vie, mais c'est surtout au jour de la naissance de Jésus à Bethléem, et au jour de sa hiite en Egypte ([u'il nous a donné l'exemple de cette vertu. Quand on le repoussait de toutes les hôtelleries, et qu',\ n'y avait pas de place pour lui à cause de sa pau-

vreté, non erat eis locus (Luc, il, 7). Et quand il recul l'ordre de partir immédiatement et pendant la nuit pour l'exil, n'y avait-il pas de quoi troubler, agiter, impatienter même un saint?

Dans ces sujets nous suivrons la méthode simple et ordinaire : I. Un point de doctrine sur la vertu, etl[. une étnde ou un examen pratique.

I. Question de doctrine; et d'abord définissons la patience. D'après saint Thomas d'Aquin, ^*-^ rerum arduarum voluntaria et dinturna perpessio. C'est souffrir avec force et constance les diflicultés, les obstacles, les peines. Cicéron avait délîni cette vertu de la même manière. Saint Augustin dit que c'est une vertu qui nous fait supporter la douleur ou les contrariétés avec calme, et sans nous plaindre : Virtus quâ mala aequo animo toleramus. Dans le petit catéchisme espagnol du P. Ripalda nous trouvons une définition charmante de la patience : Trlsteza moderada en trabajos. C'est une peine modérée dans les difficultés et travaux de la vie. Elle n'exclut pas le chagrin, mais elle le tempère et bannit la plainte et le murmure. Il n'y a pas de patience sans la force, fortitudo tua patient ia est, et saint Thomas la met au nombre des parties intégrales de cette vertu.

Jl y a une patience naturelle, c'est la vertu morale, et une autre surnaturelle, c'est la vertu re-

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Ji.^iense, divine, la seule dont nous parlons ici et dont les actes sont bien supérieurs et plus méritoires. Socrate était patient, mais Job, ctTobie, et nos saints l'ont été bien autrement. Vous devez distinguer encore la patience intérieure de celle qui ne serait qu'extérieure, et qui se bornerait à léprimer les mouvements de vivacité, les muiinures ou la colère, dél'auls opposés à celte vertu, ainsi que les découragements et le désespoir.

Pour vous faii-e aimer et estimer celte belle vertu chrétienne, il faut avant tout la considérer en Dieu même. Il- est vrai qu'il est éternel; mais aussi quelle patience envers les plus grands pécheurs I... Laissez-les grandir, le blé et l'ivraie... Siniteutraque crcscere... (Matth.,xin,30.) 11 faudra surtout méditer sur les avantages de cette vertu, et combien elle est nécessaire dans la vie, toujours exposée à tant de combats et de peines. C'est elle qui nous rend maîtres de nous-mêmes, qui nous permet de posséder notre âme : In patientiâ possidebitis animas vestras (Luc, xxi, 19).' Per quietum domtnium, dit saint Thomas : on garde cet empire paisible sur les mouvements de son cœur par une douce possession de soi-même. Saint Grégoire l'apiJcUe la racine, la source ou la gardienne de toutes les autres vertus... et le Saint-

Esprit, dans une parole encore bien plus profonde, nous révèle tous les trésors renfermés dans la patience, quand il dit que seule elle fait toutes choses bien et dans la perfection : Patientia auU.m perfectum opus habet (Jacq., i, 4).

'^ n. Étude pratique de cette vertu. 1° Et d'abord les moyens pour l'obtenir. Il y en a trois : la prière ; c'est une grâce, demandez-la à Notre- Scigneur Jésus-Christ, à Marie, à saint Joseph et aux saints qui ont le plus excellé dans celte vertu : saint François de Sales, etc. — Le silence. Rien de plus efficace peut-être ; il modère et calme lavivacité, il arrête la plainte ; tâchez au moins de parler à voix basse. — La réflexion, qui préviendra même une parole vive dont on aurait à se repentir; elle fait toujours gagner un peu de temps, et c'est beaucoup.

2" L'exercice môme de cette vertu. Vous pourrez ici entrer dans une foule de détails pratiqncs. Cet exercice peut assurer votre bonheur sur la toi re et vous conduire à une grande sainteté. — Patience envers Dieu d'abord , quand il vous éprouve ou vous frappe, quand il se lait ou se cache. Svstine Dominum (Ps. xxvi, 14). Attendre, piiç)', travaillci', souffrir, Ubi Deus ibi patientia^ pas d'empressement inquiet, même dans le ])icn, puisfiue celle impatience est déjà un mal. il/a-

DEUXIEME NEUVAINE A SAINT JOSEPH. 383 îum impalknda boni est (Tert.). Patience envers nous-mêmes, malgré nos misères, nos faiblesses et nos fautes. Ne pas s'en étonner, ni s'attrister, ni se fâcher surtout avec excès; maJs supporter son âme avec douceur et courage et se relever toujours, à l'exemple de saint François de Sales : <c Or sus, mon pauvre cœur... ah ! nous voilà tombés!... relevons-nous. ..et remettons-nous au chemin de riiumililc. Coui'cige, soyons désormais sur nos gardes, Dieu nous aidera, et nous ferons pror (mieux). » Tel que vous êtes enfin, Dieu vous supporte bien et vous aime, patience donc. — Patience envers le prochain, avec tout le monde : femmes, enfants, maris, domestiques, amis, étrangers, pau vres, ennemis même. Hommes, vous êtes plus forts et plus raisonnables, soyez patients avec vos femmes, malgré les faiblesses, les caprices, les jalousies, les dépenses... Femmes, vous êtes plus pieuses, patience avec vos maris, malgré leurs exigences, leurs inexactitudes, leurs injustices... Patience avec les enfants, malgré leurs cris et tant de petits défauts, de paresse, de mensonge... Palience avec les domestiques, malgré lem- maladresse, leur insolence même, et leurs torts... Fuveis tous eiilin, malgré les ingratitudes, les calonniics, patience et pardon... Vous posséderez votre unie, vous êtes sûrs de conquérir les cojuîs

38 i COURS DE LA BONNE MORT.

VOUS serez maîtres de toute la terre. — Palience envers les créatures, quelles qu'elles soient, animées OU inanimées. Un chasseur s'impatiente contre un chien fidèle et le tue, un autre contre un cheval et le blesse ; un autre contre une ciel' et la brise dans une serrure ; j'ai vu une jeune femme s'impatienter contre son aiguille et ne pouvoir jamais y faire passer un fil... Je sais une noble marquise qui a donné un bel exemple do patience et de douceur à un cocher furieux qui ne pouvait, malgré ses cris, ses blasphèmes .et les coups de fouet, faire avancer des chevaux rebelles et butés... elle descend du carrosse, et d'une voix douce dit seulement : « Allez, petits, » et les chevaux obéissants marchèrent aussitôt. — Patience avec le froid, le chaud, la pluie, le vent, la bouc, le soleil, la maladie ; dans les petits accidents ; on est heurté en passant, ou bien on se frappe contre un meuble ; on glisse, on tombe... Paticntia >)obis necessaria est, dans toutes ces circonstances la patience est nécessaire ; et cependant rien de plus commun que de voir des gens se fâcher à pure perte, d'en entendre qui se plaignent et muimurent inutilement. Voyons... Quand vous vous léicherez contre la pluie et le vent !...

Je puis assurer que cette vertu ferait le bonheur de la vie, que celui qui la posséderait se-

DEuX;E.ME NEU vaine a saint JOSEPH. 38S

rail aimé de tous, cl chéri de Dieu, ([u'il arriverait à la pcrf'cclion de ses œuvres; en toutes choses ii n'y a que la patience qui puisse mener à hien et réussir... Perfcctum opus habet. — Dieu même, dans la nature, fait tout avec douceur et patience; dans les arts, dans les sciences, si on se presse, si on s'impatiente, on manque le but ou l'on perd tout... celte vertu seule peut IViire des chefs-d'œuvre ; nous le disons avec une vérité frappante : un chef-d'œuvre de patience.

Mais c'est assez, et je ne voudrais pas en parlant de cette vertu abuser plus longtemps de la patience du pieux lecteur. — Il faudra terminer encore cette méditation par un colloque fervent à Jésus, Marie, Josepli, pour leur demanderla lumière et le senlinienl ou le goût de celle Ijelle vertu. Qu'elle serait heureuse et sainte la famille chrétienne, où tous posséderaient et pratiqueraient cette douceur et cette patience, comme à Nazareth I

3ël) COLRS DE LA BONiNE MOUT.

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